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lundi 15 février 2016

Varanasi, on t'aime.




Il est 8h.
Il y a plus de brume ce matin et moins de bruit. En fait le ciel à l’Est est nuageux.

Sur la terrasse il y a groupe d’une dizaine de personnes qui viennent de Pologne.

Il y a aussi deux asiatiques masquées qui prennent leur petit dèj. Elles enlèvent quand même leur masque pour manger. Elles se prennent en photo avec leur portable au bout d’une  perche.

Elles représentent totalement les asiatiques ici. Parmi les milliers de gens qu’on croise ce sont les seuls à être masqués. Ce qui est amusant c’est que c’est parfois toute une embarcation masquée amarrée au quai qui regarde le spectacle des ghâts, ou tout un groupe assis sur les marches. Ils fonctionnent souvent en groupes.
Sauf ceux ou celles qui se sont convertis babisme, et qui ont un comportement plus humain.

Il  y a une table avec 5 personnes des Indiens, 4 femmes et un homme assis en bout de table.

Il y a un jeune couple  assis au bord et qui regarde le Gange ou se regarde.

Il y a la femme au cheveux rouges toujours seule à fumer et à picoler des bières. On la voit depuis notre arrivée. La seule fois où elle s’est adressée à nous c’est pour nous demander quel jour on était.

Un autre couple d'Indiens, plus âgés qui a du s’offrir le pèlerinage à Kashi. Je mets ce nom pour faire le mec qui sait ça fait parti des nombreux noms de Varanasi.

Il y a aussi le petit tyran domestique qui  marche de long en large sur le balcon devant nos chambres. Il est dans la chambre mitoyenne avec deux femmes qui restent enfermées. La nuit je l’entends ronfler parce que comme tout logement indien, ici  aussi on partage tout.

Nous au milieu de tout ça on est chouchouté parce qu’on nous prend pour des journalistes. Il faut dire qu’on ne vient jamais sur la terrasse sans l’ordi et sans la tablette. Tout le monde a l’impression qu’on bosse, et on bosse en fait sans avoir de compte à rendre à personne, sans obligation, juste pour le plaisir.
Vivement le revenu universel pour que tous ceux qui veulent puissent en faire autant.

Derrière une petite banque il y a la belle masseuse, au regard sombre mais dont le sourire soudain illumine tout le visage. Elle semble terriblement timide, les bras croisé en penjaby elle attend patiemment qu’on la sollicite

Le manager un look d’enfant de 14ans, avec son pull de collège anglais. Lorsque je  le croise avec son sourire rayonnant, je me dis toujours quel est cet enfant qui m’a souri et il me faut quelques instants pour me rappeler que c’est le manager. Après il est tellement gentil que je n’arrive toujours pas à me dire que ce n’est pas un enfant.
9h30 le batelier est là toujours ponctuel. On descend et on s’installe dans le bateau à moteur de l’hôtel, puis sa petite fille de 8 ans nous rejoint pour faire la balade avec nous.
Ce matin nous allons au château du Maharaja de Bénarès Ramnagar Fort.

Une heure de voyage en bateau vers le Sud accompagné du bruit insupportable du moteur diesel.
On passe en revue tous les Ghâts du Sud. Toujours autant de pèlerins à Rasashwamedh, le ghât des crémamtions du Sud Harishchandra est vide, pas de macchabée, pas de bucher, quelques chiens à la recherche d’os échappés de la cuisson.

Assi Ghât et au delà l’aventure pour les touristes que nous sommes puisque la ville sainte de Vanarasi s’arrête là.

C’est une courbe qui remonte vers le Nord. Les bords du Gange ne changent pas. Les ghâts se prolongent jusqu’à un petit parc que l’on aperçoit sur les hauteurs du fleuve.

Puis après c’est un vaste talus de terre qui tombe dans le Gange et qui donne une bonne idée de ce que serait le Gange sans les Ghâts.

D’une sorte de canal surgit une eau abondante et polluée qui se perd rapidement dans le Gange. Je me demande si c’est bien la rivière Assi qui est canalisée ou autre chose.

Au loin dans la brume apparaît la silhouette d’un pont en construction.
Derrière presque au ras de l’eau, un pont permet aux petits véhicules, motos et autorickshaws de venir de Varanasi.

Le batelier est inquiet parce qu'un cable barre le fleuve. Il s’approche lentement et nous fait passer dessous.
Puis il dirige le bateau vers la rive.

On accoste la coque avant du bateau pénètre dans le sable et l’on peut ainsi sauter du bateau sans mettre les pieds dans l’eau.
On escalade par une piste de sable qui est en fait la route qui mène à la petite bourgade où se trouve le château au bord du Gange, mais sur une hauteur pour se protéger des inondations.
Dans le village une bande de jeunes tous peinturlurés en rose fluo, se balade ou se déplace dans une carriole.

C’est une magnifique ruine qui a dû être un magnifique château. On le voit à ses fortifications, on le voit à son entrée d’architecture mogol.


Passé la porte majestueuse avec ses gardiens armés, on est dans une cour rectangulaire presque carré dont des façades de bâtiment marque le périmètre.

On prend nos tickets pour la visite à gauche et on attaque là notre visite.

Ce sont d’abord tous les moyens de transports des générations de Maharaja qui vont de la voiture à cheval style reine d’Angleterre mais toute en ivoire à des Cadillac, Plymouth, Minerva etc., des chaises à porteur et des palanquins aussi en ivoire tant qu’à faire ainsi que du mobilier toujours en ivoire.
Puis de magnifiques costumes, et des armes en veux-tu en voilà, de toutes les époques, pistolets, fusils, épées, poignards, arcs et flèches très impressionnant, des palais de Maharaja.
Il y a aussi les appartements privés auxquels on n’a pas accès parce  que le Maharaja habite toujours là.

En passant sous les fortifications on ressort du côté de la rive du Gange pour aller voir un petit temple de Siva.

La visite est terminée. On sort de l’enceinte du Palais. On regrette Véro et moi  de ne pas pouvoir aller dans les lieux entre les bâtiments qui ne semblent pas forcément interdit pour voir ce qu’il s’y passe ou pour voir la vue qu’on pourrait avoir sur l’extérieur du palais.

C’est toujours ainsi  lorsque quelqu’un  nous guide.

Dans le village on prend un lassi c’est paraît-il les meilleurs de l’Inde. Très bon en effet, le batelier en ramène trois pour chez lui.

Retour une heure de bateau, a nouveau on longe Varanasi qui peut faire penser à une ville côtière, c’est vrai que cette ville a toutes les qualités et qu’on peut lui attribuer toutes nos expériences, tous nos souvenirs. Il y a toujours quelque chose ici qui nous raccroche à notre vécu.
C’est pourtant une ville d’escroqueries.  La  principale  étant l’escroquerie à la mort. Tout ce qui du corps n’est pas brûlé est jeté à l’eau et se retrouve en aval sur les berges opposées. Une fois la crémation payé rien à foutre des morts.
Les Sadhus qui ont compris que pour survivre il suffisait d’un peu de comédie et de maquillage pour séduire les touristes et se faire prendre en photo moyennant une petite rétribution.. Certains sont sûrement de vrais maîtres on ne peut le nier.
Les brahmanes qui tiennent les crémations et dénoncent la crémation électrique qui ruinerait leur petit commerce,  ajoutent à cette activité la puja spectacle quotidienne qui permet certainement indirectement d’attirer dans chaque temple ou templotin quelques touristes pour leur  peinturlurer le front et lui soutirer une petite donation.
Pour la population le sytème est bien rôdé il suffit que quelqu’un se promène avec un plateau et une bougie allumée dessus une image pieuse et les billets prennent place sur le plateau.
L’impôt religieux est quelque chose de bien réglé.
La soie dont la majorité n’est plus tissé à la main mais qui est quand  même vendue comme telle.
Il n’y a certainement qu’à Lourdes qu’on peut trouver un système financier aussi  bien organisé.
Les  derniers  réseaux certainement plus mafieux, ce sont les mendiantes jeunes avec un bébé et un biberon vide qui quête non pas pour de l’argent mais pour qu’on aille leur acheter du  lait dans un lieu bien précis.  Le lait est ensuite revendu a un prix plus modeste au commerçant qui vient de nous le vendre. Toutes une équipe de ses femmes parcourent la ville, peut-être même qu’on leur a loué le bébé pour la journée.
Finalement les mendiants avec leur infirmité sont peut-être les plus honnêtes.

Je ne parle pas de la dôpe, dont j’ai parlé hier.
Je ne parle pas de la prostitution qui comme dans toutes villes  ne peut pas ne pas exister.

Ça fait beaucoup pour une ville pieuse dans laquelle on est resté qu’une dizaine de jours.



A l’hôtel, on se repose. Le lassi du château nous ayant nourri.

Puis on part faire des courses en quelque sorte, côté Bengali Tola Lane, puis sur Dasashwamedh road, puis dans le marché du Chowk.
On passe près du temple d’or en fait de l’autre côté du mur d’enceinte et aux différentes portes d’entrée au temple un nombre impressionnant de soldats en arme veillent. Les conflits religieux sont latents dans la ville entre hindouistes et musulmans, ce qui souligne bien l’escroquerie de la ville sacrée. Ici comme ailleurs les hommes restent des hommes avec leurs qualités et leurs défauts. La spiritualité ici est un commerce comme les autres et comme partout.

La fatigue nous gagne en fin de journée et on revient à l’hôtel pour boire une bière, s’attaquer aux  photos et au blog  et dîner.

Comme chaque fois qu’on s’y met internet merde. Il faut les secouer un peu pour que ça fonctionne à nouveau.

On s’y met.

La surprise du jour, Lyseth et Walter débarquent de l’avion de Delhi avec un copain Kaylash. Ils sont là pour deux jours et nous nous partons aussi dans deux jours.
Miracle de Varansi.



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