| Devoirs du soir sur le trottoir |
Le temps est couvert ce
matin, mais l’air est léger. Cette nuit, il a fait plus frais aussi et Véro a
sorti une couverture.
On va faire quelques
courses.
La moto démarre au quart de poil.
Aujourd’hui on découvre que
c’est un jour spécial et qu’on n’a pas le droit d’acheter de la viande ou des
œufs. Je ne sais si c’est une conséquence, mais le marché aux poissons du
marché Goubert a repris aujourd’hui. On peut donc y acheter des crevettes.
Lorsque je me gare tout
près, un homme s’accroupit devant moi entre deux voitures et pisse en relevant
son sarong.
Tout ce qui servait de
toiture au marché a été enlevé par le cyclone et du coup il y a une belle lumière à l’intérieur du marché.
Lorsqu’on revient à
l’appart, il y a la proprio avec une autre bonne, elle nous dit que Marie est
reparti hier précipitamment dans
sa famille et qu’elle va revenir.
C’est Pongal et les
comportements des gens sont assez imprévisibles.
On part pour Auroville. Pour
éviter la grande route on passe par la palmeraie.
On s’arrête à notre restau
habituel le Touran sur la route qui mène au visitor center.
On s’installe et on constate
rapidement que le servie est un peu bizarre. Personne ne semble vraiment
concerné par la clientèle, en même temps, pendant le service un camion vient
livrer le restaurant et au bout d’un moment on ne sait plus qui s’occupe de la
livraison, qui s’occupe des clients, qui prend les commandes qui sert ou
dessert. Tout le monde fait tout et évidemment personne ne fait rien.
C’est le patron qui prend
notre commande de dessert et apporte lui-même, les mousses au chocolat.
Un grand individu pose sur
notre table une tasse à café et nous demande de pouvoir se servir du sucrier
qui est posé là. On lui dit qu’il n’y a pas de pb. Du coup il s’assied avec
nous pour boire son café.
Il s’appelle J-P et est un
habitant d’Auroville depuis 1972. On le laisse parler parce que manifestement
s’il est là c’est qu’il avait envie de parler.
Il vient de France, du
Périgord noir, on n’en saura pas plus. Il écrit des livres mais se défend
d’être écrivain.
Son premier livre est un
ouvrage qui remet dans le bon sens tout ce qu’on peut nous raconter de travers
sur l’histoire.
Son second livre c’est sa
vie ici à Auroville depuis qu’il est là, mais pour l’instant il n’est pas
encore publié parce qu’il dit quelques vérités qui le mettraient en difficulté
ici.
Son troisième livre est une
œuvre romanesque dont le héro principal vit ici à Auroville et s’appelle Jésus.
Ça lui permet de rectifier là encore tout ce que l’église a pu raconter sur
Jésus.
Quand il a, à peu près vidé son sac, je lui dits
que nous nous posons des questions par rapport à Auroville.
On ne remet pas en question
l’idée de base : un lieu qui n’appartient à personne. Cette idée est mise
dès le départ en pratique par des gens comme lui dans la force de l’âge et la
question qu’on se pose c’est que deviennent ces pionniers lorsque comme lui ils
ont vieilli et qu’ils ne peuvent plus s’impliquer dans le développement de la
citée.
Il nous dit que c’est là le
problème. Il y a ceux qui ont du pognon et pour eux rien ne change ici, et il y
a ceux qui n’ont rien comme lui qui vient de l’assistance publique donc pas
d’héritage et qui doivent se démerder comme ils peuvent.
Il ya deux ans il est revenu
en France certainement pour faire valider quelques années d’activité qui lui
permettent d’avoir maintenant une retraite de 150€ par mois. Sa femme tamoule, travaille dans ce restaurant.
Son fils qui va avoir 18 ans a une bourse pour étudier au lycée français de
Pondy et pourra par la suite avoir aussi une bourse pour étudier en France.
On comprend aussi comment
fonctionne l’éducation des enfants nés ici à Auroville. Tout le primaire se
fait sur place dans des écoles spéciales dans l’esprit aurovillien puis ensuite
les enfants entrent au Lycée français et peuvent poursuivre leurs études en
France.
Après, soit il se font une
vie en France ou ailleurs, soit ils reviennent. Ils peuvent bénéficier de la
part du gouvernement indien d’une sorte de carte de séjour ou à 18 ans opter
pour la nationalité indienne.
Véro demande s’il n’y a pas
un décalage entre la vie de ces enfants ici et la vie réelle. Il dit que sur un
plan scolaire ils s’en sortent plutôt bien, par contre sur le plan des règles
de vie, ils ont quelques difficultés parce que la liberté dont ils ont
bénéficié enfant n’existe plus lorsqu’ils sortent d’Auroville.
On lui dit qu’on connaît un
peu des gens qui vivent ici à Auroville, qu’on est allé chez eux et qu’on ne
les a jamais revu après parce qu’il nous semble qu’ils n’ont pas senti que nous
aurions une adhésion sans réserve.
Il voit bien de qui nous
parlons, notamment sa femme. Il se lâche, la vie ici est devenue comme ailleurs
et le fric est devenu le critère de la vie à Auroville, ce qui ne devrait pas
et ce qui n’était pas l’idée de 1968. Aujourd’hui il faut avoir une activité
rentable comme partout ailleurs. C’est une société avec les mêmes difficultés
que toute société et avec les mêmes leaders démago.
À ce moment comme par hasard
entre sur la terrasse du restaurant l’homme dont on parlait, avec sa fille.
C’est J-P qui le reconnaît
nous on a plus de difficultés parce qu’on ne la vu qu’une fois pendant 2 ou 3h.
Il est tout bronzé et fait
« manager» à l’américaine.
On va lui dire bonjour,
il met un peu de temps à nous
reconnaître, mais il finit par nous remettre. Nous devions vraisemblablement
être loin de ses préoccupations alors que nous nous parlions de lui.
Véro parle avec lui pendant
que je reviens vers J-P. Ils ne se saluent pas. Pour faire diversion je lui
parle de Léon et des difficultés que nous avons à le joindre. Je lui explique
où il était l’an dernier lorsqu’il nous a loué la moto. Pour lui c’est un petit
escroc qui pourrait bien avoir volé la moto pour la louer.
Il nous laisse, non sans
nous donner l’adresse Internet où nous pourrons aller consulter son livre, lui
dit qu’il ira à Promenade voir l’expo de Véro.
Nous finissons de boire
notre café.
Je règle.
Puis nous allons dire au
revoir à notre autre ami avec sa fille. Il nous dit de passer un week end et de
toute façon ils viendront voir l’expo de Véro à Promenade. Véro lui dit alors
de nous passer un petit coup de fil lorsqu’ils iront comme ça on pourra faire
un saut et les revoir. Ainsi on est sûr de ne jamais les revoir. Véro lui
laisse un flyer de l’expo et sa carte. Il a tout ce qu’il faut pour nous
contacter.
En revenant on passe par le
Mango hill pour acheter du fromage, une sorte de pâte fraîches aux herbes comme
un Tartare ou un Boursin.
Puis sur la route de la côte
on s’arrête à la boutique de Léon devant laquelle il y a des Enfield. Il y a le
mécanicien. On lui demande à voir Léon. Il nous dit que le problème sera résolu
après Pongal. Ça n’explique pas pourquoi il ne répond pas à nos appels. Comme
il a des clients, on leur dit de se méfier parce que nous nous n’arrivons pas à
obtenir les papiers de la moto. Ça rend le mécano furax qui pour se défouler se
met à tirer des claques à un gamin qui est à coté de lui, mais ça ne change rien. On essaye
d’appeler Léon et il ne répond pas. Par contre hier il a répondu au gars qui
est ici pour louer une moto, donc c’est bien à nous qu’il ne veut pas parler.
On dit au mécano que si ça continue ainsi on ira voir la police.
On revient à l’appart.
On étend le linge que le
proprio a lavé dans sa machine parce qu’on ne peut plus utiliser la nôtre
jusqu’à ce que le technicien vienne.
Puis on se repose.
Après on part à pied au
Saladbar pour voir dans la boutique un ensemble que Véro envisage d’acheter
pour le mariage du 26 janvier. Ce n’est pas convaincant.
On continue en direction de
l’Alliance Française pour voir si l’affiche de l’expo est toujours là. En effet
dans la plupart des lieux où on
l’avait mise elle a été piquée parce qu’elle en jette beaucoup.
Mais ici comme on a payé,
elle est surveillée et elle est toujours là.
Comme on est là on fait la
boutique en face. Rien non plus de convaincant.
On remonte la rue Romain
Rolland pour aller à la boutique de l’hôtel de l’Orient. Il y a une robe qui
pourrait faire l’affaire mais Véro veut aller jusqu’à la boutique Vasa près de
Barathi Parc.
On s’arrête à la boutique
Via Pondichéry qui appartient à la sœur de Pitch
On passe devant le ciné Pathé
familial avec le coq de Pathé.
On s’arrête à la maison
rose. Il y a notre voisine qui est propriétaire elle propose un ensemble à Véro
mais ça ne lui convient pas.
Chez Vasa rien non plus.
Dans un vélo rickshaw un
enfant dort et sur le trottoir juste à côté une petite fille fait ses devoirs,
elle est tellement concentrée sur ce qu’elle fait qu’elle ne se rend pas compte
que nous la regardons. C’est émouvant de voir sa volonté de faire ses devoirs,
d’autant plus que comme petite fille de la rue il y a des chances pour que ses
études n’aillent pas très loin, indépendamment de sa volonté à elle.
On revient sur nos pas parce
que Véro décide avant d’aller voir ailleurs d’essayer la robe de la boutique de
l’Orient.
C’est ce que Véro a essayé
de mieux depuis le départ. Elle se décide. Il faudra maintenant partir à la
recherche d’une culotte et d’un sous tif blanc mais ça c’est une autre aventure
que je vous raconterais prochainement.
On s’arrête au café
restaurant Flunch pour boire un lassi.
En revenant par la rue La
Bourdonnais on passe devant l’Espace et le bas est ouvert. Il y a des peintures
de Pitch. Il y a des choses qui sont bien, il donne beaucoup de force au visage
qu’il peint. Je dis à Véro de faire son choix pour l’échange qu’il souhaitait.
Retour à l’appart, après
cette balade très agréable, il fait très doux malgré les endroits qui empestent la pisse.
Au bout d’un moment on
s’aperçoit qu’on a oublié la bière. J’y retourne. Toutes les boutiques qui
vendent de l’alcool sont fermées. On en conclut qu’aujourd’hui on ne doit pas
consommer d’alcool, de viande et d’œufs.
Le mécano qui devait venir à
18h30 changer la batterie n’est pas venue. Je passerai le voir demain matin à
sa boutique.
En attendant on va manger
nos crevettes, fromage, bananes.
Ah Auroville... les concepteurs de cette vie communautaire, qui au début se faisait harmonieusement, ont oublié que nous sommes dans un monde de dualité... et maintenant c'est le revers de la médaille que prédomine sur l'initial aspect positif... avec les disproportions au niveau matériel que l'on sait... Mais l'idée a germé et dans le monde entier des gens sont à nouveau en train de se regrouper en fonction de leurs affinités... à suivre... Magnifiques photos. Gros bisous. Mamanlotus-AC
RépondreSupprimer