Ce
matin, on se laisse dormir dans la fraîcheur, avant d’attaquer la journée.
Comme
je sais que les températures vont s’améliorer en France j’ai moins de scrupule
à dire que nos minimas sont à 22, 23 degrés et les maximas à 31, 32 degrés, ce
qui est très supportable, même si parfois dans la journée on a des coups de
chaud.
Grosse
activité ce matin autour de la fontaine : toilettes, linges, lavage de voitures
et de vélo.
Je
regarde devant la maison, il y a un rickshaw et le conducteur le pousse pour
essayer de faire un créneau entre la moto et le scoot du proprio. Je surveille
la manœuvre, un scoot passe à côté de moi je ne fais pas attention jusqu’à ce
que je réalise que c’est Predibane. Je retourne vers son portail pour le saluer
et m’excuser, en plus d’être mal réveillé malgré l’heure tardive j’étais
concentré sur ce rickshaw qui manoeuvrait.
Il
est arrivé lorsque je sortais pour le pain et il est toujours là. Quelqu’un a
dû lui téléphoner et il attend. Je me dis que nous les Occidentaux nous les
prenons trop en considération et du coup ils nous volent. Apparemment les
Indiens ne s’en préoccupent pas, ce sont eux qui sont aux ordres et ça marche.
Bon
c’est pas brillant comme considération philosophique mais parfois ça fait du
bien.
On
prend la moto direction le thé. Puis direction Promenade pour remettre de
l’ordre dans l’accrochage des aquarelles car tous ceux qui en ont achetées sont
venus les prendre.
Puis
Véro se renseigne pour le paiement et on nous entraîne dans les sous sol de
Promenade. Ça change de l’accueil. On se faufile dans des couloirs étroits,
dans lesquels sont déposés des marchandises, pour arriver au service
comptabilité.
Dans
un espace de 5 m2, il y a 4 personnes dont le comptable. Dans un bureau à coté
de 1m de large sur deux de long il y a trois personnes et un coin cuisine. Le
bureau du directeur qui est en face n’est pas plus brillant sauf qu’il est seul
dans sa cave.
Il
n’y pas de problème pour faire un open chèque c’est à dire un chèque non barré
pour pouvoir le toucher immédiatement.
On
revient faire quelques courses au Nilgiris et ensuite acheter de la bière en
face. Pour la bière maintenant on est connu. Ils savent celle qu’on prend et il
n’essaye plus de nous refiler de la Blue qui est plus alcoolisée et plus chère.
On
revient à l’appart pour poser tout ça et on repart presque aussitôt car il est
midi, pour aller déjeuner au Surguru. Aujourd’hui je me sens apte à sentir la
cuisine indienne.
A
l’entrée du Surguru, Véro scrute un groupe de 3 personnes et elle reconnaît P
et son mari G et une autre française avec qui ils discutent.
On
est content de se revoir après une année. En peu de temps on remet tout à jour
et ils nous invitent à venir prendre le café chez eux un après-midi. P dessine
un plan et il me semble que c’est vers chez Félix, là où il nous avait emmenés
pour voir les motos.
On
déjeune et ça passe bien.
On
revient à l’appart pour le café et pour que je me repose.
Vers
14h30 on part à la recherche du petit temple avec ses centaines de statures en
ciment peint.
Véro
a écrit le trajet que nous devons faire et nous l’avons bien en tête.
On
retrouve sans problème Thalakuppam jonction sur la route de Cuddalore, ensuite
c’est assez simple il faut tourner deux fois à gauche et c’est là.
Le
seul problème, la route est pourrie et bourrée de casse vitesse, aussi haut
qu’il est permis et dissimulés dans l’ombre des arbres. C’est une souffrance.
La route est bordée par les arbres déracinés par le cyclone, c’est
impressionnant.
Arrivés
au temple on est en avance sur la lumière et on a donc du temps à passer. En
plus on ne passe pas inaperçu. On fait le tour, on suit du début à la fin
toutes les rangées de pèlerins-statues dont les regards sont tous tournés vers
le temple. Des rangées sont simples, d’autres doubles ou triples. On estime
qu’il y a vraisemblablement un millier de statuettes hommes, femmes,
enfants. Sous certaines il y a une
plaque avec des inscriptions en tamoul. La seule chose qu’on puisse lire ce
sont des années et 2004, 2008, 2010, 2011 et aussi des mois.
Un
peu en retrait, il y a un atelier où sont fabriquées, sur demande nous
semble-t-il, les statuettes.
Je
pense que chaque statuette doit être une forme de remerciement pour un vœux qui
se serait réalisé. C’est une hypotèse.
En
attendant que la lumière veuille bien se mettre dans un éclairage idéal pour
photographe on se repose sur un espace couvert où les Indiens viennent aussi se
poser, manger, dormir.
De
là on est derrière une triple rangée de personnage et on peut observer tout ce
qui se passe dans le premier sanctuaire. Il y en a trois mais ce premier semble
un passage obligé.
Trois
prêtre officient dans un espace clos qui contient 4 divinités 2 dieux et 2
déesses. Une des déesse s’est prise un coup d’arbre abattu par le cyclone et embrasse
presque le sol, mais apparemment ça ne lui enlève rien à son efficacité.
Une
femme en sari vert remet à un prêtre un papier comme une lettre sur lequel elle
a rédigé son vœu, je suppose. Elle lui remet aussi un sac contenant des
offrandes. Les autres prêtres officient avec d’autres personnes, notamment un
couple avec un enfant, des gens derrière les barrières qui parlent avec les
prêtres.
La
femme remet au prêtre un sachet qui doit contenir à mon avis du méta, qu’il va
ouvrir en le frottant contre les lames d’un trident shivaïste qui fait face aux
dieux.
Il
met ce que je considère comme du méta c’est à dire du pétrole solidifié, dans
une petite coupelle et l’allume. La coupelle allumée est mise dans quelque
chose qui ressemble à une poêle pour la transporter sans se brûler. Le feu est
présenté aux dieux, puis à la demanderesse et aussi au passage à d’autres
personnes qui sont là accrochées aux grilles qui entourent l’espace réservé au
rituel. Chacun se met les mains au-dessus des flammes et fait le geste de les
attirer vers lui, puis joint les mains, et se recueille.
La
lettre est aussi passée au-dessus des flammes divines. Le prêtre pose la poêle
dans laquelle les flammes continuent.
Il
prend la lettre qu’il plie, entoure d’un fil et l’attache à une sorte de bâton
tenu par le dieu et qui est complètement déformé par la quantité incroyable de
vœux qui y sont attachés. En fait on ne doit jamais les enlever.
Le
prêtre prend un citron qu’il passe au-dessus de ce porte vœux et le donne à la
demanderesse qui ressort de la zone pour aller à l’extérieur planter ce citron
dans l’une des piques du trident de Shiva.
Elle
revient, le prêtre lui donne à elle et à d’autres un petit peu de cendre
blanche et de matière rouge pour se marquer le front. Ce qu’ils font tous.
Dans
le sac à offrande, le prêtre prend une noix de coco qu’il brise. Il redonne
après l’avoir présentée au dieu une moitié avec d’autres ingrédients que la
femme remporte, je pense que ce sont certainement des offrandes pour son autel
personnel.
Elle
cherche dans son porte monnaie de l’argent qu’elle donne au prêtre. Il dépose
cet argent dans un sac en plastique dissimulé sous la robe du dieu. La femme
fait le tour des quatre dieux et déesses en faisant le geste de leur baiser les
pieds et les mains et elle s’en va.
Comme
on est là depuis un bon moment un prêtre veut nous donner à manger on fait
parti du truc maintenant. Véro mange quelque chose qui pourrait ressembler à
des haricots rouges mais avec une forme ronde. Moi je décline. Comme ils se
rendent compte qu’on est pas très attiré par cette bouffe ils nous donnent deux
bananes chacun. Je suis sûr que c’était des bananes d’offrande aux dieux.
Toujours ça de pris.
Pendant
ce temps un autre prêtre est en train de bénir un TVS tout neuf. Il passe autour
avec la poêle allumée et puis pose dessus des petits bouts de cendre ou autre
produit bénéfique.
Bien
que la lumière soit bonne l’endroit très particulier suit un axe Est Ouest, est
entouré d’arbres,(il en reste encore), le monde qui entoure les rituels, les
ombres tout cela n’est pas propice selon Véro à faire une bonne photo.
On
revient par la même route pourrie, mais avec une lumière divine de fin d’après
midi ou peut-être qu’on ramène avec nous.
On
a juste le temps de poser la moto, de passer à l’appart et de repartir pour le
lycée français où c’est la semaine des arts et de la science et ce soir à 18h15
il y a un concert puis de la danse.
On
s’installe et comme d’habitude rien n’est prêt. Les musiciens arrivent petit à
petit. Réglage du son, enfin ça commence avec une demi-heure de retard, rien de
catastrophique.
La
première partie musique classique de l’Inde, se décompose en trois parties.
C’est
pas simple pour moi de vous parler musique je n’ai jamais été foutu d’entendre
un rythme quelque soit le type de musique. On peut vivre quand même mais c’est
pas toujours compris.
Deux
percussionnistes, un violon et un chanteur joueur de guimbarde. Comment vous
dire je ne sais jamais avec ce genre de musique si c’est quelque chose de
composé que chaque musicien joue comme dans un orchestre. J’ai l’impression que
tous les instruments se valent, c’est à dire que tour à tour c’est l’un d’entre
eux qui mène la musique et que les autres suivent. Puis j’ai aussi le sentiment
que tout est improvisé et que les instruments se répondent, ce qui se remarque
au niveau des musiciens qui dans ces cas-là semblent avoir beaucoup de
complicité.
Le
chanteur prend le dessus et émet des sons, comme des onomatopées, soit longs,
soit très brefs et saccadés.
Tout
ça crée une atmosphère qui donne l’impression que les musiciens dont on ne sait
pas s’ils forment un groupe, se découvrent et se mettent à jouer ensemble petit
à petit.
Deuxième
partie un tabla et un percussionniste, et je redis la même chose bien que ce ne
soit pas les mêmes sons. Même façon d’être, même complicité qui petit à petit
sans en avoir l’air, emmènent l’auditeur dans la musique qu’ils offrent.
Troisième
partie tout le monde se regroupe et ils font la même chose et on voudrait que
ça ne finisse pas, tellement c’est un bonheur de les voir jouer et tellement
c’est beau.
Tout
se termine par la remise des écharppes, rituel inévitable de toutes
manifestations publiques qui doit faire le bonheur des marchands d’étoffe.
Véro
s’est fait une copine qui a presque la même tunique qu’elle et qui est assise à
coté d'elle.
La
danse Barathanatiam. Un flûtiste, un violon, un percussionniste, une chanteuse
qui est la chef de l’orchestre et la chorégraphe.
La
danseuse semble très jeune par rapport à ces adultes qui la font danser. La
première danse est superbe, beaucoup de fraîcheur chez cette jeune danseuse.
Après
il semble que la fatigue ait pris le dessus pour les deux danses suivantes et
j’ai l’impression de voir un jeune animal dressé qui essaye de donner
satisfaction à ses maîtres. Plus de personnalité, des gestes de danseuses sans
une réelle présence.
Je
suis content que ça se termine pour elle.
Les
écharpes.
Un
pot qui nous permet de retrouver Predibane et B&F.
On
rentre un peu crevé.
Véro
prépare vite de quoi dîner.
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