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samedi 21 février 2015

Anniversaire et contestataires.

Rue de Bussy dans la ville blanche. 

Je me lève vers 7h, Véro est déjà levée, mais ça ne fait pas longtemps me dit-elle.

Pendant ma période de réveil, je pense soudain au clochard d'hier sur la promenade, lorsque j'étais assis sur une murette au pied de la statue de Gandhi.

Il vient vers moi et se colle debout devant moi qui suis assis, mais je suis à la même hauteur que lui parce que la murette est haute.

Evidemment il utilise la gestuele habituelle, il se frappe 2 fois  l'estomac de sa main droite puis remonte sa main au niveau de sa bouche   qu'il frappe aussi. Il me regarde, laisse un peu de temps s'écouler et recommence, et là, il commence à en rajouter en me montrant son pied gauche  auquel  il  manque  le gros orteil.
Je l'observe moi aussi, mal rasé, une longue chemise couleur patrimoine d'antan, un dhoti qui fut blanc dans une autre vie, des tongs éculées.
Je ne bouge pas.
Il continue sa gestuelle.

Ce matin tout à coup je me dis qu'en insistant comme il le faisait, il finissait par me montrer ce que j'étais moi aussi : un mendiant qui a attendu toute sa vie qu'on veuille bien lui faire l'aumône d'un salaire, d'une allocation, d'une retraite. L'aumône tombe tous les mois pour moi et lui va la chercher chaque jour, c'est la seule différence.
Il y a certainement plus d'écart entre la richesse du monde et ce qu'on me donne, et ma richesse perso et ce qu'il est.

 Face à cette forme d'injustice il ne se révolte pas. Personne ne se révolte ni les chômeurs, chez nous, ni les gens qui vivent en-dessous du seuil  de pauvreté et dont on fait une statistique brillante pour dire qu'on s'occupe d'eux.

Nos politiques sont des mendiants d'une caste intermédiaire comme tous ceux qui se croient favorisés par leur destinée ou par leur travail.
Ils ne se doutent pas qu'il ne reçoivent que ce que veut bien leur donner la caste invisible des propriétaires de la France, ceux dont la richesse n'a jamais diminué, même après la révolution française. Ceux dont les journaux ne nous parlent pas. Ceux qui vivent entre eux pour que l'argent et la propriété n'aillent pas vers des castes inférieures.
Ils gèrent les aumônes qu'ils veulent bien nous donner quelque soit nos gesticulations.

Sacré mendiant qui vient perturber mon réveil et me faire penser n'importe quoi.
Du coup je me dis que la prochaine fois que je le verrai sur la promenade je luis donnerai quelque chose pour le remercier.


Véro  vient au pain avec moi, elle veut prendre en  photo les acteurs de mon quotidien matinal.
Elle met une machine à laver en route.

En sortant on s'aperçoit qu'un des ventilos de la pièce de séjour ne fonctionne plus, on verra au retour.

Ce matin l'air est peu plus frais lorsqu'on débouche dans la rue Mission.

Un couple et leur bébé attendent devant la porte encore fermée du docteur des enfants.

Le marchand de lait est là. Ibrahim store est ouvert.

En face dans la rue Montorsier la dame avec son chien que j'appelle moi un chien de chasse à cause de ses oreilles pendantes et Véro pense elle que c'est un cocker.  J'ai mis longtemps à apprendre que les chiens avaient des noms de race, pour moi un chien avait toujours simplement été un chien quelque  soit sa race. Mais ici comme en France  aujourd'hui ça  valorise son propriétaire.

L’homme sur son haut mur balaie la terrasse du pensionnat des filles du collège  Calvé son transistor est posé sur le rebord du mur et on ne l'entend que lorsqu'on passe au-dessous, en Inde les bruits dissimulent les bruits.

Rue Petit Canal, la femme aux hardes sales et raidies par la crasse est accroupie, elle fouille dans de grands sacs en plastique blanc qui servent à ceux qui font les poubelles avant les nettoyeuses de rue. Le soleil est aveuglant.

Rue Sainte Thérèse la petite famille n'est plus là ce matin bien que les  rickshaw soient toujours stationnés un peu plus haut dans la rue. Il y a seulement le chien qui est près d'eux  lorsqu'ils dorment.

Le gardien de la maison de l'archevêque a posé son ventre sur ses genoux et son cul sur un fauteuil  de jardin en plastique  blanc. Un père de l'église en tenue blanche  nous double en scooter et entre dans le jardin de l'archevêché, c'est peut-être l'archevêque qui revient d'une promenade  nocturne chez sa Julie ou son Jules.

La petite marchande de lait est là. Elle a plusieurs clients dont un à moto.

Personne à cette sortie de la cathédrale, les escaliers sur lesquels se posaient les mendiantes ont été remplacé la nuit où nous revenions de Chennai par une pente pour les fauteuils  roulants. Peut-être qu'ils ont décidé de se mettre à faire des miracles pour relancer l'entreprise.

Les mendiantes elles, sont assises sur les marches devant la magasin Focus et sur les marches du fleuriste Arcadia. Elles petit déjeunent.
L'une d'elle râle après Véro qui les prend en photo et lorsqu'elle me voit elle me fait un signe amical et un sourire.

On arrive à la rue Ranga Pillai inondée de lumière. Pazamudhir est ouvert.

J'oublie de regarder ce qu'il est advenu du chantier dont c'était hier l'inauguration je me retourne mais je ne vois plus l'angle où il se trouve.

Le bureau de Sri Aurobindo autocares services est ouvert mais le bus n'est plus là, trop tard peut-être.

Au carrefour  une bouse écrasée en son milieu par un pneu de voiture qui laisse sur la chaussée de marques de bouses en pointillée.

C'est calme au CoolCat.

Le Hot Bread, deux clients déjeunent.

Au comptoir un autre client et moi. Pendant que j'attend la découpe du pain, je vois un gâteau blanc d'anniversaire. C'est marqué en français bon anniversaire et un prénom bizarre inconnu de moi que je ne suis pas arrivé à mémoriser, j'avais essayé pourtant mais il m'échappe.

Retour par le quai.
Devant le Cottage restaurant, une beauté en amazone sur un scoot que conduit son mec. Ils sont arrêtés et s'apprêtent à partir, Véro les stoppe pour la prendre en photo.

Derrière les deux rickshaws la femme d'avant la station service est assise et cherche à se réveiller. Derrière un homme semble s'habiller ou ajuter son pantalon, un troisième rickshaw arrive je n'ai jamais vu autant de monde que ce matin.

Le clochard jésus n'est pas à son lieu de couchage juste avant l'arrêt de bus. Il est après, assis sur le trottoir adossé au mur. Je monte sur le trottoir pour lui donner son billet du matin. Il me sourit et regarde vite le billet comme tous les matins pour s'assurer que c'est bien un vrai billet.

On attend à l'angle de la rue Surcouf le livreur de bouteilles de gaz rouges. Ce matin il pousse son chargement tout en téléphonant.

Rue Capitaine Marius Xavier et rue Montorsier les nettoyeuses de rue sont à  l'œuvre, il y a ce matin un homme proprement habillé qui leur donne des instructions.

La dernière maison sur la  gauche avant la rue Candappa, le portail est ouvert et un homme arrose l'allée bordée de plantes.

Retour à l'appart, on petit déjeune.
Thé, pain beurre raisins bananes.

Hier soir avec la fatigue des jours passés que je mets du temps à récupérer, j'ai oublié de faire la vaisselle, ça me fait une grosse vaisselle pour ce matin.

Je fais un petit café.

Véro traite ses photos du matin et je commence la rédaction du blog.

 Hier dans l'après midi il y a une aquarelle qui est tombée, l'attache a lâché derrière le cadre, le cadre est brisé, la vitre aussi, mais l'aquarelle est intact. Donc première activité de la matinée, l'encadreur rue Barathi.

Ensuite on va chez Pothys pour recharger un peu notre stock pour le frigo et la maison.

Puis on va directement au Nilgiris chez Dépoilis pour une épilation. Ils peuvent prendre Véro tout de suite. Je rentre à l'appart pour poser les courses. La grille du bas est ouverte et Antoine donne des morceaux de gras aux corbeaux.
Je range les courses et je repars pour aller chez Grinde acheter des koflets parfumés au citron parce que Véro a un peu mal à la gorge ce matin et qu'elle n'aime pas le koflet de base un peu hard au gingembre et peut-être même parfumé au poivre.

En passant devant la poste il y a une tente qui souvent sert pour les manif. Je pense donc que comme les postiers français ils se sont mis en grève illimitée.
A l'angle de la rue du temple il a été créé artificiellement un couloir pour que les gens déposent leur chaussures ici et se tapent d'aller nu pied  jusqu'au restaurant de l'ashram, je viens de me souvenir que c'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de la "mére", ou de la grenouille ou de l'escroc selon l'accointance qu'on a pour elle et de ce fait aujourd'hui c'est bouffe gratuite offert par l'ashram. La démagogie n'a jamais nuit au spirituel au contraire.

A la caisse de Grinde, je vois que la caissière rend la monnaie avec des bonbons au client qui me précède je cherche donc un pièce de 2Rs dans ma poche pour faire un chiffre rond.

Je reviens chez Depoilis,

Comme il y a un gros embouteillage devant la poste je peux lire rapidement un panneau sur lequel il me semble que la contestation porte sur l'ashram.

Véro vient d'être terminée toute  dépoilée,  elle est en train de régler.

Comme il est près de midi, je propose à Véro d'aller déjeuner au café des amis car il vaut mieux toujours avoir le temps quand on y va.
En passant devant la tente de la manif Véro me confirme que c'est bien une revendication contre l'ashram et notamment sur la non transparence de ce qui est fait de tout l'argent donné. Elle reconnaît assise devant le stand la fille qui a été sauvée de la noyade-suicide mi-décembre lorsqu'on est arrivé et que toute sa famille avait tenté de se suicider  parce qu'on les avait chassés de l'ashram.

Au café des amis il y a déjà du monde, mais il reste une table, on sait  donc qu'on est parti pour attendre un moment.
Deux hommes demandent s'ils peuvent s'installer à notre table. Merci  de nous accepter dit l'un, Véro répond on ne vous accepte pas, on vous accueille.
L'un on le connaît de vue pour l’avoir déjà vu déjeuner ici, c'est sa cantine, il est de Montpellier et il vient passer 3 à 4 mois à Pondy. Il loue son appart et le reste du temps en France il squatte chez les uns et les autres car ce sont les loyers de son appart qui lui permettent de voyager. Il est de toutes les activités culturelles de Pondy et nous dit qu'ici ça lui fait passer le temps, mais qu'à Montpellier il ne se préoccupe pas d'activité culturelle. Apparemment ça lui permet de connaître tout le monde.
L'autre homme est plus âgés 75 ans nous dit-il, il loue une maison à Serenity Beach et il s'emmerde ici pendant trois mois sans sa femme qui est resté en France.

Une amie de Pondy entre et s'excuse auprès de Véro de ne pas avoir donné de nouvelles un ami à elle a eu un AVC et elle a dû passer ses jours et ses nuits à l'hôpital avec lui. 

On finit par manger notre poulet moutarde et on laisse tout ce petit monde qui se connaît et se fréquente.

Retour à l'appart pour nous reposer et nous faire un petit café.

Véro lave un pantalon et s'aperçoit que la machine ne vidange plus. Il va falloir le dire aux proprios mais pas avant 5h à cause de la sieste et demain c'est dimanche, comme on est chez des cathos qui ne font travailler que des cathos ça ne va pas être simple, ce soir peut-être ?

On part pour aller voir ce qui se passe à l'ashram pour l'anniversaire de la mère.

En face de la poste il y a toujours la toile de tente où son assis des hommes et  parmi eux il y a un blanc que l'on connaît. On s'arrête et il nous explique que c'est une journée symbolique de grève de la faim pour protester contre le fonctionnement de l'ashram.
Ce sont les deux soeurs qui restent de la famille qui s’est suicidée le 19 décembre suite à leur expulsion de l'ashram parce que cette famille dénonçait déjà les dysfonctionnements de l'ashram.

A midi le gars de Montpellier avait aussi entendu parler de cette affaire mais on lui avait dit que c'était une famille sale et qui ne s'entendait pas avec les gens de l'ashram. Il s'était contenté de ce qu'on lui avait servi sans chercher plus.
On s'assied nous aussi sous la toile pour discuter et les organisateurs sont ravis de nous voir. Pour nous ce n'est pas grand chose, mais pourtant je m'étonne que tous ceux qui dénoncent l'ashram comme une vaste escroquerie à longueur de journée ne soient pas là.
Nous sommes pris en photo, tant mieux, on risque d'avoir encore plus de gens qui ne vont plus pouvoir nous sentir. Peut-être que dans chaque commerce on aura à côté de celle de la mère notre photo avec « wanted ».
Ces filles courageuses reprochent à l'Ashram d'être géré par des administrateurs qui ne sont pas nommés ou élues, mais cooptés, d'avoir saisi illégalement des terrain, d'utiliser l'argent de dons exonérés d'impôts d'une manière contestable et de détournements de fonds vers des comptes dissimulés.
Plus grave elles les accusent de harcèlement sexuel, de brutalité, de viol, de meurtres envers les femmes résidentes et de les pousser au suicide.
Ceux qui s'opposent à eux pour leur  mauvaise gestion sont mis à l'écart et ceux qui vont dans leur sens sont mis en avant.

Tout ça est écrit noir sur blanc sur des tracts qui sont remis aux passants, il y a même les noms des personnes qui se livrent à ces abus.

Elles demandent qu'un administrateur soit nommé par le gouvernement pour mettre fin à ces pratiques et redonner un peu de dignité à cet ashram.

Tout ça ne nous étonne pas,  tout ce qui est secte, gourou, ashram, couvent, couvert par une croyance ou une religion ou par une pratique, yoga, finit inévitablement avec de tels histoires. Dans ces domaines la manipulations des esprits est si facile, la corruption aidant, tout le monde ferme les yeux et le monde est merveilleux, plein de spiritualité, de force transcendantale, de chakras qui s'ouvrent avec le porte monnaie.


On continue notre chemin vers l'ashram il n'y a plus personne pour aller au repas, le service est fini.

Le temple sous lequel nous passons est de plus en plus encombré par les échafaudages, les petites boutiques sont vides et on commence à les détruire.
Dans la rue suivant il y a Lakshmi l'éléphante toujours entouré par beaucoup de monde.

Toutes les rues pour accéder à celle de l'ashram sont fermées par des cordes. C'est parce qu'aujourd'hui il faut prendre un ticket pour entrer dans l'enceinte de la maison et se recueillir sur  le tombeau du couple fondateur de cette entreprise de spiritualité lucrative.

On revient en passant par la promenade.

Je m'assieds comme hier à la place des clochards, mais il n'y a personne.
J'attends Véro qui prend des photos de filles qui descendent debout les rampes qui mènent au pied de la statue de Gandhi. Ces rampes ne sont pas du tout faites pour être utilisées, mais tout le monde les utilise et les enfants font même du toboggan dessus.
Quel bel hommage rendu à cet homme que tout le monde respecte.

En face sur la place il y a une réunion publique pour parler des droits de l'homme. Une sorte de bandas attire l'attention des curieux pour les rameuter.
On rencontre parmi ces gens un homme qui nous renseigne toujours lorsqu'on va à Arikamedu, il se présente d'ailleurs comme ça en disant Arikamedu, Arikamedu on finit par le reconnaître et on lui dit qu'on a envoyé Dom et Moïse il y a quelques jours, il s'en souvient bien.

On revient pour aller chercher la rue de Bussy et on s'arrête à la boulangerie pour prendre du coca light et un gâteau comme gouter parce que la masseuse vient à 18h30 et qu'on va dîner un peu tard.

Le massage fini, douche pour Véro.



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