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| Dans les miroirs du marché Goubert |
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Ce matin un peu de fraîcheur dans
l’appart, c’est agréable.
Je me connecte sur Internet, rien
à voir avec ce qu’on avait précédemment, une vraie bonne connexion.
Je me mets en route un peu tard.
Les dormeurs de rue sont déjà debout, leurs sacs faits, ils se mettent en route
pour je ne sais quelle destination. J’en croise quelques-uns.
La rue est plus animée, Pondy
s’est réveillé.
La salle du Hot Bread est pleine
de convives en train de prendre leur petit-déjeuner. Sur le bord du canal les
bus se vident et les rickshaw collectifs déversent leur lot d’écolières.
Le mendiant qui se réveille
chaque matin lorsque je passe, est encore sous sa couverture, ni les pieds ni
la tête ne dépassent. Hier j’ai trouvé qu’il avait beaucoup de peine à se
déplacer.
Je ne peux m’empêcher de me
demander s’il n’est pas mort comme l’homme l’autre jour devant la banque.
Un peu plus loin je vois d’autres
mendiants, j’ai l’impression qu’ils vont aller le voir.
La vie ici ne nous épargne pas.
La mort, le vol, l’odeur de merde et de pisse, le bruit, l’agression par
l’afflux de véhicules.
Tout à l’heure au niveau de rue
Petit-Canal un motard débouche devant moi, s’arrête, il me barre le passage,
c’est moi qui doit l’éviter en passant à côté. J’entends qu’il cale en
redémarrant. Il y a des dieux pour me venger.
Tout cela est usant. Il faut
réussir à faire le vide pour ne pas s’enfuir d’ici.
Véro est levée. Elle aussi
constate la qualité de la connexion Internet ce que nous n’avions jamais eu
jusqu’à présent même lorsqu’on avait l’impression que ça marchant bien. On
trouvait toujours une excuse en pensant que c’était l’Inde et on avait, par
racisme pur, moins d’exigence, alors que dans ce domaine, ils n’ont
certainement pas de retard, lorsqu’on voit les villes et les campagnes
défigurées par gigantesques et d’horribles antennes métalliques.
On va aller de bonne heure
acheter des crevettes parce que ce soir nous avons une invitée. C la Belge.
Vu les stalles réfrigérées du
marché Goubert, Véro préfère y aller tôt.
Je tourne la moto pour la sortir
du hall-garage de chez A et je trouve qu’il faut beaucoup forcer pour la faire
avancer, alors que cette moto justement est très roulante lorsqu’il faut la
pousser.
Je regarde, la roue arrière est crevée.
Il faut la porter chez le
réparateur qui n’est pas très loin heureusement. Mais il faut quand même
remonter MS jusqu’à la rue de Bussy, puis de là aller jusqu’au canal. Rue de
Bussy des Indiens me disent d’aller chez le petit garagiste qui est au bout de
la rue Capitaine Marius Xavier. Je n’ai pas envie d’y pousser la moto parce que
je sais qu’il ne fait pas la réparation des crevaisons. Ils insistent. Véro va
voir et effectivement il ne fait pas ça. Alors les Indiens m’indiquent celui où
je vais au bord du canal en face de VK le voyagiste qui nous avait envoyé un
taxi à l’arrivée à Chennai.
Il n’y a personne, mais quelqu’un
de l’agence nous reconnaît, enfin me reconnaît moi plutôt. Car Véro, qui est
allée à l’agence pour demander s’il y a quelqu’un pour réparer, en principe
c’est le frère du patron de l’agence qui répare, a vu un homme qui ne la
reconnaît pas mais qui nous remet dès qu’il me voit. Elle est un peu vexée.
Bon le gars va arriver, il faut
l’attendre un peu, 10mn ce n’est rien mai en Inde ce peut-être une demie
journée, pas plus. On a envie de laisser les clés, mais le réparateur arrive
finalement sur son TVS.
Il faut une heure pour réparer.
On prend un rickshaw pour aller
au marché Goubert, comme il a dû voir toute la scène, il comprend qu’on n’est
pas des touristes ordinaires et nous demande 50Rs ce qui est correct, difficile
d’avoir moins pour des Occidentaux.
On le fait arrêter devant le
« salon de thé », il nous dit qu’il veut nous poser devant le marché
mais on lui explique qu’avant d’y aller on veut boire un thé. Ça le fait
sourire et il est content aussi d’avoir rendu service et pas fait simplement un
transport de corps de touristes.
Après le thé, on va au marché.
Véro a sa poissonnière assise
derrière des piles de crevettes, entassées par catégorie. Juste à côté d’elle il y a une autre personne
qui nous propose de décortiquer les crevettes, mais Véro préfère le faire
elle-même.
On revient en passant par la
petite rue du tailleur Diagu Mudaliar, théoriquement c’est aujourd’hui qu’on
doit avoir nos vestes. Il est trop tôt la boutique est fermée.
On passe devant un tout petit
atelier de bijoutier d’où sort une musique comme litanie qui reprendrai le son
« OM ». J’hésite à dire ça parce que ça fait très bouddhiste et qu’en
principe le petit peuple est hindouiste, sauf que Ambedkar rédacteur de la
constitution indienne avait incité les intouchables à devenir bouddhistes pour
échapper à leur caste.
Véro demande s’il ferait de
petites réparations sur de l’or et sur de l’argent, oui, il fait ça. On va
revenir chez le tailleur aujourd’hui et on va lui demander si on peut faire
confiance à cet artisan.
On revient à pied par MS.
Véro prépare tout de suite les
crevettes. Le tailleur justement appelle pour nous dire que c’est prêt et que
nous pouvons passer. Nous allons passer vers 16h.
On va déjeuner au Banana Café
Cazy street ce restau que nous ont fait connaître F&D. On prend des gratins
tant qu’à faire, gratin de champignons et gratin d’épinard. La micro-onde
fonctionne bien et ils sont bien chauds.
La nourriture est bonne et
occidentale et il fait très bon sous le pandal, beaucoup d’air frais de
l’Océan.
On passe par chocolat pour
prendre un dessert pour ce soir et on se prend deux petites bouchées de
chocolat pour notre café.
On boit le café et on se repose.
Puis on part chez le tailleur.
Les vestes de Véro vont bien, mais pour la mienne il n’y avait pas assez de
tissus.
On va donc chez Linen world dans MS, en fait c’est juste à côté de la rue
du couturier.
On se gare. Deux jeunes Indiens
m’aident lorsque je recule la moto. C’est pour qu’on soit bien disponible pour
répondre à leur question qui est : où se trouve Baker Street. Ça nous fait
rire, parce que ça à l’air vachement important pour eux, on leur explique au
bout de MS, rue de Bussy à droite etc …
Là ce ne sont que des tissus en
lin. On n’a pas de peine à trouver pour ma veste, on trouve même une chemise en
lin et une chemise chasuble pour Véro.
On retourne chez le couturier,
avec le tissu qu’on vient d’acheter et avec l’ancien dans lequel il veut me
faire un pantalon. Il prend mes mesures
et le tout sera prêt samedi prochain.
On revient poser les vestes de
Véro à l’appart puis on retourne chez Sanatha pour acheter un pantalon pour
aller avec la chemise chasuble noire. Récupération de la robe à rectifier chez
Fior India, tout va bien.
On revient par la petite
boulangerie de MGroad pour prendre des brioches et des gâteaux secs pour
demain.
Je pose Véro à l’appart et je
vais mettre de l’essence dans la moto et faire vérifier la pression des pneus.
Je fais bien car le pneu arrière qui a été réparé ce matin est un peu faiblard.
En passant sur le bord du canal je vois mon clochard de ce matin qui dormait
sous sa couverture en train de se mettre au lit pour la nuit.
Je rentre la moto.
Véro a préparé le repas, ce soir
nous attendons C la Belge pour manger avec nous.
C’est une amie d’Abel et nous
avons au moins en commun, ce centre d’intérêt.
Lorsqu’elle est partie et que
nous apprêtons à nous coucher, je rejoins la chambre en réglant mon téléphone
pour qu’il sonne à 6h demain matin, je fais ça en marchant depuis le séjour et
tout à coup je m’éclate la tête contre l’angle du mur de cuisine.
Véro entend un grand bruit et
croit que c’est quelque chose qui est arrivée chez les voisins.
Je viens dans la chambre pour
achever mon réglage et Véro s’aperçoit que je saigne. Le choc a été si violent
que je me suis ouvert le front au niveau des cheveux.
Les Urgences Véro me font un
pansement pour la nuit.
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