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mardi 3 février 2015

Les transpercés de Mailam

Perçage de langue !

Ce matin notre invité est déjà levé et a mis une machine à laver en route pour son dernier jour.

Véro n'est pas encore levée, mais je pense qu'elle ne dort pas...

Dom et moi allons au pain.

On suit le parcours habituel, il n'est pas encore 7h.
Le marchand de lait de la rue Montorsier est là.
Ibrahim store n'est pas encore ouvert.
Rue Petit Canal, tout le monde dort.

Rue Sainte Thérèse il y a le rickshaw et un corps endormi.
Trois petites scolaires arrivent par cette rue à bicyclette et dans leur uniforme bleu. Elles mettent leur bicyclette sur le trottoir que longe la maison de l'archevêque car leur école est en face.

Devant la cathédrale la petite marchande de lait, et le groupe des mendiantes.

Le camion de banana world est garé sous le Nilgiris et les marchands ambulants de bananes ont rempli leur plateau monté sur des roues de vélo.

Un peu de lumière du soleil dans la rue Ranga Pillai. Le Pazhamudir n'est pas encore ouvert et j'ai peur qu'on arrive trop tôt au Hot Bread mais non il est 7h05.

Les bouses abondantes écrasées et étalées nous accueillent sur le quai.

Pas de clients au Hot Bread et je suis servi rapidement.

Nous revenons par le quai. Deux rickshaws et la dormeuse avec son chien avant la station service de l'Ashram.

Le clochard jésus est levé. En passant je lui donne 10Rs pour son thé.

A l'angle de la rue Vicomte de Souillac, le comptoir en ciment dont j'ai parlé les jours précédents est cassé, brisé, comme avec une masse,  j'ai le sentiment d'un règlement de compte.

Malgré les nuages matinaux le soleil est au rendez vous du lycée français.

On tourne rue Surcouf puis rue Capitaine Marius Xavier et enfin rue Candappa, où il y a un tracteur benne et l'équipe en train de nettoyer la rue.
  
On prend tous ensemble le petit déjeuner.

Moïse arrive pour nous emmener à Mailam où il y a la fête de Cavadee au temple de Murugan.

On passe par l'autoroute et la grande route de Mailam. On ne prend pas les petites routes comme samedi, pour ne pas perdre de temps.

Arrivée au niveau du premier temple et des bassins, on descend, tandis que Moïse va garer la voiture.

Sur la digue entre les deux bassins pour rejoindre le temple du bas et le tonsure hall, un groupe de pèlerins se précipite en face de nous et descend les escaliers faits comme des gaths et se jettent à l'eau, hommes et femmes confondus.

Puis ils en ressortent et remontent sur la digue et comme nous retournent au temple.

La foule est importante et il faut se faufiler. A côté du temple il y a un espace couvert sur lequel se tiennent des hommes et des femmes le visage recouvert d'un enduit blanc.
Entre ce lieu et l'entrée du temple il y a un va et vient qui forme comme des courants dans la foule. Des femmes colorées rouge et jaune, portent des pots de fleurs sur la tête.
Tout à coup tambours et flutes projettent des sons stridents et des percutions de plus en plus forts, de plus en plus rapides. La foule se met à hurler des répons et tout à coup ça ressemble à de l'hystérie collective.

Devant l'entrée du temple des hommes se font percer les joues avec de grandes tiges de fer. Véro me confie son sac pour se faufiler et s'approcher davantage. Je filme d'un peu plus loin, je vois les hommes avec de longues tiges métalliques. D'autres hommes et des femmes ont des tiges moins longues et peut-être moins épaisses, comme s'il y avait dans cette cérémonie des degrés différents de percing.
La foule hurle toujours ses répons comme pour encourager ceux qui se font transpercer. Certains reviennent se placer dans le petit espace couvert pour laisser la place à d'autres.
Il n'y a pas de sang, mais c'est horrible quand même.
Par la suite Véro me dit qu'elle a vu qu'ils essayaient de transpercer l'arcade sourcilière d'un enfant d'environ deux ans, mais ils n'y sont pas arrivés, des femmes se faisaient transpercer les paupières, et la tige pendait sur l'oeil.
Les personnes qui se sont faites transpercer semblent bien allumées, certains nous disent par la foi, nous pensons qu'ils sont chargés en produits illicites.
Lorsque tout  prend fin il se forme une  procession qui monte vers le grand temple. Nous suivons, des gens sont soutenus, d'autres s'évanouissent.
Les hommes portent sur leurs épaules des sortes de demi cercle en bois et fleuri, les femmes portent sur leur tête des pots fleuris. Les couleurs dominantes des processionnaires est le rouge et le jaune. Cela ressemble à une pérahéra du Sri Lanka.

La montée est lente, chaque petit temple qui se trouve sur le bord de la montée est traversé par la troupe et l'orchestre de tambourin et de flutes.
Sur certaines marches il y a des feux et les dévots prennent les flammes dans leur main et les attirent vers leur visage et vers leur coeur.

Au pied du temple nous devons nous déchausser. Moïse qui nous suit se charge de tout.

Nous arrivons sur la plateforme du grand temple. La procession fait le tour du temple et revient devant puis  monte sous le hall et pénètre dans le temple tout à l'intérieur, là où sont faites les pujas.

Nous ne suivons pas et prenons place devant un foyer d'environ un mètre sur un mètre qui contient un tas de cendres et une plaque métallique. Deux hommes avec de longues tiges de bois activent le feu et en même temps étalent les cendres pour  que le niveau corresponde à celui de la plaque  qui est posé aussi  sur des cendres.
Petit à petit la foule forme un cercle autour de ce foyer.
Les deux hommes qui s'en occupent s'arrosent d'eau puisée dans une barrique en plastique bleu avec des pots en terre, tellement il fait chaud et tellement ils ont chaud. L'eau tiédie ruisselle sous nos pieds car nous sommes très près d'eux.

On attend assez longtemps dans la chaleur de ce foyer.

Puis un passage est formé dans la foule. Des gendarmes sont là pour surveiller que tout se passe bien. Ils ont leur nom sur leur uniforme et l'un d'eux s'appelle Murugam du nom du dieu à qui est dédié la cérémonie. Evidemment Véro le lui fait remarquer et il est content et se marre. On devient ami et il veille à ce qu'on puisse bien filmer et photographier.
Une femme boiteuse qui doit être une grande prêtresse, les yeux complètement allumés, vient jeter dans le feu quelque chose qui a comme une odeur de camphre.
Le foyer est prêt et les deux hommes qui s'en occupaient se transpercent les joues devant tout le monde avec d'énormes tiges métalliques.

La musique des tambours et des flutes se fait de plus en plus présente, la procession est de retour, elle sort du temple et se dirige vers le passage aménagé dans la foule qui se met à hurler les mêmes répons que tout à l'heure, et les premiers pénitents font le tour du foyer et les candidats à la mortification se lancent sur les braises, puis sur la plaque métallique et ressortent du cercle des spectateurs pour y revenir.
La grande prêtresse boiteuse en pleine frénésie y passe plusieurs fois comme si de rien n'était, certains en plein délire tiennent à peine debout et sont soutenus pour pouvoir marcher sur le feu.
La foule hurle toujours ses répons, l'hystérie monte et certains spectateurs exaltés, sans habits de cérémonie commencent à marcher eux sur les braises et sur la plaque métallique. Il se dégage une odeur de chair brûlée qui donne faim à Véro nous avouera-t-elle après.

Cela semble se calmer, mais un autre groupe vient et l'hystérie recommence, le hurlement des répons et les spectateurs qui y vont aussi, la prêtresse en transe qui passe et repasse le foyer avec un pied sur lequel elle ne peut s'appuyer que sur la pointe.

Enfin il y a de moins en moins de gens qui franchisse le foyer et la foule des spectateurs commence à se défaire.
Chacun gagne le temple et surtout le hall qui précède le temple.
Une distribution de riz et de lentilles est faite et chacun s'assied appuyé contre les piliers du hall. C'est ce que je fais aussi, mais sans manger tandis que nos deux photographes arpentent encore le hall pour savoir s'il n'y a pas la "photo" qui les attend et qu'ils risqueraient de laisser passer.

On descend du temple par les marches et la rue des marchands. On commence à ressentir une fatigue comme une lassitude dû à toute cette folie collective.
On mange quelques amuses gueules baignés dans l'huile.

On traverse la digue entre les deux bassins, dernières photos, et on reprend la route pour Pondy.

Arrêt sur la route pour le repas de Moïse. Il prend un thali dont on ne lui ménage pas la quantité. Nous, nous prenons une omelette chacun.

On rentre vers 15h.

Un café et un peu de repos.

On va faire un tour sur la promenade Goubert.
On croise Moïse qui est allé chercher ses enfants à l'école adventiste et qui propose de nous apporter des crevettes cuisinées pour ce soir.

 Il y a toujours le tournage du film d'hier avec la même équipe.

On revient par la rue Surcouf et on s'arrête boire un coca light au Gallery Café dont on ne connaissait pas la terrasse, mais que Dom connaissait. Bel endroit à deux pas de chez nous tenu par une américaine qui parle bien français.

On rentre et au boulot photos et blog.

Beignets de Crevettes Moïse, Pâte aubergine, salade de fruits  avec Kassery Moïse.

  

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