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lundi 16 janvier 2012

La vie à Auroville

Devoirs du soir sur le trottoir

Le temps est couvert ce matin, mais l’air est léger. Cette nuit, il a fait plus frais aussi et Véro a sorti une couverture.

On va faire quelques courses.
La moto  démarre au quart de poil.

Aujourd’hui on découvre que c’est un jour spécial et qu’on n’a pas le droit d’acheter de la viande ou des œufs. Je ne sais si c’est une conséquence, mais le marché aux poissons du marché Goubert a repris aujourd’hui. On peut donc y acheter des crevettes.

Lorsque je me gare tout près, un homme s’accroupit devant moi entre deux voitures et pisse en relevant son sarong.

Tout ce qui servait de toiture au marché a été enlevé par le cyclone  et du coup il y a une belle lumière à l’intérieur du marché.

Lorsqu’on revient à l’appart, il y a la proprio avec une autre bonne, elle nous dit que Marie est reparti hier  précipitamment dans sa famille et qu’elle va revenir.

C’est Pongal et les comportements des gens sont assez imprévisibles.

On part pour Auroville. Pour éviter la grande route on passe par la palmeraie.

On s’arrête à notre restau habituel le Touran sur la route qui mène au visitor center.

On s’installe et on constate rapidement que le servie est un peu bizarre. Personne ne semble vraiment concerné par la clientèle, en même temps, pendant le service un camion vient livrer le restaurant et au bout d’un moment on ne sait plus qui s’occupe de la livraison, qui s’occupe des clients, qui prend les commandes qui sert ou dessert. Tout le monde fait tout et évidemment personne ne fait rien.

C’est le patron qui prend notre commande de dessert et apporte lui-même, les mousses au chocolat.

Un grand individu pose sur notre table une tasse à café et nous demande de pouvoir se servir du sucrier qui est posé là. On lui dit qu’il n’y a pas de pb. Du coup il s’assied avec nous pour boire son café.

Il s’appelle J-P et est un habitant d’Auroville depuis 1972. On le laisse parler parce que manifestement s’il est là c’est qu’il avait envie de parler.

Il vient de France, du Périgord noir, on n’en saura pas plus. Il écrit des livres mais se défend d’être écrivain.

Son premier livre est un ouvrage qui remet dans le bon sens tout ce qu’on peut nous raconter de travers sur l’histoire.

Son second livre c’est sa vie ici à Auroville depuis qu’il est là, mais pour l’instant il n’est pas encore publié parce qu’il dit quelques vérités qui le mettraient en difficulté ici.

Son troisième livre est une œuvre romanesque dont le héro principal vit ici à Auroville et s’appelle Jésus. Ça lui permet de rectifier là encore tout ce que l’église a pu raconter sur Jésus.

Quand il  a, à peu près vidé son sac, je lui dits que nous nous posons des questions par rapport à Auroville.

On ne remet pas en question l’idée de base : un lieu qui n’appartient à personne. Cette idée est mise dès le départ en pratique par des gens comme lui dans la force de l’âge et la question qu’on se pose c’est que deviennent ces pionniers lorsque comme lui ils ont vieilli et qu’ils ne peuvent plus s’impliquer dans le développement de la citée.

Il nous dit que c’est là le problème. Il y a ceux qui ont du pognon et pour eux rien ne change ici, et il y a ceux qui n’ont rien comme lui qui vient de l’assistance publique donc pas d’héritage et qui doivent se démerder comme ils peuvent.

Il ya deux ans il est revenu en France certainement pour faire valider quelques années d’activité qui lui permettent d’avoir maintenant une retraite de 150€  par mois. Sa femme tamoule, travaille dans ce restaurant. Son fils qui va avoir 18 ans a une bourse pour étudier au lycée français de Pondy et pourra par la suite avoir aussi une bourse pour étudier en France.

On comprend aussi comment fonctionne l’éducation des enfants nés ici à Auroville. Tout le primaire se fait sur place dans des écoles spéciales dans l’esprit aurovillien puis ensuite les enfants entrent au Lycée français et peuvent poursuivre leurs études en France.

Après, soit il se font une vie en France ou ailleurs, soit ils reviennent. Ils peuvent bénéficier de la part du gouvernement indien d’une sorte de carte de séjour ou à 18 ans opter pour la nationalité indienne.

Véro demande s’il n’y a pas un décalage entre la vie de ces enfants ici et la vie réelle. Il dit que sur un plan scolaire ils s’en sortent plutôt bien, par contre sur le plan des règles de vie, ils ont quelques difficultés parce que la liberté dont ils ont bénéficié enfant n’existe plus lorsqu’ils sortent d’Auroville.

On lui dit qu’on connaît un peu des gens qui vivent ici à Auroville, qu’on est allé chez eux et qu’on ne les a jamais revu après parce qu’il nous semble qu’ils n’ont pas senti que nous aurions une adhésion sans réserve.

Il voit bien de qui nous parlons, notamment sa femme. Il se lâche, la vie ici est devenue comme ailleurs et le fric est devenu le critère de la vie à Auroville, ce qui ne devrait pas et ce qui n’était pas l’idée de 1968. Aujourd’hui il faut avoir une activité rentable comme partout ailleurs. C’est une société avec les mêmes difficultés que toute société et avec les mêmes leaders démago.

À ce moment comme par hasard entre sur la terrasse du restaurant l’homme dont on parlait, avec sa fille.

C’est J-P qui le reconnaît nous on a plus de difficultés parce qu’on ne la vu qu’une fois pendant 2 ou 3h.

Il est tout bronzé et fait « manager» à l’américaine.

On va lui dire bonjour, il  met un peu de temps à nous reconnaître, mais il finit par nous remettre. Nous devions vraisemblablement être loin de ses préoccupations alors que nous nous parlions de lui.

Véro parle avec lui pendant que je reviens vers J-P. Ils ne se saluent pas. Pour faire diversion je lui parle de Léon et des difficultés que nous avons à le joindre. Je lui explique où il était l’an dernier lorsqu’il nous a loué la moto. Pour lui c’est un petit escroc qui pourrait bien avoir volé la moto pour la louer.

Il nous laisse, non sans nous donner l’adresse Internet où nous pourrons aller consulter son livre, lui dit qu’il ira à Promenade voir l’expo de Véro.

Nous finissons de boire notre café.

Je règle.

Puis nous allons dire au revoir à notre autre ami avec sa fille. Il nous dit de passer un week end et de toute façon ils viendront voir l’expo de Véro à Promenade. Véro lui dit alors de nous passer un petit coup de fil lorsqu’ils iront comme ça on pourra faire un saut et les revoir. Ainsi on est sûr de ne jamais les revoir. Véro lui laisse un flyer de l’expo et sa carte. Il a tout ce qu’il faut pour nous contacter.

En revenant on passe par le Mango hill pour acheter du fromage, une sorte de pâte fraîches aux herbes comme un Tartare ou un Boursin.

Puis sur la route de la côte on s’arrête à la boutique de Léon devant laquelle il y a des Enfield. Il y a le mécanicien. On lui demande à voir Léon. Il nous dit que le problème sera résolu après Pongal. Ça n’explique pas pourquoi il ne répond pas à nos appels. Comme il a des clients, on leur dit de se méfier parce que nous nous n’arrivons pas à obtenir les papiers de la moto. Ça rend le mécano furax qui pour se défouler se met à tirer des claques à un gamin qui est à coté de lui,  mais ça ne change rien. On essaye d’appeler Léon et il ne répond pas. Par contre hier il a répondu au gars qui est ici pour louer une moto, donc c’est bien à nous qu’il ne veut pas parler. On dit au mécano que si ça continue ainsi on ira voir la police.

On revient à l’appart.

On étend le linge que le proprio a lavé dans sa machine parce qu’on ne peut plus utiliser la nôtre jusqu’à ce que le technicien vienne.

Puis on se repose.

Après on part à pied au Saladbar pour voir dans la boutique un ensemble que Véro envisage d’acheter pour le mariage du 26 janvier. Ce n’est pas convaincant.

On continue en direction de l’Alliance Française pour voir si l’affiche de l’expo est toujours là. En effet dans  la plupart des lieux où on l’avait mise elle a été piquée parce qu’elle en jette beaucoup.

Mais ici comme on a payé, elle est surveillée et elle est toujours là.

Comme on est là on fait la boutique en face. Rien non plus de convaincant.

On remonte la rue Romain Rolland pour aller à la boutique de l’hôtel de l’Orient. Il y a une robe qui pourrait faire l’affaire mais Véro veut aller jusqu’à la boutique Vasa près de Barathi Parc.

On s’arrête à la boutique Via Pondichéry qui appartient à la sœur de Pitch

On passe devant le ciné Pathé familial avec le coq de Pathé.

On s’arrête à la maison rose. Il y a notre voisine qui est propriétaire elle propose un ensemble à Véro mais ça ne lui convient pas.

Chez Vasa rien non plus.

Dans un vélo rickshaw un enfant dort et sur le trottoir juste à côté une petite fille fait ses devoirs, elle est tellement concentrée sur ce qu’elle fait qu’elle ne se rend pas compte que nous la regardons. C’est émouvant de voir sa volonté de faire ses devoirs, d’autant plus que comme petite fille de la rue il y a des chances pour que ses études n’aillent pas très loin, indépendamment de sa volonté à elle.

On revient sur nos pas parce que Véro décide avant d’aller voir ailleurs d’essayer la robe de la boutique de l’Orient.

C’est ce que Véro a essayé de mieux depuis le départ. Elle se décide. Il faudra maintenant partir à la recherche d’une culotte et d’un sous tif blanc mais ça c’est une autre aventure que je vous raconterais prochainement.

On s’arrête au café restaurant Flunch pour boire un lassi.

En revenant par la rue La Bourdonnais on passe devant l’Espace et le bas est ouvert. Il y a des peintures de Pitch. Il y a des choses qui sont bien, il donne beaucoup de force au visage qu’il peint. Je dis à Véro de faire son choix pour l’échange qu’il souhaitait.

Retour à l’appart, après cette balade très agréable, il fait très doux  malgré les endroits qui empestent la pisse.

Au bout d’un moment on s’aperçoit qu’on a oublié la bière. J’y retourne. Toutes les boutiques qui vendent de l’alcool sont fermées. On en conclut qu’aujourd’hui on ne doit pas consommer d’alcool, de viande et d’œufs.

Le mécano qui devait venir à 18h30 changer la batterie n’est pas venue. Je passerai le voir demain matin à sa boutique.

En attendant on va manger nos crevettes, fromage, bananes.


1 commentaire:

  1. Ah Auroville... les concepteurs de cette vie communautaire, qui au début se faisait harmonieusement, ont oublié que nous sommes dans un monde de dualité... et maintenant c'est le revers de la médaille que prédomine sur l'initial aspect positif... avec les disproportions au niveau matériel que l'on sait... Mais l'idée a germé et dans le monde entier des gens sont à nouveau en train de se regrouper en fonction de leurs affinités... à suivre... Magnifiques photos. Gros bisous. Mamanlotus-AC

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