8h30
La nuit à été courte, sommeil
agité, réveil dans le pâté, rude soirée.
Je marche dans la rue Mission et
dans ma tête tout n’est pas encore éveillé, les Klaxons et la circulation
m’agressent ce matin. La vie est à son rythme normal, c’est moi qui ai du mal.
Les deux roues sont chargés d’au
moins deux écoliers plus le conducteur. Les autorickshaw débordent d’enfants,
de cartables, de sacs pour le repas de midi. Les enfants sont tassés à
l’intérieurs et les sacs et les cartables formes d’énormes essaims de chaque
côté de l’autorickshaw et ils foncent à toute vitesse, klaxonnent, toute la
ville à l’air d’être en retard.
Les filles de l’annexe du collège
Calvet ont une tenue écossaise à dominante rose. Les filles du Sacré cœur de
Marie sont en bleu et blanc.
Devant l’école du Sacré cœur de
Marie il y a de l’autre côté de la rue toute une enfilade de vélo de filles. Je
trouve que cette année une quantité importante de scoots a remplacé les vélos.
Des points en plus pour l’obésité.
Les mendiantes sur les marchés
font la pause syndicale du matin, elles déjeunent, c’est une occupation
sérieuse, elles ne demandent rien à personne.
Sur le seuil de Kute Kitchen, en
haut des marches un homme dort, sans drap, dans ses habits.
Je ne me souviens pas si j’ai vu
la marchande de noix de coco.
Par contre chez Ashok Landry deux
repasseurs sont en activité. Ils repassent avec des fers électriques, dont les
fils sont suspendus au dessus d’eux ce donne l’impression qu’ils manœuvrent de
petites auto-tamponneuses. Le repassage
terminé on dit qu’ils mettent les chemises dans du papier de soie. La classe…
Rue RangaPillai et ses mottes de
terre pour protéger la bouche d’égout dont le travail est terminé depuis deux
jours. Elle est un peu surélevée par rapport au niveau du goudron. Lorsqu’une
rue a besoin d’être refaite, on passe dessus une couche de goudron sauf
évidemment au niveau des bouches d’égout ou autres regards. Petit à petit les
bouches et les regards deviennent de dangereux nids de poule. C’était le cas
pour cette bouche d’égout, c’est pourquoi ils l’ont surélevée.
Un groupe de jeunes motards
discutent devant le Cool Cat si on n’était pas jeudi je penserais que ce sont
des visiteurs pour Pondy, là je ne sais que penser.
Quelques personnes prennent leur
petit déjeuner dans la salle du Hot Bread. Je suis servi rapidement. Hier
j’étais tenté par une baguette mais ce matin j’ai trop de choses sur l’estomac
et un cerveau toujours en veille et je fais comme d’habitude. C’est pas le
moment de changer.
Je reviens par le quai et ce sont
surtout des écoliers qui se véhiculent eux mêmes ou sont véhiculés par un
adulte pour se rendre à l’école.
Rue Surcouf sur la droite au
niveau de la rue Capitaine Marius Xavier il y a un ado look James Dean sur une
petite Yamaha 100cc qui fait un bruit de mobylette. Il regarde de l’autre côté
de la rue Capitaine Marius Xavier côté Candappa. Je vois déboucher une belle
fille de son âge et qui s’approche de lui et monte sur la moto.
Ils vont certainement au Lycée
français qui est à 200m. Je sens que ce doit être interdit par les parents,
mais que ça va épater les copains. Ils me croisent, lui concentré sur sa
machine, elle ravie d’être enlevée par son prince charmant. J’entends encore
longtemps la pétarade de la petite Yam et je suis heureux pour eux.
Petit déjeuner.
Avec une heure et demi de retard
sur notre horaire le temps passe vite ce matin.
Véro se bagarre sur internet pour
télécharger une sonnerie silencieuse sur
son téléphone
Depuis ce WE il y a un taré qui
appelle au moins 20 fois par jour juste pour faire chier. C’est un numéro avec
un indicatif de Singapoure. On va finir par savoir qui c’est, en attendant la sonnerie
silencieuse lui permet de continuer ses conneries sans nous déranger.
Véro va porter le linge à
repasser. Nous le repasseur nous met du papier journal, pas du papier de soie,
pour emballer les chemises. Elle
récupère aussi les pantalons.
On décide d’essayer de trouver la
BB des chiens errants de Pondy qui habite sur la route d’Auroville en passant
par Jipmer.
Je me trompe de route en prenant
la route de Villupuram. Il faut faire demi-tour et ce n’est pas simple le trafic
est particulièrement dense. Un bus s’arrête et bloque la circulation quelques
instants c’est suffisant pour faire le demi-tour.
Sur la route d’Auroville, je vois
bien les grands virages à droite puis à gauche mais on ne voit pas la maison
qui pourrait correspondre.
On s’arrête après le village dans
une librairie sur la route du visiteur center. Elle est tenue par des Français
je dis ça parce qu’ils parlent couramment le français et parlent entre eux en
français. Il y a beaucoup de livres intéressants, mais ils sont tous sous
plastique et on ne peut pas les feuilleter.
Les personnes discutent entre
elles comme si on n’était pas là et parlent fort pour dire du mal de
l’organisation et des autres acteurs d’Auroville. Des bribes de conversation :
« ils ne peuvent pas t’obliger à faire quelque chose » « Elle
m’a dit aussi que je devais m’intéresser à l’économie collective ».
Ces quelques mots illustrent bien
ce que je pense d’Auroville aujourd’hui. Chacun est venu pour faire du blé dans
un système qui ressemble à un paradis fiscal.
Dans une collectivité ne pas
avoir d’obligation cela me paraît curieux, dans une collectivité ne pas vouloir
s’intéresser à l’économie collective
cela me surprend aussi.
Nous ici nous ne sommes que des
clients, mais ils s’en foutent. La politesse voudrait me semble-t-il que leur
problème soit exposé entre eux et non pas dans le lieu de commerce. Ce sont
donc bien des Français.
Pour Auroville certains disent que j’ai tout faux
parce qu’il faut tenir compte de l’évolution depuis 69.
Certes mais justement il n’y a
pas eu d’évolution, l’utopie de l’époque n’a pas su se mettre en route, et se concrétiser.
J’entends mieux ceux qui disent
que ça ne se fait pas en 50 ans et qu’il
faut beaucoup plus de temps. Restons modeste.
On va déjeuner à Tanto, là c’est
une valeur sûre d’Auroville. On est gentiment accueilli par le patron et par
les employés que l’on connaît depuis des années. Ils nous proposent toujours ce
qu’il y
de meilleur, aujourd’hui poisson au four et filets de poissons barbecue
pour Véro. On se régale.
On revient par la palmeraie à
l’appart en se faisant le plaisir de passer avec la moto sur la promenade
Goubert. Il n’y a presque personne. L’océan à gauche et la ville à droite et le
sentiment d’être dans un lieu magique.
Café, repos.
Véro a envie d’aller au Nord de
Pondy au village de pêcheurs, au delà de l’ancienne distillerie à Vayittikupam.
C’est un endroit dont on ne revient jamais déçu et la population est
particulièrement gentille.
On laisse la moto, après la petite
rivière, pour être plus précis c’est là
où se déroule chaque année Massi Magam.
Tout de suite on voit que la
plage sur laquelle sont portés les dieux et déesses à l’océan, a disparu.
D’énormes blocs noirs ont été mis pour freiner l’agression des vagues.
On pousse notre marche jusqu’au
bout du chemin qui se termine en cul de sac. Du côté océan les baraques, les
masures, les paillotes des pêcheurs. De l’autre des promoteurs proches de
l’ashram ont commencé à essayer de donner au quartier un aspect plus civilisé en faisant des dortoirs
pour membres de la secte ashramique.
Des pêcheurs jouent aux cartes,
les femmes discutent entre elles, les enfants arrivent de l’école, sortent les
Karom et se mettent à jouer, quelques femmes jouent à une sorte de jeu de
petits chevaux avec deux dés prismatique
dissemblables.
On revient sur nos pas et on
prend dès qu’il est possible la première
rue parallèle à celle qui borde l’océan. On la remonte vers le Nord. C’est une
rue qu’on connaît bien aussi et qui se
terminait au niveau du cimetière
musulman. En traversant le cimetière on pouvait accéder à une autre rue et ne
pas revenir sur nos pas par la même voie.
Aujourd’hui on se rend compte qu’on
peut aller au delà. Les pêcheurs on mis leurs bateaux sur la petite plage qui borde la côte.
Il y a un passage au sommet de la
plage et l’on passe devant un monument mémoire aux victimes du tsunami
de 2004. En retrait on voit des construction carrées et bétonnées qui
ont du être des tsunami house. Le contre jour nous empêche de voir si ces bâtiments sinistres sont encore habités. On reviendra voir.
Sur un espace entre le bord de
mer et ces bâtiments des pêcheurs ravaudent les filets, d’autres jouent aux
cartes.
Nous on continue vers le Nord
puisque plus rien ne nous empêche d’avancer. Des ruines de bâtiments en dur,
éclatés par la vague du tsunami. Des huttes de pailles ou de tôle ondulée, les
pêcheur sont revenus vivre là où leur vie se déroule. Ils jouent ou réparent,
les femmes parlent ou cuisinent, les enfants sont comme tous les enfants du
monde curieux et distants.
La modernité c’est un peu
d’électricité pour certains, un vélo ou
une moto pour les hommes.
Ils sont heureux de nous voir et
accueillant bien que l’on ne se comprenne pas. Mais avec « Nandri, Hello,
Happy New Year », et le dodelinement de la tête on est tout de suite
accepté.
On fait demi tour, comme il n’y a
pas de constructions le soleil devient
rasant et la lumière est belle.
Dans les rue des hordes d’enfants
piaillent à notre passage et nous lancent des Bye, Bye en agitant la main.
On reprend la moto et on rentre.
Il est plus de 17h30, je ne peux pas revenir par la promenade qui est fermée au
véhicule à cette heure.
On rentre la moto, on boit une
bière, on se l’autorise après notre heure et demie de marche.
Véro se met aux photos 334 en une
heure et demie avec une carte pleine qu’il
fallait vider au fur et à mesure.
Moi je me mets au blog avec
plaisir car ça a été une super promenade avec des gens qui nous réconcilient avec l’humanité : pas
de grands discours, pas de grands besoins, une vie modeste, sans frime, sans
fric.
Dîner salade de tomates,
omelettes, pain et fruits de la passion banane.
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