Les photos sont ici
Lever 8h.
Chaque matin j’ouvre la porte
fenêtre qui donne sur le balcon pour faire entrer l’air. Depuis cette année je
vois que notre bel acacia qui nous fait un jardin suspendu dépérit. Les petits écureuils ne
viennent plus dessus, ni les corbeaux curieux qui venaient voir là ce qui se
passait dans l’appartement.
Ses feuilles ont séché et sont
devenues noires, sur tout un côté les branches ont aussi noirci.
Je vais au pain.
Le premier kolam de la rue Misson
est déjà dessiné et le marchand de lait n’est plus là.
Seul le chauffeur de l’auto-rickshaw
est là à côté de son véhicule et me salue d’un sourire et d’un dodelinement de
la tête.
Ce que j’aime bien dans leur
sourire lorsqu’il est sincère c’est que c’est un sourire de tout le visage et
des yeux, c’est un sourire de toute la personne, souligné par le dodelinement
de la tête qui ajoute à la sympathie.
Rue Petit Canal, la pouilleuse
sort en portant des sacs aussi sales qu’elle et elle me suit mais de l’autre
côté de la route.
Devant les écoles c’est toujours
le trafic incroyable de livraison d’enfants.
Une seule mendiante au portail de la cathédrale, elle
me paraît endormie où inanimée.
Les autres ont disparu.
La disparition c’est ce qui
caractérise toujours les pauvres ici ou en France. Un jour ils ne sont plus là
et ils ne nous manquent pas. Sauf que moi ils me manquent. Je pense toujours au
Jésus de l’an dernier ou à la collectionneuse de sacs de la rue Mission de
l’année précédente. Je sais que c’est l’albinos qui aura disparu l’année
prochaine et il me manquera aussi.
La marchande de noix de cocos
n’est pas là et son tas a beaucoup diminué.
Ashok Laundry tout le monde
bosse.
En face le gardien de nuit est
assis sur son fauteuil. Ça fait
longtemps que je le vois en allant au pain. Il est vieux et porte un bonnet
pour le protéger du froid. Le magasin qu’il
semble surveiller a une enseigne qui dit « Head massage and feet
reflexologie ». Cette annonce m’a
toujours laissé perplexe. Qu’il garde » Fabindia » juste à
côté je comprendrais, mais là ça sent l’arnaque à plein nez.
Il y a le
camion de Bananas World stationné. La femme aux joues rondes est assise sur le
trottoir.
Rue Ranga Pillai des véhicules à pédales, rikshaws ou vélos
avec immense plateau à l’arrière sont stationnés.
Après la rue Canteen il y a deux
bus de Sri Aurobindo Autocare Service qui commencent à se remplir.
Devant l’hôtel Kaarthik beaucoup de monde, des hommes et
surtout des femmes dans de beaux saris de fêtes. Je pense que tous ces
gens sont là pour un mariage.
Je trouve toujours le quai vide
dès que j’y accède et tous les magasins sont encore fermés. Le peu de vie qu’il
y a est au Cool Cat.
Je croise, qui sort du hot
Breads, un vieil homme chargé pour un guest de venir chercher les croissants, ce matin il a mis sur la tête
le fichu en laine de forme rectangulaire et qui est noué sous le menton avec un
lacet de laine.
Dans le Hot Breads un homme dans
la salle prend son café. Je suis servi assez rapidement. Pendant qu’on me
tranche le pain la caissière indienne arrive. Je remarque qu’elle dit : « Bonjour
Monsieur » au responsable qui est
déjà là. Elle encaisse vite mon pain sans rien me dire ni me voir.
Je reviens par le quai, qui me
semble toujours vide même de trafic.
Ce qui est amusant c’est
qu’il suffit que je passe la rue Ranga
Pillai pour que le trafic recommence. Les deux roues dans tous les sens et qui
klaxonnent abondamment.
La dormeuse de la station service
dort encore.
Quelques personnes sont assises
sous l’arrêt de bus.
En face de la petite hall sous le
canal qui est un peu un bidonville,
du côté ou je marche, il y a assis sur le trottoir un
enfant et sa mère. C’est deuxième matin que je les vois et je pense qu’ils attendent le bus qui doit emmener l’enfant à
l’école.
L'albinos est de l’autre côté de
la rue sur cette partie qui est sur le canal et qui ressemble à un kiosque
fermé ou il me semble qu’il doit y avoir
des douches et des toilettes. Il est de dos et ses mains semble remonter son
pantalon qui aurait tendance à tomber du
fait de sa maigreur.
Juste après je suis devant
l’entrée du Chest Hospital et bien qu’il soit notifié sur le portail que
l’entrée est interdite à tout véhicule, une voiture est stationnée dans la cour
et une femme en sort. Elle aussi me
tourne le dos, elle est énorme et de
chaque côté du top sous le sari pendent d’énormes masses de chair.
J’ai d’un coup en raccourci deux
Indes différentes qui ne se côtoient jamais.
Les bassets sont calmes derrière
leur grillage.
La Renault Lodgy est à nouveau
stationnée rue Surcouf.
Rue Capitaine Marius Xavier une
femme s’attaque à un tas de sable, remplissant avec une pelle-pioche une
brouette métallique à deux roues qui sera roulée par un homme derrière les
hautes palissades de tôles ondulées.
Rue Candappa.
On prend notre petit déjeuner.
Lessive, vaisselle, café, et l’on
se met en route pour aller au bureau de Vijay récupérer les cartes.
En passant on pose le linge à
repasser au repasseur de la rue Montorsier et j’emprunte la rue Laporte jusqu’à
Ana Salai.
Lorsque je débouche sur le boulevard,
il y a une manif avec des centaines de drapeaux rouges marteaux et faucilles,
de l’authentique, qui hurle des slogans incompréhensibles pour nous.
Je suis devant, mais Véro veut
s’arrêter pour prendre des photos avec son téléphone.
On regarde passer la manif,
d’abord les femmes avec chacune leur drapeau rouge, puis les hommes de même. La
révolution certes mais homme et femme séparés. Il y a toujours des limites à
l’utopie.
Lorsque la manif est passée c’est
pas la même chose avec la circulation car c’est le bordel habituel multiplié
par dix et la Bullet n’aime pas du tout
les embouteillages, alors elle cale pour montrer sa mauvaise humeur. Mais elle
redémarre avec bonne volonté.
J’essaie les petites rues parallèles mais tout le monde a eu la même idée donc on cale
à nouveau.
Je passe sur la réserve et là ça
fonctionne un peu mieux. Je reviens sur Ana Salai et on dégage dès qu’on
peu sur Karamaj Salai pour aller chez
Vijay.
On récupère les cartes qui sont superbes. Cette année Véro a fait mettre
ses portraits et ils rendent bien.
On revient par Karamaj Salai et
avant Ana Salai on prend la rue Antoniadar où il y a tous les marchands
d’accessoires pour téléphones portables. Véro veut acheter un étui. Mais bien
qu’on ait à faire à des gens très gentils, ils lui disent qu’ils n’ont pas ce
qu’elle cherche, mais ils l’aident à comprendre mieux le fonctionnement de son
téléphone.
Pendant tout ce temps un
chien aboie et en face de la boutique un
clochard avec tout son fourbi se brosse les dents consciencieusement avec une
brosse. Je dis avec une brosse parce que les indiens se brossent aussi les dents avec un morceau de bois particulier destiné à cet
effet.
A le voir, concentré je me dis
soit il a de super belles dents, soit il a terriblement mal et le fait de
frotter le soulage.
On revient par Nehru Street et Mission
pour aller déjeuner au Farm Fresh de la rue Sainte Thérèse.
On est un peu pressés parce que L doit venir à 13h nous donner 2000Rs pour D&W qui on
fait partir en colissimo des documents depuis la France dès leur retour.
On prend un café et on attend, L ne
tarde pas à arriver avec une copine qui s’appelle F qui vient pour la première
fois en Inde et qui va repartir le 18, jour de
notre retour. On ne la verra donc plus c’est dommage car elle avait
l’air sympa et franche, mais c’est une amie de Véro sur FB.
Vers 16h on part pour le quartier
de Kathirkamam sur la route du lac Oustéri. Un ami photographe de Véro lui a
signalé qu’il y avait une grosse fête aujourd’hui dans ce quartier.
La route du lac est carrément
barrée...
On laisse la moto et on passe à pieds les
barrières métalliques jaunes gardés par des gendarmes en képi rouge.
Sur plus d’un kilomètre s’étalent
sur la route toutes sortes de petits commerces caractéristiques de l’Inde. On
marche au milieu d’une foule de badauds et de croyants. Ces derniers
vont entre deux temples et l’on ne comprend pas bien où ils se sont fait mettre
des sortes d’aiguilles d’acupuncture sur la face et sur les épaules. Ce qui est
sûr c’est qu’ils vont d’un temple à l’autre. Certains sont habillés normalement
d’autres sont torse nu et porte des colliers de fleurs de jasmin. Certaines aiguilles plantés dans les
sourcils font comme une dentelle devant leurs yeux.
En plus des petits commerces il y
a deux espaces d’attraction avec manèges pour les enfants et pour les grands et
aussi un chapiteau de magicien et un de diableries. Le mot chapiteau ne traduit
pas bien la réalité c’est plutôt une baraque en toile, montée à la va vite sur
une structure de bois.
On se promène de long en large
dans cette foule bon enfant, qui nous accepte. Nous sommes les seuls
occidentaux qu’ils aient vu aujourd’hui.
Les hommes en képi surveille notre présence dans le parc d’attraction qui est
en réalité une décharge en partie
nivelée pour pouvoir mettre les manèges et afin que rien ne nous arrive.
Les gens « piqués » si
je peux dire sont même fiers d’être pris en photo par Véro.
Des hijras remercient Véro d’un
Madam pour les avoir photographiées.
Dans cette foule dense se faufile
quand même des motos qui n’ont pas respecté les barrières et même des voitures.
Après tout c’est une route que des gens peuvent emprunter pour rentrer chez eux.
C’est toujours un peu la surprise
ce genre d’évènement et surtout la fermeture des routes, mais personne ne
s’affole tant que c’est la police qui gère
l’interdiction.
On revient par le même chemin,
rue Nehru on prend la rue Barathi pour récupérer les bracelets de Véro et la
moto cale encore. Comme on est tout prêt de chez Félix, on y va.
Il constate qu’il y a un problème,
mais il faut que le moteur de la moto soit froid pour qu’il résolve ce problème. On lui apportera demain
matin vers 11h il n’en aura que pour une
demi-heure indienne. Il faudra qu’on trouve quelque chose à faire mais dans la
rue de Félix il y depuis cette année des gens qui font des broderies sur tissus. Véro prendra
son appareil et ainsi le temps passera.
On rentre à l’appart. Bière car
on est crevé. Cette semaine on ne voulait pas trop en faire pour réserver nos
forces pour Varanasi, mais finalement il y a toujours quelque chose qui vient
rompre le risque d’ennui..
Véro attaque ses photos et moi le
blog.
Soupe chinoise et salade de
fruits.
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