Pas très bonne nuit pour moi à
cause du téléphone de Véro qui ne faisait que recevoir des notifications.
On décide de rester une journée
de plus pour au moins aller voir ce qui
se passe.
On rencontre Achouguidami qui transporte
un couple de Français. Il ne nous a pas reconnus, ce qui paraît normal nous ne
nous sommes vus qu’une fois.
Ici ça fait vraiment penser aux
beaux hôtels du Sri Lanka, les allées balayées, les arbres, les pelouses, l’atmosphère
chaude et humide.
Vers 10h on par pout Kumbakonam
dont nous sommes à environ 10mn du centre.
Tout se passe comme prévu, les barrages pour voitures
laissent passer les motos et nous nous retrouvons bientôt dans le centre.
La route de Tanjore est barrée au niveau du
temple de Vishnu celui qui donne sur un
petit marché et à l’intérieur duquel toute une longue allée permet l’accès au
temple c’est à la fois une allée de marchands du temple et de marchands du
quotidien, c’est sa particularité.
On laisse la moto juste en face
de l’autre côté de la route Tanjore dans une petite rue devant laquelle se
dresse une statue dorée qui lève le bras au ciel.
Côté temples, aux angles deux
pâtisseries. J’ai suffisamment de repères pour retrouver la moto.
Les charriots géants pour
déplacer les dieux sont en place. On fait un petit tour du côté du temple de
Vishnu et on traverse la route de Tanjore parce que le bassin sacré qui est le
but de toute cette manifestation est de l’autre côté.
Les rues que nous empruntons se remplissent
de plus en plus de monde. C’est une cohorte d’hommes, de femmes, de vieux, de jeunes, de couples, de familles, de prêtres,
de défilés de chars promenant des dieux et précédés de tambourins, tous
défilent à la queue leu leu bon enfant,
traînant des savates et faisant des selfies.
On est un peu perdus, on demande
notre chemin, aux policiers, aux personnes qui nous comprennent parce que là on
est dans un monde où l’anglais semble avoir disparu.
On fait quelques allers retours
jusqu’à ce que l’on comprenne grâce à un homme jeune qui nous montre une carte faite
pour l’évènement, que la ville a été découpée en circuits et que là où nous
voulons nous rendre ce n’est pas la route directe, mais le contournement du
bassin pour y arriver par le Sud et les gens en sortent en direction du Nord.
On suit le flot.
Sur un coté en particulier les
marchants ambulants se sont installés pour vendre toutes sortes de
bondieuseries. Pour les gens secs comme nous c’est le côté opposé, mais pour
les gens mouillés qui reviennent du temple c’est le bon côté. Les marchands se
doutent bien que les secs ne vont pas acheter avant le bain.
Par moment une barrière se dresse
devant la foule et il faut changer de direction pour ne pas se heurter au sens
unique qui arrive en face. C’est compliqué, mais pour les foules les choses
sont toujours simples, il suffit de suivre.
Des artistes de rues profitent de l’occasion, notamment une
petite fille funambules, ses parents assis la regardent et l’aident quand le
numéro se termine. Les gens donnent, mettent des pièces et des billets dans un
petit panier destiné à cet effet.
La rue se rétrécit et la foule se
ressert autour de nous. On transpire, plutôt on ruisselle, Véro a de la
transpiration plein les yeux.
Un premier arrêt et la foule se
regroupe, se ressert davantage, se presse, se tasse. Personne ne s’affole, les
gens semblent comprendre ce qui se passe, il n’y a pas de sensation de panique.
Au loin un feu passe du rouge au vert
mais je ne pense pas que ce soit ce signal qui arrête la foule.
En effet c’est un cordon de
policier au sens propre et au sens figuré. Lorsque l’avancée se fait c’est
parce que les policiers autorisent le passage en soulevant une grosse corde
jaune.
On avance et à nouveau, nouvel
arrêt dans un nouveau sas, ainsi de suite jusqu’au bassin.
Là surprise c’est que nous devons
traverser le bassin pour sortir. Pieds nus évidemment et les chaussures
dissimulées dans le sac certainement pour ne pas montrer aux dieux qu’on en met.
Avec le sac photo de Véro impossible de rajouter quoi que ce soit à
l’intérieur. On peut donc les accrocher au sac.
J’apprécie pas trop cette
obligation d’aller à l’eau à cause de ma plaie à la jambe que je traîne depuis Varanasi.
Le temps de la réflexion est relativement court parce que ça pousse
derrière. Dans le bassin justement la foule est bien
canalisée par des cordons de gendarmes qui matérialisent le chemin en tenant
des cordes ce qui crée des voies parallèles. Comme on est en Inde on peut
passer d’une voie à l’autre en passant sous les cordes. Les soldats qui les
tiennent sont gentils, mais ont-ils le choix.
La foule dans l’eau est en nombre limité grâce au système de sas pour
la canaliser.
Le fond du bassin a été tapissé
de sable et la hauteur d’eau est aux
genoux. Les conditions de sécurité semble avoir été faites pour le mieux.
Véro qui a trop chaud s’asperge, l’eau est constamment
renouvelée et sa couleur est surtout due au sable en suspension.
On ressort de l'autre côté, au
pied du grand hôtel et on y va pour boire un coup et se dégager de la foule.
Bonne idée, à l’intérieur il n’y
a personne et on déguste en se reposant un lime soda.
On prend aussi le temps de
remettre nos chaussures, qui sont toujours attachées au sac photos.
On sort à peine dans la rue à
quelques pas du bassin première interview filmée de la journée pour Véro.
Qu’est ce que vous faites là, pourquoi vous êtes venue, d’où venez vous, aimez
vous l’Inde et Kumbakonam.
On revient vers la grand rue qui
va en direction de Tanjore et qui traverse toute la ville.
Je sais bien où est la moto, le
temple de Vishnu, le petit marché qui communique avec le temple, la statue dorée.
On est de plus englués par
la foule, ça commence à devenir difficile.
On arrive sur la grande rue, il faut aller à droite en direction de Tanjore. On
se faufile dans le flot parce qu’on ne va plus dans le même sens que lui et
pour cause la rue est barrée interdiction formelle de passer.
Véro commence à s’affoler et
même à paniquer. Oui je sais où est la
moto, mais je ne sais pas y aller, avec cette foule qui fausse tous les repères
que j’ai parce qu’on est déjà venus souvent ici et qu’on y est même resté
quelques jours.
Que faire, faire demi tour impossible la foule nous contraint
à aller dans l’autre sens. Suivre la foule mais pour aller où.
On doit sembler complètement
largués, un homme jeune vient nous demander ce qu’on cherche. On lui explique,
la moto, le temple avec le petit marché devant...Il est de Kumbakonam et
comprend vite la situation. Il nous dit qu’il faut suivre la foule pour accéder
à une autre rue parallèle à la rue de Tanjore et revenir pour faire comme un U.
Les explications ne sont pas aussi claires mais grosso modo c’est ce qu’on
comprend.
On le suit, il marche vite dans
la foule parce qu’il est pieds nus et le sol est brûlant. Il fait parfois de
grands écarts pour marcher à l’ombre. Il nous explique que c’est une sorte de
circuit pour ceux qui sont venus faire un pèlerinage. Ils doivent passer par
des lieux où ils doivent se déchausser. Ils ne peuvent pas avoir leur
chaussures à la main pour leur dévotion et une fois dans le circuit ils ne
peuvent pas revenir en arrière pour les récupérer s’ils les avaient laissées à
l’entrée d’un lieu. Bref tout le monde est pieds nus et se brûlent les pieds.
Pendant ce temps on avance et on
doit prendre notre prochaine rue à gauche, la dernière branche du U pour être
sur le petit marché au bout duquel est la moto.
Et oui la rue est barrée.
Il faut négocier, heureusement nous sommes en Inde,
la règle c’est la règle, c’est la règle, c’est la règle, vous pouvez passer.
Ouf, je pense à tous ces cons de
juristes que j’ai rencontrés pendant toutes ma carrière qui opposaient des
règles qui ne servaient qu’à défendre une institution et pas du tout à rendre
un service.
Je m’égare, on est en Inde on est dans la bonne rue et on
arrive à la moto.
On achète un petit encas et une
bouteille d’eau pour faire notre repas de midi 48Rs.
Après c’est tout droit jusqu’à
l’hôtel où on vient pour nous reposer mais surtout pour nous changer parce
qu’on est trempé et malgré la chaleur on ne sèche pas, les vêtements restent
imprégnés d’humidité et de transpiration.
On se repose un peu puis on va
prendre un goûter, salade de fruits, glace et café 400Rs. Oui ici à l’hôtel on
est chez les riches.
Un groupe de Français mange à la
table à côté. Ils sont venus aussi pour le festival. Ils voyagent en train et
ont dû traîner leur bagages sur 3km avant de pouvoir les charger dans un auto-rickshaw pour arriver à l’hôtel.
En ville il n’y a que les
voitures officielles.
On repart en fin d’après midi.
On laisse la moto au même endroit.
On se dirige vers le bassin.
Cette fois j’ai pris mes nouveaux
repères dans la foule. On va directement au temple sans faire tout le détour
pour aller s’y tremper. On a donné ce matin pour le bain, cet après midi c’est
pour la lumière du soleil couchant sur le bassin et son incroyable population
de baigneurs et baigneuses.
Les rues barrées de ce matin se
sont en quelque sorte ouvertes les gens vont dans les deux sens. Une rue semble
poser problème mais je crois que nos têtes d’occidentaux nous ont permis de
passer par l’étroit passage entre les barrières.
On arrive au bassin dans le sens
opposé à ce matin, ce qui fait qu’on est du côté de la sortie.
Les gens de l’armée qui font un
boulot extraordinaire n’ont qu’une consigne : que personne ne reste arrêté,
il faut toujours que les gens aillent dans le sens du courant de la foule.
Bien sûr pour Véro et les photos
c’est l’assouplissement de la règle d’autant qu’en plus elle les prend en photo
hommes ou femmes et ils adorent ça et demandent même s’ils sont bien sur la
photo.
Dans le bain c’est, je ne sais
pas à quoi le comparer, comme on ne va jamais en vacances à la mer en France pendant les grandes migrations de l’été,
je n’ai pas d’élément de comparaison.
Je demande à Véro qui me dit des
fonds baptismaux géants. C’est vrai qu’il y a des panneaux avec le nom d’un
dieu et là à ce panneau il y a un chargé de l’arrosage ou du baptême, quelqu’un
qui jette sur la foule de grands seaux d’eau.
Pourquoi faut-il que toute les
religions passent par l’eau ?
Ici les gens viennent parce que
tous les 12 ans compte tenu de la position
des constellation, le bassin
devient en quelque sorte une résurgence de l’eau du Gange qui va laver tout le
monde de tous les pêchés.
Ils sortent, ils escaladent les
escaliers du bassin comme des insectes qui auraient échappé à la noyade.
Je vois arriver au haut des marches, des hommes et des femmes, les traits
tirés, le regard fatigué, les cheveux
défaits dégoulinants, les habits pleins d’eau collant sur la peau et le tissus
tiré par le poids de l’eau.
Hagards et hagardes ils suivent,
ils n’ont plus rien d’autre à faire.
Ensuite les gens se changent à même le trottoir, pour les
femmes des lieux ont été aménagés.
On fait le tour du bassin pour
profiter jusqu’au dernier rayon du soleil. C’est interdit d’aller dans le sens
où nous voulons aller. Pas négociable. On suit la foule qui en sort et on fait
le chemin à l’inverse d’elle, à contre
courant. Peut-être par lassitude face à notre ténacité on nous laisse passer.
De ce côté on ne peut pas trop
s’approcher du bord des escaliers. Une équipe de photographe accrédités peut
passer.
Le 6D nous sauve la mise, c’est
vrai que maintenant Véro est prise au sérieux, avec cet appareil, de petite
amatrice de photos elle est devenue pro.
Un membre de l’équipe lui demande
si elle veut faire des photos et elle
dit oui mais elle n’a pas l’accréditation.
Il dit ça fait rien on va dire
que vous êtes là parce qu’on va vous interviewer.
Deuxième interview filmée de Véro
et dans la foulée moi aussi. Il faut improviser
un discours sur le pourquoi on est ici, d’où on vient, on aime l’Inde et
Kumbakonam...
On est ainsi libre d’aller
jusqu’à l’autre bout du bassin là où les
gens entrent dans l’eau. On croise le groupe qui déjeunait à l’hôtel tout à
l’heure eux aussi ont pris un guidami.
Le dernier rayon du soleil
disparaît sur les gens qui continuent d’aller dans le bassin. Interminable cohorte
qui se déverse depuis ce matin et
peut-être même depuis des jours et qui demain va être multiplié peut-être par
dix ou cent. 10 millions de personnes
attendues sur quelques jours, ça fait du monde.
J’ai lu il y a quelques jours qu’un salon d’aquarelle était fier d’avoir
eu 8000 personne en trois semaines,
c’est sûr qu’on n’est pas à la même échelle.
On revient par le même chemin. On
est stoppés parce qu’un groupe de baigneurs arrivent d’une autre rue. Une fois
qu’ils sont passés on peut y aller.
C’est très bien organisé. Les
soldats sont gentils ce qui est amusant c’est qu’ils sont en tenue mais pieds
nus ou en tongs..
En fait ils se remplacent dans le
bassin et sont ainsi prêts à changer de
poste où à intervenir dans l’eau s’il y avait un problème.
Une équipe vient de sortir de
l’eau, ils sont mouillés jusqu’aux fesses. Dans la foule ou plutôt dans les foules pour essayer de savoir
laquelle suivre ce matin on
essayait de suivre les secs étant surs
qu’ils allaient au bassin, alors que les mouillés en revenaient. Sans plan et
sans boussole il faut apprendre à découvrir les indices qui permettent de
s’orienter.
La lune est sortie, elle pour
ainsi dire pleine, mais pour les gens c’est demain, le grand alignement des
planètes qui n’arrive que tous les 12 ans et qui fait bénéficier aux croyants
toutes les faveurs du ciel et des dieux et des prêtres qui au passage de
l’évènement doivent faire un maximum de blé comme les hôteliers de la ville
qui ont tous doublé leur prix.
Pas de problème cette fois pour
accéder à la moto.
On revient à l’hôtel avec la nuit
noire et même si c’est un court trajet
c’est toujours une épreuve de conduire avec les phares dans la gueule, les
bus qui roulent à droite, les gens
qui traversent n’importe comment, les
piétons, les chiens invisibles.
Le temps que Véro charge ses
photos on se fait servir un fresh lime
soda à la chambre, puis on vient dîner avec l’ordi et la tablette parce que la
connexion du restaurant est bien
meilleur que celle de la chambre.
Ce soir menu économique, byrianni
et bière quand même.
Je termine le blog et Véro
prépare ses photos.
Véro me dit que la connexion se
fatigue et qu'elle n’est pas sûr de pouvoir télécharger les photos.
Demain on rentre on arrivera en
fin d’après midi fatigués, le blog et les photos ce sera sans doute pour après demain.
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