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| Rue de Bussy dans la ville blanche. |
Je me lève
vers 7h, Véro est déjà
levée, mais ça ne fait pas longtemps me
dit-elle.
Pendant ma période de réveil,
je pense soudain au clochard d'hier sur la promenade, lorsque j'étais assis sur une murette au
pied de la statue de Gandhi.
Il vient vers moi et se colle debout
devant moi qui suis assis, mais je suis à
la même hauteur que
lui parce que la murette est haute.
Evidemment il utilise la gestuele
habituelle, il se frappe 2 fois
l'estomac de sa main droite puis remonte sa main au niveau de sa
bouche qu'il frappe aussi. Il me
regarde, laisse un peu de temps s'écouler
et recommence, et là, il
commence à en rajouter en
me montrant son pied gauche auquel il
manque le gros orteil.
Je l'observe moi aussi, mal rasé, une longue chemise couleur
patrimoine d'antan, un dhoti qui fut blanc dans une autre vie, des tongs éculées.
Je ne bouge pas.
Il continue sa gestuelle.
Ce matin tout à coup je me dis qu'en insistant comme il le
faisait, il finissait par me montrer ce que j'étais
moi aussi : un mendiant qui a attendu toute sa vie qu'on veuille bien lui faire
l'aumône d'un salaire,
d'une allocation, d'une retraite. L'aumône
tombe tous les mois pour moi et lui va la chercher chaque jour, c'est la seule
différence.
Il y a certainement plus d'écart entre la richesse du monde
et ce qu'on me donne, et ma richesse perso et ce qu'il est.
Face à
cette forme d'injustice il ne se révolte
pas. Personne ne se révolte
ni les chômeurs, chez nous,
ni les gens qui vivent en-dessous du seuil
de pauvreté et dont
on fait une statistique brillante pour dire qu'on s'occupe d'eux.
Nos politiques sont des mendiants
d'une caste intermédiaire
comme tous ceux qui se croient favorisés
par leur destinée ou par
leur travail.
Ils ne se doutent pas qu'il ne reçoivent que ce que veut bien leur
donner la caste invisible des propriétaires
de la France, ceux dont la richesse n'a jamais diminué, même
après la révolution française. Ceux dont les journaux ne
nous parlent pas. Ceux qui vivent entre eux pour que l'argent et la propriété
n'aillent pas vers des castes inférieures.
Ils gèrent
les aumônes qu'ils veulent
bien nous donner quelque soit nos gesticulations.
Sacré
mendiant qui vient perturber mon réveil
et me faire penser n'importe quoi.
Du coup je me dis que la prochaine
fois que je le verrai sur la promenade je luis donnerai quelque chose pour le
remercier.
Véro vient au pain avec moi, elle veut prendre
en photo les acteurs de mon quotidien
matinal.
Elle met une machine à laver en route.
En sortant on s'aperçoit qu'un des ventilos de la pièce de séjour ne fonctionne plus, on verra au retour.
Ce matin l'air est peu plus frais
lorsqu'on débouche dans la
rue Mission.
Un couple et leur bébé
attendent devant la porte encore fermée
du docteur des enfants.
Le marchand de lait est là. Ibrahim store est ouvert.
En face dans la rue Montorsier la
dame avec son chien que j'appelle moi un chien de chasse à cause de ses oreilles pendantes
et Véro pense elle que
c'est un cocker. J'ai mis longtemps à apprendre que les chiens
avaient des noms de race, pour moi un chien avait toujours simplement été
un chien quelque soit sa race.
Mais ici comme en France aujourd'hui ça valorise son propriétaire.
L’homme sur son haut mur balaie la
terrasse du pensionnat des filles du collège Calvé
son transistor est posé sur
le rebord du mur et on ne l'entend que lorsqu'on passe au-dessous, en Inde les
bruits dissimulent les bruits.
Rue Petit Canal, la femme aux hardes
sales et raidies par la crasse est accroupie, elle fouille dans de grands sacs
en plastique blanc qui servent à ceux
qui font les poubelles avant les nettoyeuses de rue. Le soleil est aveuglant.
Rue Sainte Thérèse
la petite famille n'est plus là ce
matin bien que les rickshaw soient
toujours stationnés un peu
plus haut dans la rue. Il y a seulement le chien qui est près d'eux lorsqu'ils dorment.
Le gardien de la maison de l'archevêque a posé son
ventre sur ses genoux et son cul sur un fauteuil de jardin en plastique blanc. Un père
de l'église en tenue
blanche nous double en scooter et entre
dans le jardin de l'archevêché, c'est peut-être l'archevêque qui revient d'une
promenade nocturne chez sa Julie ou son
Jules.
La petite marchande de lait est là. Elle a plusieurs clients dont
un à moto.
Personne à cette sortie de la cathédrale, les escaliers sur lesquels se posaient les
mendiantes ont été remplacé la nuit où nous revenions de Chennai par une
pente pour les fauteuils roulants. Peut-être qu'ils ont décidé de se mettre à
faire des miracles pour relancer l'entreprise.
Les mendiantes elles, sont assises
sur les marches devant la magasin Focus et sur les marches du fleuriste
Arcadia. Elles petit déjeunent.
L'une d'elle râle après
Véro qui les prend en photo
et lorsqu'elle me voit elle me fait un signe amical et un sourire.
On arrive à la rue Ranga Pillai inondée de lumière.
Pazamudhir est ouvert.
J'oublie de regarder ce qu'il est
advenu du chantier dont c'était
hier l'inauguration je me retourne mais je ne vois plus l'angle où il se trouve.
Le bureau de Sri Aurobindo autocares
services est ouvert mais le bus n'est plus là,
trop tard peut-être.
Au carrefour une bouse écrasée en son milieu par un pneu de
voiture qui laisse sur la chaussée
de marques de bouses en pointillée.
C'est calme au CoolCat.
Le Hot Bread, deux clients déjeunent.
Au comptoir un autre client et moi.
Pendant que j'attend la découpe
du pain, je vois un gâteau
blanc d'anniversaire. C'est marqué
en français bon
anniversaire et un prénom
bizarre inconnu de moi que je ne suis pas arrivé
à mémoriser, j'avais
essayé pourtant mais il m'échappe.
Retour par le quai.
Devant le Cottage restaurant, une
beauté en amazone sur un
scoot que conduit son mec. Ils sont arrêtés et s'apprêtent à partir, Véro
les stoppe pour la prendre en photo.
Derrière
les deux rickshaws la femme d'avant la station service est assise et cherche à se réveiller. Derrière
un homme semble s'habiller ou ajuter son pantalon, un troisième rickshaw arrive je n'ai
jamais vu autant de monde que ce matin.
Le clochard jésus n'est pas à
son lieu de couchage juste avant l'arrêt
de bus. Il est après, assis
sur le trottoir adossé au
mur. Je monte sur le trottoir pour lui donner son billet du matin. Il me sourit
et regarde vite le billet comme tous les matins pour s'assurer que c'est bien
un vrai billet.
On attend à l'angle de la rue Surcouf le livreur de bouteilles
de gaz rouges. Ce matin il pousse son chargement tout en téléphonant.
Rue Capitaine Marius Xavier et rue
Montorsier les nettoyeuses de rue sont à l'œuvre, il y a ce matin un homme
proprement habillé qui leur
donne des instructions.
La dernière maison sur la
gauche avant la rue Candappa, le portail est ouvert et un homme arrose
l'allée bordée de plantes.
Retour à
l'appart, on petit déjeune.
Thé,
pain beurre raisins bananes.
Hier soir avec la fatigue des jours
passés que je mets du temps
à récupérer,
j'ai oublié de faire la
vaisselle, ça me fait une
grosse vaisselle pour ce matin.
Je fais un petit café.
Véro
traite ses photos du matin et je commence la rédaction
du blog.
Hier dans l'après
midi il y a une aquarelle qui est tombée,
l'attache a lâché derrière le cadre, le cadre est brisé, la vitre aussi, mais
l'aquarelle est intact. Donc première
activité de la matinée, l'encadreur rue Barathi.
Ensuite on va chez Pothys pour recharger
un peu notre stock pour le frigo et la maison.
Puis on va directement au Nilgiris
chez Dépoilis pour une épilation. Ils peuvent prendre Véro tout de suite. Je rentre à l'appart pour poser les
courses. La grille du bas est ouverte et Antoine donne des morceaux de gras aux
corbeaux.
Je range les courses et je repars
pour aller chez Grinde acheter des koflets parfumés
au citron parce que Véro a
un peu mal à la gorge ce
matin et qu'elle n'aime pas le koflet de base un peu hard au gingembre et peut-être même parfumé
au poivre.
En passant devant la poste il y a une
tente qui souvent sert pour les manif. Je pense donc que comme les postiers
français ils se sont mis en
grève illimitée.
A l'angle de la rue du temple il a été
créé artificiellement
un couloir pour que les gens déposent
leur chaussures ici et se tapent d'aller nu pied jusqu'au restaurant de l'ashram, je viens de
me souvenir que c'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de la "mére", ou de la grenouille ou
de l'escroc selon l'accointance qu'on a pour elle et de ce fait aujourd'hui
c'est bouffe gratuite offert par l'ashram. La démagogie
n'a jamais nuit au spirituel au contraire.
A la caisse de Grinde, je vois que la
caissière rend la monnaie
avec des bonbons au client qui me précède je cherche donc un pièce de 2Rs dans ma poche pour
faire un chiffre rond.
Je reviens chez Depoilis,
Comme il y a un gros embouteillage
devant la poste je peux lire rapidement un panneau sur lequel il me semble que
la contestation porte sur l'ashram.
Véro
vient d'être terminée toute dépoilée, elle est en train de régler.
Comme il est près de midi, je propose à Véro
d'aller déjeuner au café des amis car il vaut mieux
toujours avoir le temps quand on y va.
En passant devant la tente de la
manif Véro me confirme que
c'est bien une revendication contre l'ashram et notamment sur la non
transparence de ce qui est fait de tout l'argent donné. Elle reconnaît
assise devant le stand la fille qui a été sauvée de la noyade-suicide mi-décembre lorsqu'on est arrivé et que toute sa famille avait tenté de se suicider parce qu'on les avait chassés de l'ashram.
Au café
des amis il y a déjà du monde, mais il reste une
table, on sait donc qu'on est parti pour
attendre un moment.
Deux hommes demandent s'ils peuvent
s'installer à notre table.
Merci de nous accepter dit l'un, Véro répond on ne vous accepte pas, on vous accueille.
L'un on le connaît de vue pour l’avoir
déjà vu déjeuner
ici, c'est sa cantine, il est de Montpellier et il vient passer 3 à 4 mois à Pondy. Il loue son appart et le reste du temps en
France il squatte chez les uns et les autres car ce sont les loyers de son
appart qui lui permettent de voyager. Il est de toutes les activités culturelles de Pondy et nous
dit qu'ici ça lui fait
passer le temps, mais qu'à Montpellier
il ne se préoccupe pas
d'activité culturelle.
Apparemment ça lui permet
de connaître tout le monde.
L'autre homme est plus âgés
75 ans nous dit-il, il loue une maison à
Serenity Beach et il s'emmerde ici pendant trois mois sans sa femme qui
est resté en France.
Une amie de Pondy entre et s'excuse
auprès de Véro de ne pas avoir donné de nouvelles un ami à elle a eu un AVC et elle a dû
passer ses jours et ses nuits à l'hôpital avec lui.
On finit par manger notre poulet
moutarde et on laisse tout ce petit monde qui se connaît et se fréquente.
Retour à
l'appart pour nous reposer et nous faire un petit café.
Véro
lave un pantalon et s'aperçoit
que la machine ne vidange plus. Il va falloir le dire aux proprios mais pas
avant 5h à cause de la
sieste et demain c'est dimanche, comme on est chez des cathos qui ne font
travailler que des cathos ça
ne va pas être simple, ce
soir peut-être ?
On part pour aller voir ce qui se
passe à l'ashram pour
l'anniversaire de la mère.
En face de la poste il y a toujours
la toile de tente où son
assis des hommes et parmi eux il y a un
blanc que l'on connaît. On
s'arrête et il nous
explique que c'est une journée
symbolique de grève de la
faim pour protester contre le fonctionnement de l'ashram.
Ce sont les deux soeurs qui restent
de la famille qui s’est suicidée le 19 décembre suite à
leur expulsion de l'ashram parce que cette famille dénonçait déjà les dysfonctionnements de
l'ashram.
A midi le gars de Montpellier avait
aussi entendu parler de cette affaire mais on lui avait dit que c'était une famille sale et qui ne
s'entendait pas avec les gens de l'ashram. Il s'était
contenté de ce qu'on lui
avait servi sans chercher plus.
On s'assied nous aussi sous la toile
pour discuter et les organisateurs sont ravis de nous voir. Pour nous ce n'est
pas grand chose, mais pourtant je m'étonne
que tous ceux qui dénoncent
l'ashram comme une vaste escroquerie à
longueur de journée
ne soient pas là.
Nous sommes pris en photo, tant
mieux, on risque d'avoir encore plus de gens qui ne vont plus pouvoir nous
sentir. Peut-être que dans
chaque commerce on aura à côté
de celle de la mère
notre photo avec « wanted ».
Ces filles courageuses reprochent à l'Ashram d'être géré par
des administrateurs qui ne sont pas nommés
ou élues, mais cooptés, d'avoir saisi illégalement des terrain, d'utiliser
l'argent de dons exonérés d'impôts d'une manière
contestable et de détournements
de fonds vers des comptes dissimulés.
Plus grave elles les accusent de harcèlement sexuel, de brutalité, de viol, de meurtres envers
les femmes résidentes et de
les pousser au suicide.
Ceux qui s'opposent à eux pour leur mauvaise gestion sont mis à l'écart et ceux qui vont dans leur sens sont mis en
avant.
Tout ça
est écrit noir sur blanc
sur des tracts qui sont remis aux passants, il y a même les noms des personnes qui se livrent à ces abus.
Elles demandent qu'un administrateur
soit nommé par le
gouvernement pour mettre fin à ces
pratiques et redonner un peu de dignité
à cet ashram.
Tout ça
ne nous étonne pas, tout ce qui est secte, gourou, ashram,
couvent, couvert par une croyance ou une religion ou par une pratique, yoga,
finit inévitablement avec
de tels histoires. Dans ces domaines la manipulations des esprits est si
facile, la corruption aidant, tout le monde ferme les yeux et le monde est
merveilleux, plein de spiritualité,
de force transcendantale, de chakras qui s'ouvrent avec le porte monnaie.
On continue notre chemin vers
l'ashram il n'y a plus personne pour aller au repas, le service est fini.
Le temple sous lequel nous passons
est de plus en plus encombré par
les échafaudages, les
petites boutiques sont vides et on commence à
les détruire.
Dans la rue suivant il y a Lakshmi l'éléphante
toujours entouré par
beaucoup de monde.
Toutes les rues pour accéder à celle de l'ashram sont fermées par des cordes. C'est parce qu'aujourd'hui il
faut prendre un ticket pour entrer dans l'enceinte de la maison et se
recueillir sur le tombeau du couple
fondateur de cette entreprise de spiritualité
lucrative.
On revient en passant par la promenade.
Je m'assieds comme hier à la place des clochards, mais il
n'y a personne.
J'attends Véro qui prend des photos de filles qui descendent
debout les rampes qui mènent
au pied de la statue de Gandhi. Ces rampes ne sont pas du tout faites pour être utilisées, mais tout le monde les
utilise et les enfants font même
du toboggan dessus.
Quel bel hommage rendu à cet homme que tout le monde
respecte.
En face sur la place il y a une réunion publique pour parler des
droits de l'homme. Une sorte de bandas attire l'attention des curieux pour les
rameuter.
On rencontre parmi ces gens un homme
qui nous renseigne toujours lorsqu'on va à
Arikamedu, il se présente
d'ailleurs comme ça en
disant Arikamedu, Arikamedu on finit par le reconnaître et on lui dit qu'on a envoyé Dom et Moïse il y a quelques jours, il
s'en souvient bien.
On revient pour aller chercher la rue
de Bussy et on s'arrête à la boulangerie pour prendre du
coca light et un gâteau
comme gouter parce que la masseuse vient à
18h30 et qu'on va dîner
un peu tard.
Le massage fini, douche pour Véro.

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