Il est 8h.
Il y a plus de brume ce matin et
moins de bruit. En fait le ciel à l’Est est nuageux.
Sur la terrasse il y a groupe
d’une dizaine de personnes qui viennent de Pologne.
Il y a aussi deux asiatiques
masquées qui prennent leur petit dèj. Elles enlèvent quand même leur masque
pour manger. Elles se prennent en photo avec leur portable au bout d’une perche.
Elles représentent totalement les
asiatiques ici. Parmi les milliers de gens qu’on croise ce sont les seuls à
être masqués. Ce qui est amusant c’est que c’est parfois toute une embarcation
masquée amarrée au quai qui regarde le spectacle des ghâts, ou tout un groupe
assis sur les marches. Ils fonctionnent souvent en groupes.
Sauf ceux ou celles qui se sont convertis
babisme, et qui ont un comportement plus humain.
Il y a une table avec 5 personnes des Indiens, 4
femmes et un homme assis en bout de table.
Il y a un jeune couple assis au bord et qui regarde le Gange ou se
regarde.
Il y a la femme au cheveux rouges
toujours seule à fumer et à picoler des bières. On la voit depuis notre
arrivée. La seule fois où elle s’est adressée à nous c’est pour nous demander
quel jour on était.
Un autre couple d'Indiens, plus âgés
qui a du s’offrir le pèlerinage à Kashi. Je mets ce nom pour faire le mec qui
sait ça fait parti des nombreux noms de Varanasi.
Il y a aussi le petit tyran
domestique qui marche de long en large
sur le balcon devant nos chambres. Il est dans la chambre mitoyenne avec deux
femmes qui restent enfermées. La nuit je l’entends ronfler parce que comme tout
logement indien, ici aussi on partage
tout.
Nous au milieu de tout ça on est
chouchouté parce qu’on nous prend pour des journalistes. Il faut dire qu’on ne
vient jamais sur la terrasse sans l’ordi et sans la tablette. Tout le monde a
l’impression qu’on bosse, et on bosse en fait sans avoir de compte à rendre à
personne, sans obligation, juste pour le plaisir.
Vivement le revenu universel pour
que tous ceux qui veulent puissent en faire autant.
Derrière une petite banque il y a
la belle masseuse, au regard sombre mais dont le sourire soudain illumine tout
le visage. Elle semble terriblement timide, les bras croisé en penjaby elle
attend patiemment qu’on la sollicite
Le manager un look d’enfant de
14ans, avec son pull de collège anglais. Lorsque je le croise avec son sourire rayonnant, je me
dis toujours quel est cet enfant qui m’a souri et il me faut quelques instants
pour me rappeler que c’est le manager. Après il est tellement gentil que je
n’arrive toujours pas à me dire que ce n’est pas un enfant.
9h30 le batelier est là toujours
ponctuel. On descend et on s’installe dans le bateau à moteur de l’hôtel, puis
sa petite fille de 8 ans nous rejoint pour faire la balade avec nous.
Ce matin nous allons au château
du Maharaja de Bénarès Ramnagar Fort.
Une heure de voyage en bateau vers
le Sud accompagné du bruit insupportable du moteur diesel.
On passe en revue tous les Ghâts
du Sud. Toujours autant de pèlerins à Rasashwamedh, le ghât des crémamtions du
Sud Harishchandra est vide, pas de macchabée, pas de bucher, quelques chiens à
la recherche d’os échappés de la cuisson.
Assi Ghât et au delà l’aventure
pour les touristes que nous sommes puisque la ville sainte de Vanarasi s’arrête
là.
C’est une courbe qui remonte vers
le Nord. Les bords du Gange ne changent pas. Les ghâts se prolongent jusqu’à un
petit parc que l’on aperçoit sur les hauteurs du fleuve.
Puis après c’est un vaste talus de
terre qui tombe dans le Gange et qui donne une bonne idée de ce que serait le
Gange sans les Ghâts.
D’une sorte de canal surgit une
eau abondante et polluée qui se perd rapidement dans le Gange. Je me demande si
c’est bien la rivière Assi qui est canalisée ou autre chose.
Au loin dans la brume apparaît la
silhouette d’un pont en construction.
Derrière presque au ras de l’eau, un pont permet aux petits véhicules, motos et autorickshaws de venir de Varanasi.
Derrière presque au ras de l’eau, un pont permet aux petits véhicules, motos et autorickshaws de venir de Varanasi.
Le batelier est inquiet parce
qu'un cable barre le fleuve. Il s’approche lentement et nous fait passer
dessous.
Puis il dirige le bateau vers la
rive.
On accoste la coque avant du
bateau pénètre dans le sable et l’on peut ainsi sauter du bateau sans mettre
les pieds dans l’eau.
On escalade par une piste de
sable qui est en fait la route qui mène à la petite bourgade où se trouve le
château au bord du Gange, mais sur une hauteur pour se protéger des
inondations.
Dans le village une bande de
jeunes tous peinturlurés en rose fluo, se balade ou se déplace dans une
carriole.
C’est une magnifique ruine qui a
dû être un magnifique château. On le voit à ses fortifications, on le voit à
son entrée d’architecture mogol.
Passé la porte majestueuse avec
ses gardiens armés, on est dans une cour rectangulaire presque carré dont des
façades de bâtiment marque le périmètre.
On prend nos tickets pour la
visite à gauche et on attaque là notre visite.
Ce sont d’abord tous les moyens
de transports des générations de Maharaja qui vont de la voiture à cheval style
reine d’Angleterre mais toute en ivoire à des Cadillac, Plymouth, Minerva etc.,
des chaises à porteur et des palanquins aussi en ivoire tant qu’à faire ainsi
que du mobilier toujours en ivoire.
Puis de magnifiques costumes, et
des armes en veux-tu en voilà, de toutes les époques, pistolets, fusils, épées,
poignards, arcs et flèches très impressionnant, des palais de Maharaja.
Il y a aussi les appartements
privés auxquels on n’a pas accès parce
que le Maharaja habite toujours là.
En passant sous les fortifications
on ressort du côté de la rive du Gange pour aller voir un petit temple de Siva.
La visite est terminée. On sort
de l’enceinte du Palais. On regrette Véro et moi de ne pas pouvoir aller dans les lieux entre
les bâtiments qui ne semblent pas forcément interdit pour voir ce qu’il s’y
passe ou pour voir la vue qu’on pourrait avoir sur l’extérieur du palais.
C’est toujours ainsi lorsque quelqu’un nous guide.
Dans le village on prend un lassi
c’est paraît-il les meilleurs de l’Inde. Très bon en effet, le batelier en
ramène trois pour chez lui.
Retour une heure de bateau, a
nouveau on longe Varanasi qui peut faire penser à une ville côtière, c’est vrai
que cette ville a toutes les qualités et qu’on peut lui attribuer toutes nos
expériences, tous nos souvenirs. Il y a toujours quelque chose ici qui nous
raccroche à notre vécu.
C’est pourtant une ville
d’escroqueries. La principale étant l’escroquerie à la mort. Tout ce qui du
corps n’est pas brûlé est jeté à l’eau et se retrouve en aval sur les berges
opposées. Une fois la crémation payé rien à foutre des morts.
Les Sadhus qui ont compris que
pour survivre il suffisait d’un peu de comédie et de maquillage pour séduire
les touristes et se faire prendre en photo moyennant une petite rétribution..
Certains sont sûrement de vrais maîtres on ne peut le nier.
Les brahmanes qui tiennent les
crémations et dénoncent la crémation électrique qui ruinerait leur petit
commerce, ajoutent à cette activité la
puja spectacle quotidienne qui permet certainement indirectement d’attirer dans
chaque temple ou templotin quelques touristes pour leur peinturlurer le front et lui soutirer une
petite donation.
Pour la population le sytème est
bien rôdé il suffit que quelqu’un se promène avec un plateau et une bougie
allumée dessus une image pieuse et les billets prennent place sur le plateau.
L’impôt religieux est quelque
chose de bien réglé.
La soie dont la majorité n’est
plus tissé à la main mais qui est quand
même vendue comme telle.
Il n’y a certainement qu’à
Lourdes qu’on peut trouver un système financier aussi bien organisé.
Les derniers réseaux certainement plus mafieux, ce sont les
mendiantes jeunes avec un bébé et un biberon vide qui quête non pas pour de
l’argent mais pour qu’on aille leur acheter du
lait dans un lieu bien précis. Le
lait est ensuite revendu a un prix plus modeste au commerçant qui vient de nous
le vendre. Toutes une équipe de ses femmes parcourent la ville, peut-être même
qu’on leur a loué le bébé pour la journée.
Finalement les mendiants avec
leur infirmité sont peut-être les plus honnêtes.
Je ne parle pas de la dôpe, dont
j’ai parlé hier.
Je ne parle pas de la
prostitution qui comme dans toutes villes
ne peut pas ne pas exister.
Ça fait beaucoup pour une ville
pieuse dans laquelle on est resté qu’une dizaine de jours.
A l’hôtel, on se repose. Le lassi
du château nous ayant nourri.
Puis on part faire des courses en
quelque sorte, côté Bengali Tola Lane, puis sur Dasashwamedh road, puis dans le
marché du Chowk.
On passe près du temple d’or en
fait de l’autre côté du mur d’enceinte et aux différentes portes d’entrée au
temple un nombre impressionnant de soldats en arme veillent. Les conflits
religieux sont latents dans la ville entre hindouistes et musulmans, ce qui
souligne bien l’escroquerie de la ville sacrée. Ici comme ailleurs les hommes
restent des hommes avec leurs qualités et leurs défauts. La spiritualité ici
est un commerce comme les autres et comme partout.
La fatigue nous gagne en fin de
journée et on revient à l’hôtel pour boire une bière, s’attaquer aux photos et au blog et dîner.
Comme chaque fois qu’on s’y met
internet merde. Il faut les secouer un peu pour que ça fonctionne à nouveau.
On s’y met.
La surprise du jour, Lyseth et
Walter débarquent de l’avion de Delhi avec un copain Kaylash. Ils sont là pour
deux jours et nous nous partons aussi dans deux jours.
Miracle de Varansi.
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