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samedi 9 janvier 2016

Pichaya ou le moment qui dure




La nuit a été rude, mauvais sommeil, concert nocturne des corbeaux-corneilles et bagarre de chiens avec aboiements à volonté.

Hier soir on a regardé le reportage sur les attentats de Charlie Hebdo, ça a dû remuer des choses.

On a  eu aussi de bonnes nouvelles de W&D qui soignent des gens dans des villages au Nord de Tanjore.

Voilà on traîne un peu et on s’accorde une grasse matinée jusqu’à 8h. Après faut s’y mettre comme si on avait quelque chose à faire. En fait oui on a quelque chose à faire c’est de vivre, vivre ici ou ailleurs ça n’a pas d’importance mais vivre, ce qu’on oublie trop souvent de faire.

Aller au pain c’est vivre tout ce petit monde du matin dans les rues de Pondy. Le marchand de lait assis sur son trottoir je l’emporte avec moi pendant toute l’année et pendant quelques mois il vit aussi pour vous.

Ce sont des  allers et retours de motos, scoots et mob des parents qui conduisent leurs enfants à l’école de filles du cœur immaculé de Marie, c’est toujours la même école rue Mission en face de l’archevêché, mais j’ai confondu ces derniers jours avec l’église du Sacré Cœur de Jésus vers la gare au bout de MG road. La mythologie catholique est aussi compliquée que la grecque ou la romaine ce qui est en quelque sorte logique.

Les mendiantes devant la cathédrale ont des attitudes différentes. Certaines continuent de mendier et d’autres commencent à sortir le casse croûte. Ces dernières s’éloignent des marches et vont s’installer sur les pas de porte de Focus et des magasins suivant.

La marchande de noix de coco, assise en lotus comme un gros bouddha, discute avec un homme en face d’elle.

A Ashok Landry on se prépare à l’ouverture  et on fourbit ses armes. Nettoyage et raclage de la semelle des fers à repasser.

En face du Nilgiris sur le trottoir une femme est assise. C’est toujours celle que je confonds avec celle qui est à côté du Hot Breads. Elle a la même tête arrondie par ses joues, elle ne fait pas très âgée. Mon malaise lorsque je vois ces deux femmes vient d’une impression de solitude, d’isolement qui émane d’elles et que je ressens.

Rue Ranga Pillai il y a en face de Pazhimudir un magnifique bus de touristes bleu et blanc, il a l’air tout neuf, il n’est pas très grand.
En face du Sri Aurobindo Autocare Service il y a le même bus bleu passé et blanc sale avec des années de route en plus.

La bouche d’égout est complètement dégagée la circulation a repris  normalement.

Il y a un peu plus de  monde que les autres jours au Cool Cat.
A Hot Breads la salle est pleine de touristes indiens et occidentaux qui en sont au petit déjeuner.
Ce matin je me laisse tenter par une baguette.
A la caisse il n’y a pas la petite caissière mais une autre celle dont j’ai déjà parlé lors des fêtes et qui me semblaient être là en renfort.
Je mesure la différence qu’il y a entre elles, dans ce qu’elles sont et dans leur façon d’être. Celle-ci est plus commune mais possède tous les atouts d’une femme indienne telle qu’on l’imagine, sari, collier en  or. La petite caissière est toujours en tunique robe et pantalon, jamais sur elle de bijoux précieux, des lunettes rectangulaires horribles, et une personnalité qui jaillit de toute sa personne.

Je reviens par le quai d’Ambour, j’aime bien dire ce nom qui est repris aussi sur l’adresse du  Hot Breads,  mais dont ce n’est plus le nom. Il s’appelle maintenant H.M. Kasi Street.

La femme qui dort près de la station service se réveille. Elle est assise et commence à ranger sa literie.

Une femme et son fils attendent sur les sièges de l’arrêt de bus.

Le trafic est calme.

Beaucoup de motos garées devant le chest hospital, qui s’intitule aussi governement medecine et homéopathie departement.

Ce matin je suis surpris de croiser dans la rue Capitaine Marius Xavier le pousseur de bouteille de gaz, ce n’est pas du tout son trajet habituel.

Deux chiens sont couchés devant Sita et devant l’entrée de l’appart. Il y a me semble-t-il de plus en plus de chiens dans Pondy.

On déjeune.
La baguette ne tient pas ses promesses, je l’ai peut-être achetée trop tard. Elle est plutôt dur et sèche que croustillante. Une baguette même en France est très sensible au temps qu’il fait.
L’essai n’est pas concluant mais j’essayerai de la prendre  dès 7h du matin je pense qu’elle sera meilleure.

Ce matin on a décidé d’aller à Serenity Beach parce que Véro a lu quelque part qu’il y a un marché le samedi matin.

Je décide de ne pas prendre l’ECR, mais de passer par l’intérieur, là où il y a l’étable des  vaches. Mais la route est vite coupée parce que le temple qui la borde est en réfection. Il faut prendre une autre rue parallèle et dans ces cas on se perd. Ce qui ne manque  pas d’arriver.
Je décide de revenir sur l’ECR pour me situer. De là je reprends la petite route qui traverse le village musulman et même à la route de Serenity Beach. On traverse tout Serenity beach et l’on va jusqu’au bout de la chaussée qui longe la plage. Pas de marché.
On s’arrête pour boire un coup et Véro demande ce qu’il en est du marché. On nous répond qu’il n’existe plus.

Ce n’est pas grave.

Véro souhaite qu’on passe au volontariat pour acheter du poulet pour ce soir.

Rue docteur Ambedkar c’est de plus en plus le chantier. Un Indien aide Véro a franchir la marche de 1m de haut qui mène à la boutique pendant que je gare la moto devant chez Pichaya.

Par pure politesse et parce qu’on aime bien Pichaya et qu’on ne voudrait pas qu’il nous ait vus et qu’il se formalise et aussi  parce qu’on l’aime bien, on passe la tête pour lui dire bonjour.

Il est là avec sa bande de copains habituelle et sa bande de femmes chargées de la cuisine et du service.
Rien ne change chez Pichaya sauf qu’aujourd’hui il est particulièrement en forme.

Il nous propose de boire un pastis parce que c’est l’heure. Pour lui faire plaisir on dit oui et aussi parce qu’avec le phénomène de dilution le pastis est le produit homéopathique le plus populaire.

Toute la bande et nous buvons le pastis.

Véro prend des photos de tous.

Pichaya lui demande si elle serait d’accord pour lui prendre en photo deux statuettes, parce que le nouveau projet de Pichaya après la réalisation d’un film à notre arrivée, d’un livre de photos sur Pondy l’an dernier, c’est la sculpture qui l’emporte aujourd’hui.  A partir de ces photos des originaux il pourra faire des copies de différentes couleurs comme Andy Warhol pour les vendre au touristes. Son idée est venue d’une statue qui est une copie d’une peinture de Ravi Varma, premier peintre indien à l’huile au début du XXème siècle.
D’histoires en anecdotes sur l’art, il réussit à entraîner Véro à photographier une trentaine de statuette et peintures.
Véro le connaît, mais cette fois ci il a réussi à l’avoir ce qu’il lui dit franchement, car il a réussi son coup et il est content. Il nous force à rester déjeuner pour se faire pardonner.

Comme on ne peut pas lui résister on accepte.

On mange bien, il suffit d’attendre un peu que les cuisinières se soient mises en route.
Pendant le repas on voit la lumière extérieure jouer dans les rideaux et les barreaux de la fenêtre qui donne sur le petit passage entre les deux maisons de Pichaya. La grille de fenêtre forme un motif qui évolue avec le mouvement du rideau. Ce motif monte et descend et ainsi prend des formes différentes qui font fonctionner nos trois imaginations.
Véro décide de prendre tout ça en photo. Pichaya imagine déjà de faire une installation représentant les différentes heures du jour grâce à la lumière et avec des couleurs différentes depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher.
Je lui confirme que ce type d’installation serait automatiquement financée par les institutions d’art contemporain.
Devant ce fond lumineux vivant Pichaya décide de s’y mettre, puis de mette une sculpture, puis de mettre une peinture, et ce jusqu’à épuisement de notre imagination.

Toujours dans le style Pichaya il me montre un livre imprimé en 1914 et qui traite de Mahabalipuram et qui s’intitule « The Seven Pagodas » il m’explique que le temple restant fait partie des 7 Pagodas, les autres ont été absorbés par l’océan et sont actuellement sous l’eau pour différentes causes. Je jette un coup d’oeil et je m’aperçois qu’il y a des choses intéressantes. Je lui demande si je peux lui emprunter. Pas de problème pour Pichaya qui me dit cependant, tu me le résumes et notes ce qui est intéressant. Après Véro c’est moi qui me fait prendre.

On le laisse  vers 15h.
Lorsqu’on sort, la moto est prise entre deux énorme tas de sable qui ont été déversés sur la chaussée pendant le déjeuner. J’arrive à la sortir sans trop de difficultés.

Retour à l’appart.
On boit un café et on décide d’aller faire un tour sur la promenade.

En route on croise notre copine la BB pour chiens qui nous redit de passer la voir chez elle. Elle nous explique à  nouveau  où ça se trouve. Comme on y est passé cette semaine je vois très bien le lieu maintenant. On lui promet de passer la semaine prochaine.

Sur la promenade il y a un peu plus de monde, c’est le WE qui commence.

On s’arrête au bureau du tourisme pour demander à un ami de Pichaya qu’on connaît des renseignements sur Pongal.

On reprend notre marche. On voit que la statue de Gandhi est entouré d’un échafaudage en bois. Elle va certainement être repeinte.

En face dans le grand chapiteau qui a abrité le festival de yoga jusqu’au 7, va ouvrir demain une foire commerciale.
Devant l’entrée, sur le sol un panneau publicitaire va recouvrir toute la façade pour indiquer ce qui se passe à l’intérieur, avec une information concernant l’entrée et la sortie de la foire.
Ce panneau qui est posé devant le chapiteau à l’horizontal va être mis ce soir à la verticale. Détail qui a son importance sa structure est en bois et l’affiche est un film plastique, la longueur est de trente mètres et la hauteur de huit mètres. On aimerait bien voir la mise en place.
On continue notre promenade jusqu’au vestige des remparts de Pondichéry soit le côté Nord de la promenade. Il y a beaucoup de pèlerins vêtus de rouge.

On revient devant la statue de Gandhi. Des hommes découpent au cutter les espaces entrée sortie dans le plastique du panneau.

On rejoint la rue Nehru parce que Véro veut rajouter un maillon au bracelet de sa montre. Avec la chaleur les bras enflent et le bracelet lui serre le poignet.

Puis on revient par Mission Street. On s’arrête à la librairie Focus pour acheter trois cartes postales pour les petits enfants.

On est crevés, on arrive à l’appart.

On boit une bière pour se retaper.

Véro s’attaque aux photos et moi au blog.

Dîner potage, pain et fromage, salade de fruits.

On regarde l’émission sur Charlie hebdo du 8 février 2006. Etonnant que l’élaboration de ce numéro  ait pu être filmée et devenir un document historique.



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