La nuit a été rude, mauvais
sommeil, concert nocturne des corbeaux-corneilles et bagarre de chiens avec
aboiements à volonté.
Hier soir on a regardé le
reportage sur les attentats de Charlie Hebdo, ça a dû remuer des choses.
On a eu aussi de bonnes nouvelles de W&D qui
soignent des gens dans des villages au Nord de Tanjore.
Voilà on traîne un peu et on
s’accorde une grasse matinée jusqu’à 8h. Après faut s’y mettre comme si on
avait quelque chose à faire. En fait oui on a quelque chose à faire c’est de
vivre, vivre ici ou ailleurs ça n’a pas d’importance mais vivre, ce qu’on
oublie trop souvent de faire.
Aller au pain c’est vivre tout ce
petit monde du matin dans les rues de Pondy. Le marchand de lait assis sur son
trottoir je l’emporte avec moi pendant toute l’année et pendant quelques mois
il vit aussi pour vous.
Ce sont des allers et retours de motos, scoots et mob des
parents qui conduisent leurs enfants à l’école de filles du cœur immaculé de
Marie, c’est toujours la même école rue Mission en face de l’archevêché, mais
j’ai confondu ces derniers jours avec l’église du Sacré Cœur de Jésus vers la
gare au bout de MG road. La mythologie catholique est aussi compliquée que la
grecque ou la romaine ce qui est en quelque sorte logique.
Les mendiantes devant la
cathédrale ont des attitudes différentes. Certaines continuent de mendier et
d’autres commencent à sortir le casse croûte. Ces dernières s’éloignent des
marches et vont s’installer sur les pas de porte de Focus et des magasins
suivant.
La marchande de noix de coco,
assise en lotus comme un gros bouddha, discute avec un homme en face d’elle.
A Ashok Landry on se prépare à
l’ouverture et on fourbit ses armes.
Nettoyage et raclage de la semelle des fers à repasser.
En face du Nilgiris sur le
trottoir une femme est assise. C’est toujours celle que je confonds avec celle
qui est à côté du Hot Breads. Elle a la même tête arrondie par ses joues, elle
ne fait pas très âgée. Mon malaise lorsque je vois ces deux femmes vient d’une
impression de solitude, d’isolement qui émane d’elles et que je ressens.
Rue Ranga Pillai il y a en face
de Pazhimudir un magnifique bus de touristes bleu et blanc, il a l’air tout
neuf, il n’est pas très grand.
En face du Sri Aurobindo Autocare
Service il y a le même bus bleu passé et blanc sale avec des années de route en
plus.
La bouche d’égout est
complètement dégagée la circulation a repris normalement.
Il y a un peu plus de monde que les autres jours au Cool Cat.
A Hot Breads la salle est pleine
de touristes indiens et occidentaux qui en sont au petit déjeuner.
Ce matin je me laisse tenter par
une baguette.
A la caisse il n’y a pas la
petite caissière mais une autre celle dont j’ai déjà parlé lors des fêtes et
qui me semblaient être là en renfort.
Je mesure la différence qu’il y a
entre elles, dans ce qu’elles sont et dans leur façon d’être. Celle-ci est plus
commune mais possède tous les atouts d’une femme indienne telle qu’on
l’imagine, sari, collier en or. La
petite caissière est toujours en tunique robe et pantalon, jamais sur elle de
bijoux précieux, des lunettes rectangulaires horribles, et une personnalité qui
jaillit de toute sa personne.
Je reviens par le quai d’Ambour,
j’aime bien dire ce nom qui est repris aussi sur l’adresse du Hot Breads, mais dont ce n’est plus le nom. Il s’appelle
maintenant H.M. Kasi Street.
La femme qui dort près de la
station service se réveille. Elle est assise et commence à ranger sa literie.
Une femme et son fils attendent
sur les sièges de l’arrêt de bus.
Le trafic est calme.
Beaucoup de motos garées devant
le chest hospital, qui s’intitule aussi governement medecine et homéopathie
departement.
Ce matin je suis surpris de
croiser dans la rue Capitaine Marius Xavier le pousseur de bouteille de gaz, ce
n’est pas du tout son trajet habituel.
Deux chiens sont couchés devant
Sita et devant l’entrée de l’appart. Il y a me semble-t-il de plus en plus de
chiens dans Pondy.
On déjeune.
La baguette ne tient pas ses
promesses, je l’ai peut-être achetée trop tard. Elle est plutôt dur et sèche
que croustillante. Une baguette même en France est très sensible au temps qu’il
fait.
L’essai n’est pas concluant mais
j’essayerai de la prendre dès 7h du
matin je pense qu’elle sera meilleure.
Ce matin on a décidé d’aller à
Serenity Beach parce que Véro a lu quelque part qu’il y a un marché le samedi
matin.
Je décide de ne pas prendre
l’ECR, mais de passer par l’intérieur, là où il y a l’étable des vaches. Mais la route est vite coupée parce
que le temple qui la borde est en réfection. Il faut prendre une autre rue
parallèle et dans ces cas on se perd. Ce qui ne manque pas d’arriver.
Je décide de revenir sur l’ECR
pour me situer. De là je reprends la petite route qui traverse le village
musulman et même à la route de Serenity Beach. On traverse tout Serenity beach
et l’on va jusqu’au bout de la chaussée qui longe la plage. Pas de marché.
On s’arrête pour boire un coup et
Véro demande ce qu’il en est du marché. On nous répond qu’il n’existe plus.
Ce n’est pas grave.
Véro souhaite qu’on passe au
volontariat pour acheter du poulet pour ce soir.
Rue docteur Ambedkar c’est de
plus en plus le chantier. Un Indien aide Véro a franchir la marche de 1m de
haut qui mène à la boutique pendant que je gare la moto devant chez Pichaya.
Par pure politesse et parce qu’on
aime bien Pichaya et qu’on ne voudrait pas qu’il nous ait vus et qu’il se
formalise et aussi parce qu’on l’aime
bien, on passe la tête pour lui dire bonjour.
Il est là avec sa bande de
copains habituelle et sa bande de femmes chargées de la cuisine et du service.
Rien ne change chez Pichaya sauf
qu’aujourd’hui il est particulièrement en forme.
Il nous propose de boire un
pastis parce que c’est l’heure. Pour lui faire plaisir on dit oui et aussi
parce qu’avec le phénomène de dilution le pastis est le produit homéopathique
le plus populaire.
Toute la bande et nous buvons le
pastis.
Véro prend des photos de tous.
Pichaya lui demande si elle
serait d’accord pour lui prendre en photo deux statuettes, parce que le nouveau
projet de Pichaya après la réalisation d’un film à notre arrivée, d’un livre de
photos sur Pondy l’an dernier, c’est la sculpture qui l’emporte aujourd’hui. A partir de ces photos des originaux il pourra
faire des copies de différentes couleurs comme Andy Warhol pour les vendre au
touristes. Son idée est venue d’une statue qui est une copie d’une peinture de
Ravi Varma, premier peintre indien à l’huile au début du XXème siècle.
D’histoires en anecdotes sur
l’art, il réussit à entraîner Véro à photographier une trentaine de statuette
et peintures.
Véro le connaît, mais cette fois
ci il a réussi à l’avoir ce qu’il lui dit franchement, car il a réussi son coup
et il est content. Il nous force à rester déjeuner pour se faire pardonner.
Comme on ne peut pas lui résister
on accepte.
On mange bien, il suffit
d’attendre un peu que les cuisinières se soient mises en route.
Pendant le repas on voit la
lumière extérieure jouer dans les rideaux et les barreaux de la fenêtre qui
donne sur le petit passage entre les deux maisons de Pichaya. La grille de
fenêtre forme un motif qui évolue avec le mouvement du rideau. Ce motif monte
et descend et ainsi prend des formes différentes qui font fonctionner nos trois
imaginations.
Véro décide de prendre tout ça en
photo. Pichaya imagine déjà de faire une installation représentant les
différentes heures du jour grâce à la lumière et avec des couleurs différentes depuis
le lever du soleil jusqu’à son coucher.
Je lui confirme que ce type
d’installation serait automatiquement financée par les institutions d’art
contemporain.
Devant ce fond lumineux vivant Pichaya
décide de s’y mettre, puis de mette une sculpture, puis de mettre une peinture,
et ce jusqu’à épuisement de notre imagination.
Toujours dans le style Pichaya il
me montre un livre imprimé en 1914 et qui traite de Mahabalipuram et qui
s’intitule « The Seven Pagodas » il m’explique que le temple restant
fait partie des 7 Pagodas, les autres ont été absorbés par l’océan et sont
actuellement sous l’eau pour différentes causes. Je jette un coup d’oeil et je
m’aperçois qu’il y a des choses intéressantes. Je lui demande si je peux lui
emprunter. Pas de problème pour Pichaya qui me dit cependant, tu me le résumes
et notes ce qui est intéressant. Après Véro c’est moi qui me fait prendre.
On le laisse vers 15h.
Lorsqu’on sort, la moto est prise
entre deux énorme tas de sable qui ont été déversés sur la chaussée pendant le
déjeuner. J’arrive à la sortir sans trop de difficultés.
Retour à l’appart.
On boit un café et on décide
d’aller faire un tour sur la promenade.
En route on croise notre copine la
BB pour chiens qui nous redit de passer la voir chez elle. Elle nous explique
à nouveau où ça se trouve. Comme on y est passé cette
semaine je vois très bien le lieu maintenant. On lui promet de passer la
semaine prochaine.
Sur la promenade il y a un peu plus
de monde, c’est le WE qui commence.
On s’arrête au bureau du tourisme
pour demander à un ami de Pichaya qu’on connaît des renseignements sur Pongal.
On reprend notre marche. On voit
que la statue de Gandhi est entouré d’un échafaudage en bois. Elle va
certainement être repeinte.
En face dans le grand chapiteau
qui a abrité le festival de yoga jusqu’au 7, va ouvrir demain une foire
commerciale.
Devant l’entrée, sur le sol un
panneau publicitaire va recouvrir toute la façade pour indiquer ce qui se passe
à l’intérieur, avec une information concernant l’entrée et la sortie de la
foire.
Ce panneau qui est posé devant le
chapiteau à l’horizontal va être mis ce soir à la verticale. Détail qui a son
importance sa structure est en bois et l’affiche est un film plastique, la longueur
est de trente mètres et la hauteur de huit mètres. On aimerait bien voir la
mise en place.
On continue notre promenade
jusqu’au vestige des remparts de Pondichéry soit le côté Nord de la promenade.
Il y a beaucoup de pèlerins vêtus de rouge.
On revient devant la statue de
Gandhi. Des hommes découpent au cutter les espaces entrée sortie dans le
plastique du panneau.
On rejoint la rue Nehru parce que
Véro veut rajouter un maillon au bracelet de sa montre. Avec la chaleur les bras
enflent et le bracelet lui serre le poignet.
Puis on revient par Mission
Street. On s’arrête à la librairie Focus pour acheter trois cartes postales
pour les petits enfants.
On est crevés, on arrive à
l’appart.
On boit une bière pour se
retaper.
Véro s’attaque aux photos et moi
au blog.
Dîner potage, pain et fromage,
salade de fruits.
On regarde l’émission sur Charlie
hebdo du 8 février 2006. Etonnant que l’élaboration de ce numéro ait pu être
filmée et devenir un document historique.
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