Lever 6h, c’est pas des vacances.
Véro s’est endormie avec mal de
tête et se réveille avec mal de tête.
Moi je ne dors pas très bien, ce
changement de chambre quotidien ne m’aide pas à m’installer pour bien dormir.
Le batelier est là qui nous
attend à la porte de l’hôtel.
Le prix annoncé hier au soir a
tout simplement doublé, « morning time ». On négocie et on obtient
une petite réduc à mi chemin de nos deux prix.
On est seuls sur une barque que
notre batelier fait avancer à la rame à la française, c’est à dire dos tourné
au sens de la marche. C’est pas courant à l’étranger de voir des gens faire
avancer une embarcation de cette manière. La particularité quand même c’est
qu’il n’est pas au milieu de la barque mais à un bout. Les rames sont attachées
à un piton de bois qui sort de la coque,
et la palme de la rame est un morceau de planche cloué sur le manche. Ça avance
pareil.
Nous sommes surpris par la
quantité de gens qu’il y a déjà sur les ghats et dans les barques. A la rame on
va de notre hôtel au ghat des lumières et des cérémonies, le Dasashwamedh. Les
plus courageux ont déjà commencé à se baigner
dans la Gange.
Il est encore tôt et les
éclairages électriques parasitent la première lumière du jour.
Dans cette clarté brumeuse les
barques vont et viennent.
Dans cette atmosphère du jour qui
tarde à arriver, le balai horizontal des embarcations et les silhouette fantomatiques des palais qui commencent à apparaître à la lumière du jour ont quelque chose de
vénitien.
Des mouettes posées sur l’eau, s’envolent et
se dispersent autour des bateaux.
Sur le fleuve ou sur les ghats
des prières ou psalmodies montent et arrivent jusqu’aux embarcations.
Le soleil rouge commence à
apparaître de l’autre côté du fleuve.
Finalement une heure ça passe
vite.
On revient par le ghat des
crémations Manikarnikaa, tous les feux
sont éteints et le sol est de couleur cendre.
On laisse notre batelier et on
lui donne rendez vous à 17h30 à l’hôtel pour la cérémonie de ce soir. Le prix
sera le même : « evening time ».
On marche sur les ghats en
regardant tous les pèlerins faire leurs
ablutions du matin. Ils pénètrent prudemment dans le fleuve, parce que sous
l’eau les marches glissantes continuent. Souvent ils sont réunis par groupe
d’hommes ou de femmes.
Bien que très pudiques ils se
changent là, leur nudité simplement
dissimulée sous une serviette nouée autour de la taille.
Les femmes enlèvent discrètement
le top qui leur couvre le haut du corps et se recouvrent les épaules d’un châle
ou du sari.
Après s’être prudemment avancés,
et assurés de la stabilité de leurs
pieds sur le sol. Ils ou elles se
mouillent précautionneusement puis ils s’accroupissent dans l’eau, se mettent la tête sous l’eau et la ressorte
aussitôt. Le rituel est fait.
Ils ou elles reviennent au bord
et s’habillent à nouveau.
D’autres au bord de l’eau font
brûler des bâtons d’encens et lancent sur le Gange de petite bougies que le
courant emporte.
Les embarcations passent
lentement à contre jour et l’on dirait
les barques égyptiennes qui naviguent du monde des vivants vers le monde des
morts pour leur résurrection, ou la barque de Charon traversant le Styx pour
aller aux enfers.
Ici tout est barque et fleuve et
tout se mêle, la vie et la mort, les croyants et les mécréants les Indiens et
les Occidentaux, les plus démunis et les plus riches, on finit par ne plus savoir qui est qui, la gentillesse des Indiens
efface nos différences.
Toute cette vie ici sur les ghats
et sur le fleuve ne fait que nous parler de la mort comme d’une chose naturelle.
On revient à l’hôtel prendre le
petit dèj, « comme hier » dit le serveur café au lait et pancakes bananes.
Véro s’occupe des photos du matin
et moi du blog, puis pendant qu’elle termine sur la terrasse je règle et je
vais dans la chambre pour préparer nos bagages en vue du nouveau
changement de chambre.
Lorsque tout est prêt, que les
fichiers du matin ont été sauvegardés, on passe à la réception et là il y a
encore quelqu’un de nouveau qui n’a pas entendu parler de nous. Il téléphone
donc au patron.
C’est bon, on nous montre une
nouvelle chambre qui semble un peu plus grande, qui possède un meuble dans
lequel on peut mettre nos vêtements et dessus les ordis. Il y a une fenêtre qui
donne sur Meer Ghat. Super on est content et on s’installe.
Ensuite on va déjeuner on part par
les petites ruelles qui nous sortent du Chowk et nous mènent sur Dasawamedh Road.
On cherche un magasin pour acheter un savon et une boîte à savon que nous avons
oubliés dans le premier guest.
Ce sont surtout des boutiques
pour touristes à la sortie du Chowk, ils
nous attendent et pressé par deux démarcheurs je ne vois pas que je marche
dans un bouse fraîche, aujourd’hui du pied droit, hier c’était du pied gauche.
Je suis en colère et l’on me propose tout de suite une fontaine pour que je
nettoie ma chaussure.
De jeunes occidentaux tiennent un
chien en laisse et les autres chiens s’attroupent et aboient après eux. Il y a
du monde sur la rue et je pense qu’ils ne risquent rien. Hier au Ghat
Manikarnikaa de la crémation des gens aussi avaient des chiens en laisse et
tous les chiens des ghats venaient sur eux en aboyant. Ils avaient certainement
peur de ces nouveaux venus sur leur territoire.
La rue est interdite aux voitures
mais ça n’empêche pas une incroyable densité de véhicules et notamment de
rickshaws.
On trouve une boîte à savon et on
continue jusqu’au croisement Godowlia crossing on prend à droite Godowilia road.
La circulation est folle et le
bruit assourdissant, c’est une vraie ville indienne dans laquelle nous marchons
parmi tous les Indiens qui marchent entre tous les véhicules possibles et
imaginables.
Dans une pharmacie on trouve
notre savon, qui rentre bien dans la
boîte que nous avons achetée.
On fait demi-tour.
On pénètre dans le Chowk par une
grande allée qui va au marché et mène aussi je crois à Vishwanath temple.
On suit un panneau qui indique
un restaurant le Mengu Cafe, restaurant
japonais.
C’est un lieu très très propre tenue par un Indien et sa
femme japonaise et cuisinière, ce qu’on y mange est très très bon loin des
éternels sushis. Poulet au riz, mélange de légumes, sorbet de mangue.
On revient à l’hôtel se reposer.
On a nos repères et on se retrouve bien, contrairement à certains indiens qui
semblent perdus dans ce dédale. En chemin on rencontre le manager de l’hôtel
qui a un sourire qui vous donne
l’impression qu’il est content et étonné
de nous voir. Je mets toujours un peu de temps à remettre ce sourire lorsque je
le vois parce qu’il donne à son propriétaire une tête d’enfant de 14 ans.
Ce dédale de rue rappelle aussi
Venise surtout lorsqu’on aime marcher dans Venise et se perdre dans les ruelles
pour découvrir de magnifiques places.
Repos dans notre nouvelle
chambre.
Lassi sur la terrasse et travail
des photos et du blog en attendant 17h30 notre batelier pour la navigation du
soir.
Il est à l’heure et nous aussi.
On part en direction du ghat des crémations.
On passe devant, les feux sont
toujours là qui éclaire le crépuscule et les scènes des porteurs qui apportent d’autres cadavres.
Depuis le fleuve Véro peut
prendre des photos. Ce qu’elle fait.
Macoundi rame au delà et on se
rend compte que ce côté est très beau aussi. Il y a moins de monde sur le bord,
mais les gens se baignent aussi dans le Gange. L’architecture est belle aussi de
ce côté avec un magnifique palais et une mosquée un peu plus loin d’une
architecture ancienne qu’on ne retrouve plus que dans les mosquées comme celles
d’Istanbul.
Véro sait maintenant ce qu’elle a
envie de faire, c’est de remonter ou descendre le fleuve, (je n’arrive pas à
comprendre de quel côté il coule), pendant une heure à 7h du matin pour que la
lumière corresponde bien à son attente.
On revient on fait un stop devant
les crémations puis, on informe Macoundi qu’on veut acheter des petites bougies
à mettre sur le Gange. Il se rapproche du bord là où il laisse son embarcation.
Il appelle et un petit garçon vient avec un panier plein de bougies entourés de
fleurs, posées dans un récipient qui va
leur permettre de flotter longtemps.
Le môme annonce un prix et
Macoundi lui dit qu’il ne faut pas
exagérer avec nous, aussitôt le prix tombe de moitié.
Véro achète 7 bougies pour ses
chagrins à elle et répondre aux demandes
que les amis lui ont faites. Jean Luc, Geoffrey, Eric, Martine, Jean François,
Mark, et les Autres pour tous ceux qui n’ont pas demandé et pour tous ceux dont
on sait qu’ils auraient sans doute aimé qu’on se souvienne d’eux pour reprendre
un peu de vie sur le Gange.
On va à la cérémonie c’est aussi
plein qu’hier sur terre et sur le Gange. Les mêmes Ephèbes réalisent leur numéro.
C’est quand même curieux, ce
n’est pas une cérémonie, ce n’est pas un spectacle, ce n’est pas la fête de la
bière, les Indiens ne sont pas bourrés, ce n’est pas Goa, les Russes ne sont pas là, ce sont surtout des
anglo saxons, des Australiens et aussi des asiatiques Japonais ou Sud Coréens ou
Chinois que l’on rencontre. Varanasi baigne dans une atmosphère étrange comme
une forme de détachement des choses matérielles, la crasse, la merde, les morts
tout cela est bien présent dans le quotidien et c’est sans doute ce qui nous
surprend de voir tout ce qui est nous et que l’on sait si bien dissimuler.
C’est peut-être ça qui laisse les gens ébahis et qui crée cette atmosphère
d’étrangeté.
On revient rapidement à l’hôtel
parce que le spectacle de la cérémonie n’a rien d’emballant, tous les soirs le
même mais tous les soirs devant d’autres foules.
On fixe rendez vous à Macoundi
pour vendredi matin à 7h.
A l’hôtel comme on fait parti des
meubles trois jours qu’on est là, ce ne sont plus les mêmes personnes autour de
nous. Ce sont toujours les mêmes gens calmes et raisonnables. Leur seul
occasion de s’énerver s’il y en a une, c’est de parvenir à fermer le cadenas
indien qui verrouille la porte.
C’est tout une expérience, il
faut avoir les deux mains libres, le cadenas ne se ferment que si la clé est dans la serrure, ensuite il faut
tourner la clé à laquelle est attachée une lourde plaque métallique qui porte
le numéro de la chambre et qui si on s’y prend mal fait ressortir la clé de la
serrure.
On dîne ici un
peu par obligation comme internet ne fonctionne bien que sur la terrasse. Il
fonctionne pas trop mal dans la nouvelle chambre, mais c’est mieux de pouvoir
travailler sur une vraie table avec un vrai fauteuil.
On se prend une petite bière en
apéro et moi un riz frit avec du fromage, et Véro des nans avec un paneer
masala. Il faut bien se nourrir.
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