Le rêve, le bout du monde, le bout de l'Inde et le Sri Lanka à porté de vue à 18 km de l'autre coté.
Tout est merveilleux sauf que l'on économise la batterie ...
| Le bout de langue de sable et le Sri lanka à portée de vue |
Karaikkudi-Rameswaram
Lever
6h on a bien dormi dans cet hôtel épique.
On
fait vite les sacs et on descend.
On
règle notre note. On paie 1000R pour la deuxième nuit ou le deuxième jour comme
ils disent.
Chargement
de la moto sous les yeux étonnés des chauffeurs.
On
s’arrête chez le premier débitant de thé.
Les
autres clients sont contents de nous voir. L’un d’entre eux nous dit qu’on
ressemble à deux Indiens. Véro se demande si c’est un compliment.
On
mange nos pains aux raisins.
Prenez
la troisième route à droite et après c’est tout droit nous dit un consommateur.
On
file.
On
a une assez bonne et belle route qui nous permet de faire les 145 km en trois
heures. La moto monte facilement à 80km/h quand la route le permet.
Au
bout d’une heure, arrêt thé dans un bled au bord de la route.
Du
côté du marchand de thé des hommes, de l’autre côté de la route des femmes au
travail dans une sorte d’immense étang à sec.
Quelques
hommes piochent le fond du réservoir avec des sortes de bêches pioches et
mettent la terre retirée dans des cuvettes assez plates comme de grandes
assiettes métalliques. Les femmes se chargent ces cuvettes sur la tête et
portent leur contenu sur le bord de l’étang.
Ils
ne veulent pas que leur réservoir s’embourbe et ils le nettoient des sédiments
déposés.
C’est
très impressionnant toutes ces femmes jeunes et belles vêtues de leurs saris
aux couleurs éclatantes. Elles nous sourient parce qu’on s’est approché du bord
pour voir tout ce travail.
Les
femmes sont toujours présentes pour effectuer ces travaux de transport de
charge. C’est elles qui dans le bâtiment transportent de la même façon sur leur
tête les briques qui servent à la construction.
On
repart. La route est plate. On passe des zones sèches qui font penser à un
delta sans eau, puis des zones de palmeraies avec des palmier aux grandes
palmes.
Nouvel
arrêt thé. En France les arrêts c’est toutes les deux heures ici c’est toutes
les heures. Les fesses et les jambes réclament.
On
resserre les liens qui tiennent les bagages, ils se sont un peu distendus.
Plus
que 50 km.
Maintenant
une route bordée d’un côté de palmiers aux longues palmes et de l’autre de
palmiers avec des palmes comme des éventails et qui forment une boule au bout
du tronc, et aussi tout le long du parcours des arbres au feuillage horizontal
pas très haut comme des arbres de savanes.
A
15km de Rameswaram ce n’est plus qu’un doigt de terre ou de sable qui s’enfonce
dans l’océan. Sur cet espace il n’y a plus que la route et la voie ferrée.
Un
grand pont routier d’environ 2 km rattache l’île de Rameswaram à la terre. Il
domine la voie ferrée qui est posée sur des piles au ras de l’eau. En son
milieu un pont-levis permet aux bateaux de gagner l’océan ou de rentrer au port
de Pamban. Il fait aussi communiquer Palk Bay avec le Golfe de Mannar.
Sur
la route qui continue vers Rameswaram peu de constructions, des dunes de chaque
côté.
On
passe la gare des bus et on s’arrête à l’hôtel Queen Palace que nous ont
conseillé les gens de Saratha villa. Ils ont ici un terrain sur lequel ils
veulent faire un camping de luxe.
Véro
va voir la chambre pendant que je reste auprès de la moto et du chargement.
Elle revient enchantée. On n’a jamais eu mieux pour le prix 1600R. Tout est
neuf et propre, la clim fonctionne, le lit à l’air bon.
La
chambre double avec un lit, c’est pour deux personnes, la chambre triple avec
un lit c’est pour trois personnes, rien à dire.
On
s’installe et on se passe sous la douche pour effacer la fatigue de la route,
même s’il va falloir refaire mon pansement. Véro se lave les cheveux.
Il
est 12h, on décide d’aller voir le temple de Ramanatha Swami qui est un peu
particulier par ses dimensions, 210m de long.
De
l’hôtel il faut entrer dans Rameswaram car il est placé un peu avant. On arrive
face au temple mais l’entrée est de l’autre côté, on fait le tour. On laisse la
moto près de l’entrée. On file déposer nos chaussures.
A
l’intérieur du temple il y a beaucoup de pèlerins qui suivent un circuit de 22
puits et ils doivent se faire asperger d’eau, à chaque puits un seau d’eau est
puisé dans le puits par des spécialistes et versé sur la tête des pèlerins. Un
seau, un pèlerin.
Au
départ on nous interdit de suivre le circuit et on passe par l’intérieur du
temple dont le sol est inondé du fait de toute cette eau versée.
Un
peu plus loin on se faufile vers la sortie et on arrive aux puits 18,19,20,21
et là personne ne nous dit rien on peut regarder ce qui se passe. Pour les
femmes ce n’est pas aussi amusant que T-shirt mouillé mais le top du sari en
rappelle quand même les effets. Véro fait des photos et bien que ce soit
interdit personne ne nous dit rien au contraire.
Une
fois bien détrempés, ils peuvent aller prier dans le saint du saint du temple
mais ils doivent être secs. C’est terriblement compliqué les religions. Sous
les seaux, ils passent avec des sacs en plastique ou autre qui contiennent les
affaires sèches et au bout du circuit il y a des salles qui permettent de se
changer. Pas simple la vie du dévot hindou.
Tout
ça se termine hors du temple à environ 200m au bain sacré de Agni Theertham
dans l’océan. On suit les gens qui s’y rendent en groupes régionaux.
Toute
cette eau est en relation avec celle du Gange à Bénares et les pèlerins
entretiennent comme à Lourdes un trafic de flacons d’eau entre Bénarès et
Rameswaram.
On
revient dans la rue entre le temple et le bain sacré et dans un petit
restaurant on mange un thali.
Dans
ce restau entre un couple et un bébé ils sont l’un et l’autre tout barbouillé
de rouge. Ça fait bizarre mais personne ne semble s’en formaliser. La femme
ressemble à une enfant avec des grosses joues et un visage poupin elle doit
avoir entre 15 ou 16 ans son bébé dans les bras. En sortant l’homme explique à
Véro qu’aujourd'hui c’est Holy la fête des couleurs et aujourd’hui la journée
de la femme me dit Véro.
On
reprend la moto et on continue la route après les bains sacrés, on passe à côté
de l’hôtel Tamil Nadu, rien n’est indiqué sur les guides mais il y a une route
et il faut savoir où elle va. Elle suit la côte, l’océan est juste la au bout
d’une plage sous des arbres. On continue c’est mon défaut de toujours vouloir
savoir où une route va. Celle-là s’achève dans l’océan. Au bout du goudron une
plage de sable des barques de pêcheurs, un grand arbre sous lequel des gens
s’abritent. On laisse la moto au bord du goudron et on va nous aussi sous
l’arbre. Il y a un homme qui part à ses occupations, une femme allongée sur le
sable et qui semble faire la sieste tout en étant consciente de ce qui se
passe, une autre femme avec une petite fille dans les bras.
Nous
nous asseyons, personne ne nous dit rien. Nous regardons les hommes s’activer
dans l’eau autour de bouteilles plastique alignées comme des bouées.
Ce
qui me surprend immédiatement c’est le total silence qui règne ici. Si personne
ne parle il n’y a aucun bruit. L’océan lui-même est comme un lac, en fait il
est partiellement enfermé ici par des langues de sable loin sur l’horizon.
C’est
étonnant ce silence, je ne sais pas si j’avais déjà vécu un moment pareille, je
suis attentif à ce silence comme si je ne voulais rien en perdre. C’est aussi
un peu angoissant on n’a pas du tout l’habitude. Les gens d’ici eux y semblent
habitués.
La
femme à l’enfant demande à Véro si elle a des babies. Véro lui dit trois, un
peu grand les bébés. Elle n’en n’a qu’un, cette petite fille de 4 ans qui
s’appellent Evangélina. Ils sont catholiques, nous aussi, ça leur fait plaisir.
On
goutte longtemps cette incroyable paix puis on décide d’y aller pour
reconnaître la route de Dhanushkodi où nous voudrions aller demain.
On
part comme on est venu sans déranger l’équilibre du lieu.
Dhanushkodi est à 20 km de Rameswaram c’est un
village tout au bout de la pointe qui se termine à 18km du Sri Lanka. C’est
aussi un lieu de pèlerinage et beaucoup d’Indiens s’y rendent.
La
route est très belle, elle traverse des forêts d’Eucalyptus, de tamaris, de
petits arbres de savanes. Sur la gauche l’océan de mer et de sable dans toute leur beauté.
La
route s’arrête à un village nommé sur le panneau d’entrée Mugunthar Yar
Chatiran, quelques baraques de palmes séchées et puis le sable.
Sur
la place il y a des cars, des auto rickshaw et dans le village toute une
population de touristes Indiens. On demande comment on fait pour aller plus
loin et notamment jusqu’à Dhanushkodi. Il faut prendre un camion. Justement il
y en a un qui part avec un groupe, il reste de la place sur la planche qui sert
à fermer la benne. C’est 100R par personne. On s’installe les pieds dans le
vide. Une corde qui pend permet de se tenir. C’est parti pour une bonne
demi-heure de traversée de sable, de mer, de chott comme on dirait en Tunisie.
On passe un village dont on voit l’église en ruine. Ce doit être Dhanushkodi.
Le camion continue sur la piste. Des oiseaux, des chevaux sauvages, des gens
qui marchent dans le sable.
Il
nous dépose tout au bout. Il faut faire encore 10mn de marche pour être au bout
du bout là où il y a l’eau de tous les côtés et en face sur l’horizon un mince
trait doré que le soleil éclaire, le Sri Lanka. C’est un point important de la
Mythologie indienne Rama y passa sur un pont avec son armée de singes commandés
par Anuman pour aller récupérer sa femme enlevée par les démons réfugiés sur
l’île de Lanka.
Les
gens se baignent ici, c’est aussi sacré.
Je
regarde à la jumelle les côtes Sri Lankaises et tout le monde veut voir avec
mes jumelles. Je les prête, elle passe de main en main, hommes, femmes,
enfants, à 10R par tête on aurait largement payé notre passage.
Les
gens sont très gentils avec nous, nous sommes les seuls occidentaux.
Véro
achète des coquillages.
On
revient vers les camions. Le chauffeur nous fait régler la course avant de
remonter. Au retour on s’arrête à Dhanushkodi. Quelques maisons en palmes, des
puits creusés dans le sable, l’église en ruine, cyclones, la guerre en face, le
tsunami on rendu ce village mort.
Nos
amis du camion veulent qu’on boive de l’eau d’un puits. Elle est bonne.
Véro
achète deux billes de pierre blanche et noir pour moi, sur les conseils d’une
sorte de gourou où d’astrologue qui voyage avec nous, il nous montre sa carte
professionnel, mais on n’y comprend rien.
À
l'arrivée ils veulent tous que nous les prenions en photo. On se rend compte
qu’ils sont venus dans deux gros rickshaw dans lesquels ils sont au moins une
dizaine.
On
les double avec la moto et ils nous font de grands signes d’amitié.
Je
dis à Véro que je ne comprends pas
comment ces femmes qui voyagent
dans de telles conditions, compressées dans le rickshaw et dans la benne du
camion, gardent toujours un sari impeccable dans sa forme et dans sa propreté.
Elles sont fortes ces Indiennes.
On
revient à l’endroit du bain sacré. En traversant la ville on voit des ânes c’est la première fois en Inde
qu’on voit des ânes, avec la croix sur le dos.
La
lumière est maintenant trop basse. Véro fait quand même quelques photos mais on
reviendra demain plus tôt.
Un
groupe d’ado veut que nous posions au milieu d’eux, ce qu’on fait.
On
revient à l’hôtel, on est crevé.
A
19h on descend pour dîner mais rien de ce qui est sur le menu n’est possible.
Je suis un peu déçu parce que ce qu’on nous propose n’est pas terrible, que des
spécialités indiennes que je n’avais pas trop envie de manger ce soir.
On
fait avec.
On
revient dans la chambre pas d’eau chaude pour Véro.
Véro
demande, il n’y a pas d’eau chaude le soir. Personne ne se lave le soir, c’est
bien connu.
Ils
nous montent un baquet d’eau bouillante.
Grâce
à la batterie du Mac qui fonctionne toujours on a des nouvelles des enfants.
Dylan est toujours dans sa crise de sciatique, espérons que ça passe vite.
Véro
peut écrire sur le blog que tout va bien ce qui est vrai.
On
est crevé. Il n’est que 21h mais je crois qu’on va se faire une longue nuit de
récupération.
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