| Kumbakonam |
Mardi
23 février 2016
Lever
vers 7h30.
Véro
a à nouveau mal à la gorge, certainement dû au retour à moto d’hier.
Je
vais au pain.
Le
ciel est un peu voilé.
Il
y a de l’air rue Mission.
Le
conducteur de l’auto-rickshaw de la rue Laporte, me dit gentiment bonjour.
De
l’autre côté de la rue une jeune scolaire marche dans la même direction que
moi. Elle a un pantalon et un châle écossais, une tunique blanche, elle se
dirige vers l’annexe du lycée Calvet pour les filles.
Devant
l’école pour toutes petites filles, un papa amène sur sa moto trois enfants.
Un
mendiant est assis devant le portail de la cathédrale, la même mendiante
toujours endormie au portail du milieu et une autre à l’autre bout. Ce mendiant
et ces mendiantes sont d’une tristesse infinie et semblent ne plus rien
attendre de personne. Ils font parti du décor, acteurs obligatoires pour
illustrer une générosité hypothétique de l’église.
Où
sont passées les mendiantes matrones des autres années et du début du séjour de
cette année, qui n’hésitaient pas à faire de pitoyables numéros pour attendrir le
passant ou à insulter celui qui passait sans rien donner.
Ce
matin, un homme tout en blanc chemise et pantalon, donne une pièce à la
dernière mendiante du portail et il continue sa route. Est-il fier de son
geste ? Espère-t-il le sauvetage ce son âme à moindre coût ? Ou
est-ce un geste gratuit dans ce cas je ne le trouve pas très généreux parce
qu’avec un billet de 10Rs on ne peut même plus se payer un thé.
Sous
Gate Church deux mendiants se sont attaqués à leur casse croûte du matin.
La
vendeuse de noix de cocos est là assise les cheveux défaits, un homme balaye le
sol tout autour du tas.
Puis
tout à coup je laisse involontairement mes pensées prendre le dessus et je suis
moins attentif aux scènes de la rue.
Une
idée est venue troubler ma route. Je réalise que la société de location d’hôtel
« Makemytrip » a mon numéro de carte bancaire et comme on a été
victime d’une malhonnêteté à Kumbakonam, je me demande si je ne devrais pas
faire un mail à mon agence bancaire pour leur dire de ne plus accepter de
paiement par carte jusqu’à notre retour le 14 mars.
En
principe, sauf imprévu, je ne me servirai pas de ma carte.
Cette
pensée tourne dans ma tête et du coup je ne vois plus rien, je ne suis plus
ici, je ne suis plus que dans ma tête.
Un
vélo chariot stationné devant le Hot Breads me sort de ces pensées parce que
c’est une situation inhabituelle. Le plateau du chariot est chargé de sacs
contenant des légumes et je me dis que ça ne peut pas être pour le Hot Breads
qui ne propose pas à manger des plats cuisinés.
Le
conducteur est peut-être en train de prendre un thé au Cool Cat en face, je
n’imagine pas qu’il soit au Hot Breads.
Une
ou deux personnes dans la salle déjeune.
Je
prends mon boolish et je vais à la caisse.
Il
y a le manager habituel et une nouvelle caissière. J’ai une petite hésitation
parce que c’est peut-être la dernière en place, mais après Varanasi ses traits
se sont effacés de ma mémoire. Le manager semble lui montrer le fonctionnement
de la caisse et du rouleau papier pour les tickets.
C’est
elle qui me donne mon boolish tranché et elle me fait un bon sourire avenant.
Je sais dès lors que c’est une nouvelle caissière, aucune des deux autres
n’auraient eu cette simplicité.
Je
reviens par le quai.
Le
clochard de Cottage Industrie est assis à côté du portail, il lit un quotidien
écrit en Tamoul.
La
dormeuse de la station service dort.
Deux
petites filles de Saint Louis de Gonzague vide une poubelle dans le container
de l’autre côté de la rue, au portail il y en a deux autres qui s’apprêtent à
traverser pour la même chose. Lorsqu’elles se rejoignent toutes, elles
discutent toutes les quatre à côté du container profitant sans doute de ces
quelques instants de liberté puisque personne ne s’occupe d’elles.
La
vendeuse de noix de cocos sur chariot se met en route. Le petit débit de thé et
café de la rue Vicomte de Souillac est fermé.
L’albinos
est là sur la partie du canal recouverte, il regarde dans ma direction, ce
matin il a une chemise à carreau. Je remarque qu’il change souvent de chemise.
Ses mains pendent le long de son corps.
Les
bassets sont allongés sur le trottoir clôt.
Sur
les chantiers de la rue Capitaine Marius Xavier des ouvriers s’affairent, l’un
d’entre eux porte un masque blanc sur le visage.
Rue
Candappa le coin poubelle est à nouveau propre. Un chauffeur de voiture nettoie
son Innova en tapant sur la carrosserie à grands coups de chiffon.
Une
voiture du Karnataka est stationnée près de chez nous.
On
petit déjeune.
Lessive,
Internet, blog.
Vers
10h on part et vous l’avez deviné la moto ne démarre pas. J’appelle Félix. Véro
va porter le linge au repasseur.
Hier
déjà en rentrant lorsque j’ai ralenti pour passer le casse vitesse de la voie
ferrée, la moto a calé et j’ai tout de suite dit à Véro, je crois qu’on va
finir en poussant, car elle m’a fait exactement ce qu’elle m’avait une fois où
la batterie était morte. Mais elle est repartie et on a oublié.
Lorsque
Félix arrive, lui super Félix n’a pas pu la mettre en route.
Je
me sens déculpabilisé, en principe elle démarre toujours quand il est là et
j’ai l’air con.
La
batterie est neuve, mais il y a un faux contact. A force de titiller les fils,
la batterie redonne du klaxonne, il croit qu’il va la démarrer, mais à nouveau plus
de batterie.
Félix
renonce. Il va aller chercher son mécano pour pousser la moto jusqu’au garage.
Le mécano monte dessus et Félix pousse la moto avec le pied. Il s’est sûrement
dit qu’il ne pouvait pas me demander ça dans la circulation de Pondy. Il a bien
fait.
On
doit l’appeler vers midi pour savoir où il en est.
On
lui laisse les clés et on va chez le Pazamudhir de la rue Gandhi, faire le
plein de fruits et autres ingrédients pour repas. On trouve des mangues et des
avocats mûrs
On
pose le tout à l’appartement.
On
repart à la pharmacie pour Véro. On passe devant la boutique du
couturier : ce sera prêt ce soir.
Le
pharmacien donne à Véro le même traitement qu’il m’a donné. Moi il me donne un
sirop pour ma toux bronchique.
Retour
à l’appart. On prépare la salade de fruits pour ce soir, demain matin et demain
soir.
Vers
midi j’appelle Félix, il lui faut encore une heure.
On
va déjeuner d’un biryani au Salem. Toujours aussi bon dans ce lieu d’un autre
temps où nous sommes reçus comme des princes, toujours à la même place, on a
notre table, parce qu’en plus on revient ce qui doit leur paraître incroyable.
On
passe chez Félix vers 13h la Bullet est prête. Le faux contact venait de
l’écran dont l’aiguille donne une idée de la compression avant d’appuyer sur le
kick. Il nous montre le cadran tout neuf.
En
trois mois comme pour la télé on va peut être avoir trois semaines avec une
moto qui marche bien.
Il
y a Tapan qui s’occupe du club Bullet avec Félix et qui travaille dans le
tourisme. On lui raconte notre aventure de Kumbakonam et il nous dit qu’il y a
une agence Makemytrip à Pondy. Il nous donne l’adresse.
On
décide de passer par l’appart, de boire un café, de prendre tous les éléments
concernant cette affaire, voucher, paiement, photo de l’hôtel fermé. Véro met
tout sur la tablette et on y va.
C’est
sur le quai d’Ambour tout de suite après le poste de police sur la gauche. On
trouve facilement. C’est à l’étage.
On
escalade un escalier de béton.
On
entre dans un bureau à la déco jeune et moderne pour attirer le voyageur. En
plus d’être un site sur internet c’est aussi une agence de voyage en vrai.
Dès
qu’on entre, je ne sais pourquoi, mais je sens tout de suite qu’on n’est pas
les bienvenus. Deux mecs fuyant et une fille moche.
Ils
écoutent Véro qui raconte. Puis sans attention particulière, dans une
neutralité démoralisante, le mec qui semble un peu plus responsable que les
autres dit à Véro qu’elle doit envoyer sur un mail noté sur la carte de
l’agence tous les éléments du dossier et d’appeler le n° destiné aux
réclamations.
Véro
envoie tout sur le mail, mais pour le n° elle lui explique qu’il faut choisir
en fonction de sa réclamation, le 1, le 2 ou le 3 etc.
Cette
saloperie de méthode pour décourager l’appelant est aussi en place en Inde.
Il
demande donc à la fille de le faire. Elle le fait avec une bonne volonté de
matonne pour la requête d’une prisonnière, et lui se casse du bureau.
Véro
a un premier interlocuteur, elle recommence l’histoire, puis un autre et elle
recommence et entre les interlocuteurs la musique de ne quittez pas, avec de
temps à autre des propositions pour des voyages. Comme si quand on appelle pour
une réclamation on allait tout de suite louer un hôtel ou retenir un voyage.
Le
gars que Véro a au bout du fil va rappeler sur le portable de Véro dans 15mn.
On
revient à l’appart. On prend un autre café.
Véro
s’occupe des photos et moi je me repose.
1h30
plus tard toujours pas d’appel du mec.
La
matinée pourrie par la moto, l’après midi pourrie par Makemytrip, parce qu’on y
retourne.
Il
est 16h.
L’escalier
en béton et on entre, une autre employée est là en plus des deux autres.
Elle
n’est pas vilaine mais elle a oublié d’apprendre à sourire et ça, ça vous
plombe même une beauté.
L’autre
lui explique qu’elle doit faire les 1,2,3 pour accéder au poste qui doit nous
renseigner.
Elle
le fait avec résignation et certainement parce que nous sommes des occidentaux,
mais nous fait bien sentir que ce n’est pas son boulot, elle travaille elle.
Véro
lui rappelle que nous sommes des clients, mais elle ne sent pas du tout
concernée par cet argument.
Les
employés de bureau seront toujours des employés de bureau, surtout lorsqu’elles
ou ils disposent d’un petit pouvoir.
Véro
a au bout du fil une personne qui semble concernée par notre cas, lorsqu’elle
entend la troisième narration de Véro, elle s’exclame : « My
God ».
Elle
cherche à comprendre ce qui s’est réellement passé.
Elle
vérifie sur le site de l’hôtel et voit que celui-ci a marqué complet pour la
période du festival.
Véro
lui dit de regarder la photo qu’elle a prise du volet métallique sur lequel il
est noté : fermé pour cause de travaux.
La
personne finit par se rendre à l’évidence. Elle annule sur la site l’annulation
faite par le fils du patron malhonnête et fait le nécessaire pour que nous
soyons remboursés sur le même compte dans un délai d’une semaine.
SuperVéro
vient de nous récupérer 13000Rs, le prix d’un billet d’avion pour Varanasi.
On
quitte l’agence sans un mot du personnel qui se fout complètement de cette
histoire.
Si
Véro n’a rien lâché, ce n’est pas que pour l’argent, c’est parce qu’elle ne
supporte pas la malhonnêteté organisée.
Elle
ne supporte pas que des gens puissent monter des systèmes pour en voler
d’autres, comme beaucoup de systèmes commerciaux.
Elle
ne supporte pas la malhonnêteté en général.
Je
pense que les gens qui la déteste et il y en a beaucoup, la détestent parce
qu’elle sait du premier coup d’œil que ces gens ne sont pas sincères au fond
d’eux mêmes, pas sincères avec eux mêmes et donc pas sincère avec les autres.
Et
ces gens qui la détestent savent qu’elle sait.
Dans
le milieu des artiste cette connaissance innée de la sincérité des autres est
impardonnable.
Heureusement,
il y a aussi beaucoup de gens qui l’aiment pour ça.
On
décide d’arroser cette victoire en allant boire un coup au Café sur la
promenade le seul endroit où s’il y a de la place on peut être assis face à
l’océan, certes derrière une barrière en fer forgé, mais face à l’océan et à
l’air.
On
boit chacun un lassis.
Puis
comme on voit que des gens attendent de la place on décide d’y aller.
On
se lève et la personne qui vient prendre notre place, nous demande si nous
avons consommé parce que les verres ont déjà été enlevés. Véro lui dit qu’on
est des gens généreux, mais peut-être pas jusqu’à laisser notre place si on
n’avait pas consommé.
On
rentre par la rue de la Caserne et on s’arrête au magasin Anokhi.
Bien
que Véro n’y ait jamais rien acheté parce qu’elle n’a jamais rien trouvé qui
lui plaise et aussi parce que c’est anormalement cher.
Mais
aujourd’hui elle voit un pantalon noir coupe mogol qui lui plait.
Compte
tenu du remboursement je ne peux rien dire malgré le prix.
Véro
demande s’il y a une taille au-dessus, car la taille exposée est small. Oui il y a une taille medium.
Mais
la vendeuse ne pense pas que Véro pourra rentrer dedans. Pourtant lorsqu’elle
met la taille du pantalon devant la taille de Véro, même moi je me rends compte
que ça va aller.
Véro
dit qu’elle veut l’essayer alors la vendeuse appelle la patronne qui pense
aussi que ce pantalon est trop petit pour l’énorme Véro.
Véro
insiste pour l’essayer et va d’un pas décidé vers la cabine d’essayage, la
patronne lui dit de faire attention de ne pas faire craquer les coutures.
Evidemment
le pantalon va bien. Il plait beaucoup à Véro.
J’aurais
tellement aimé ne pas leur acheter à ces connes qui ne connaissent même pas
leur boulot.
On
l’achète.
On
revient à l’appart.
On
rentre la moto.
Véro
peint et je décris la journée, pour m’amuser comme tous les jours.
Ce
soir soupe de noodles et salade fruits.
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