| Un des trésors |
Lever 6h, départ 7h.
La route de Cuddalore toute
pourrie et avec le soleil levant de face qui empêche de voir la plupart des
nids de poule et donc on se les prend.
A Cuddalore on fait un arrêt
à l’hôtel Devi pour boire un thé et satisfaire des besoins naturels.
On nous dit que c’est fermé
ça n’ouvre en fait qu’à 12h30. Curieux pour un hôtel. Comme on sait que les
commodités sont à l’extérieur, on arrête la moto devant le portail et Véro y va
sous le regard méchant et les paroles désagréables du gardien et de l’homme de
la sécurité. Ils savent bien qu’ils ne peuvent pas nous arrêter compte tenu de
la couleur de notre peau mais ils peuvent toujours nous insulter en tamoul ce
qu’ils ne se privent pas de faire.
Véro de retour j’y vais aussi.
En ressortant je vois un Indien qui franchit le portail extérieur sarong et
serviette sur l’épaule il vient sans que les autres ne lui disent rien se
servir des sanitaires.
En sortant je leur donne
20R pour le cas où nous aurions
besoin de revenir une autre fois.
On va jusqu’à Old Town où
l’on sait qu’il y un faiseur de thé installé au bord de la route. Ça nous
permet en plus de larguer un camion qui nous colle et nous fait chier.
On boit le thé et on repart.
La route est meilleure c’est
la route de Chidambaram que nous avons faite l’autre jour avec l’autre moto et où nous sommes
tombés en panne.
Un accident provoque un
bouchon d’au moins un km. Mais rien n’arrête jamais une moto en Inde. Tous les
motards roulent à côté de la route sur le bas côté. Ça n’a pas l’air très
grave, mais la voiture accidentée ne semble pas vouloir libérer la chaussée.
Je surveille le compteur
kilométrique parce que nous avons cru comprendre qu’à 55km de Pondy on pouvait
prendre une route à gauche pour rejoindre la petite ville de Porto Novo. Ville
occupée au départ par les Portugais, puis donnée aux Français et enfin prise
par les Anglais. Ce sont toujours ces villes qui font partie de l’histoire de
Pondy.
Ce qui est bien c’est qu’on
quitte la grande route et qu’on avance par des petites routes vers l’océan.
On y arrive sans problème.
Notre objectif c’est la visite du musée océanographique.
On s’arrête en ville à un
premier carrefour en forme de fourche. Ça tombe bien il y a un marchand de thé.
On boit donc à nouveau un thé. Des
enfants, des gens nous regardent avec étonnement. Pour boire notre thé nous
nous sommes assis sur le trottoir au bord du débit de thé. Un petit mur nous
met en retrait de la rue. Dès que les gens arrivent, passent le mur, ils nous
découvrent et font tous des têtes qui marquent la surprise.
Deux petites filles qui
habitent la maison à côté ne nous quittent pas. Elle sont vêtues de leur
costume d’écolière, la plus petite a des chaussures montantes avec des
chaussettes. Véro veut la prendre en photo, elle est d’accord, elle est
contente mais baisse la tête et refuse de faire le moindre sourire.
Le marchand de thé nous
indique la direction du musée océanographique.
On roule suffisamment pour
sortir de la ville jusqu’à des bâtiments qui sont ceux de l’Université de
recherche des sciences marines.
Un grand portail coloré avec
des dauphins qui jouent avec des balles, nous fait penser à Disney Land mais
marquent effectivement l’entrée de l’Université et du musée océanographique.
Je franchis le portail avec
la moto. Aussitôt on m’arrête et on me dit de laisser la moto dehors le long du
mur extérieur.
Je ressors, je gare la moto,
la verrouille. On verrouille les
casques.
Ceux qui nous ont dit de
ressortir nous font signe maintenant, il faut entrer la moto dans l’enceinte de
l’Université. Je reprends la moto et je la rentre. A peine suis je arrêté
qu’une femme en sari vert arrive par la route de l’autre côté du mur. Ceux qui
m’on dit d’entrer semble embêtés en la voyant. Ils lui expliquent, je pense
qu’ils m’ont autorisé à entrer la moto. Ils attendent sa réponse, elle semble
hésiter et pendant un instant je pense que je vais devoir ressortir la moto.
Non, elle leur confirme que je peux laisser la moto là.
C’est bon, on entre dans les
locaux. C’est un bâtiment sur un étage qui entoure un jardin.
Au rez-de-chaussée sur le
pourtour des portes sur lesquelles sont marqués les noms des professeurs. Les
portes sont toutes verrouillées par un cadenas.
La femme au sari vert nous
fait signe de la suivre. Ce doit être un professeur. Elle monte à l’étage et
nous fait entrer dans une salle, qui est la salle du musée océanographique.
Ce qu’on voit nous surprend
un peu et je me heurte à des vertèbres de baleines ; trois énormes vertèbres
empilées que je manque de faire tomber, je les rattrape de justesse. Personne
ne semble s’en inquiéter.
La pièce est toute en
longueur. Les vertèbres sont à un bout. Sur le côté juste au niveau des
fenêtres il y une étagère en ciment qui fait le tour de la pièce. Au milieu des
armoires en bois aux portes, aux côtés aux dos vitrés. Je pense et Véro aussi à
ce petit musée perdu dans les sables du désert du Sahara à Beni Abbes. Le
mobilier est de la même époque complètement désuet.
Sur l’étagère qui fait le
tour de la salle sont posés des bocaux de différentes formes qui contiennent
chacun un spécimen de la faune marine du coin baigné dans du formol. C’est à la
fois horrible et déconcertant, ça me fait penser à des fœtus décolorés, blanc
translucide.
Pour des spécialistes, c’est
certainement très intéressant, pour des novices c’est déconcertant.
Dans les armoires, rangés
avec soins sur des support de bois, des coquillages avec leur identification
précise.
Un dauphin et un fourmilier
naturalisés, des mâchoires de requins, des nez énormes de poisson-scie.
Des gens de l’université
sont là et nous laissent aller de surprise en surprise en découvrant tous ces
spécimens marins.
Nous redescendons sans que
personne ne se soit plus occupé de nous et nous allons à la moto qui est garée
près d’un empilement d’immenses baignoires en plastique noir qui doivent servir
lorsque est ramené un spécimen vivant.
On décide d’aller au bout de
la route en direction du phare rouge qu’on aperçoit au loin.
On arrive sur un petit port
au retour de la pêche. Il y a une activité de fourmilière. Les grandes barques
ont été tirées sur le sol. Les marins sortent les filets et retirent de petits
poissons argent qui sont pris dans les mails.
La pêche s’empile et des
femmes ramassent ce précieux butin et le mette dans des bacs métalliques et les
recouvrent de glace brisée.
Un homme en bordure de la
plage, casse à grands coups de massue des pains de glace et il vend par seau
cette glace brisée aux femmes qui viennent en chercher. Certains au milieu de
la plage retirent la peau d’espèces d’anguilles qui passent de la couleur noire
au blanc. Les peaux sont mises
dans un sac, les anguilles mises dans un bac à côté.
Il y a plein de vie sur
cette plage port, des femmes, des hommes, chacun s’affaire connaissant
parfaitement son rôle. Des camions un peu en retrait attendent pour prendre
livraison du poisson préparé pour être emporté.
On n’en partirait pas,
tellement on a l’impression d’être dans un monde disparu. Comme dans un rêve,
la chance de se trouver là comme si tout à coup on avait réellement remonté le
temps.
On ne dérange pas. On ne
détourne pas vraiment leur attention de l’ouvrage qui n’attend pas.
C’est à regret qu’on reprend
la moto et la route pour le sud.
On repasse devant le musée
océanographique. Au loin on aperçoit un pont. Dans le village une rue part sur
la gauche et va en direction du pont. On l’emprunte. On passe le pont. De
l’autre côté, la route se sépare en deux directions, l’océan, la terre.
On choisit l’océan. Une
route étroite, un car fonce sur nous et je ralenti au maximum mais je cale, on
est tout au bord de la route et on voit la tôle du car qui nous frôle, sans que
le chauffeur se préoccupe outre mesure de nous.
C’est un cul de sac avec un
rond point au bout pour que nous fassions demi-tour. En fait on est arrivé au
port des bateaux qui ressemblent à des petits chalutiers et la route et le pont
ont été faits pour les camions qui viennent chercher le poisson.
Au retour à nouveau le car, mais cette fois-ci je gère mieux
le croisement et tout se passe bien.
On prend donc la direction
de la terre. La route se dégrade rapidement, le goudron disparaît puis revient
au bout de quelques km.
On sait que notre prochaine
destination est Killai. On est sûr d’être dans la bonne direction, mais on ne
sait pas si c’est la bonne route.
On arrive dans un village où
il y a un panneau indicateur indiquant Pichavaram 2,6km, c’est le but du voyage
pour aujourd’hui. Sur la carte il y a bien 10km entre Killai et Pichavaram, on
a donc loupé Killai, tant pis on verra au retour.
A 1 km à la sortie du
village une corde est tendue en travers de la route nous incitant manifestement
à nous arrêter. On s’arrête juste devant, une femme sort d’une guérite en
palmes et nous demande 5 roupies pour passer. En échange elle nous donne un ticket.
On lui demande la direction pour Killai elle nous dit que Killai c’est à 500m
On pense qu’elle n’a rien
compris. La route suit un canal où sont amarrées des barques comme celles des
pêcheurs de Porto Novo. On s’arrête pour les regarder, puis on continue
jusqu’au bout de la route qui se termine à Pichavaram, une sorte de parc avec
quelques constructions, un embarcadère, un restaurant, un hôtel.
Il est 11h du matin. On va
voir l’embarcadère des barques emmènent les touristes occidentaux ou indiens
visiter les mangroves qui se tiennent à l’embouchure de la rivière.
Ça ne nous dit rien d’aller
faire du bateau sous cette chaleur et nous allons au restaurant voir ce qu’ils
ont.
Au départ, ils n’ont rien
que du thé. On prend du thé. Puis en les questionnant ils ont des meals, c’est
à dire des thalis qu’ils n’osent pas proposer à des occidentaux. Comme notre
petit déjeuner de 6h du matin est loin on dit qu’on prendrait bien un thali.
C’est OK mais au bout d’un moment, ce n’est pas possible tout de suite, il faut
attendre une demi-heure.
On va faire un tour. On
revient sur nos pas avec la moto et on prend la première route sur notre droite
qui va vers l’océan. On arrive à un ponton sur lequel on va marcher. Véro n’est
pas très fière parce qu’il manque pas mal de planches. On regarde les barques
qui sont ancrées là.
On revient au restaurant. Il
est plein d’Indiens qui mangent leur thali. On commande. Lorsque notre thali
arrive, la salle s’est vidée, il n’y a plus que nous.
On projette de revenir et de
faire la mangrove dès 6h du matin au lever du soleil. On demande les tarifs de
l’hôtel pour venir y coucher la veille. Ils nous disent que les embarcations
fonctionnent de 6h à 18h. ça nous convient bien, on va même visiter une chambre
qui n’est pas mal. Ça se veut un hôtel qui se tient, il y a des terrains de
tennis.
Avant de repartir on va voir
les horaires de départ des embarcations et on voit que c’est de 8h à 17h. On
est déçu, on insiste pour savoir si on pourrait partir plus tôt. Non.
C’est certainement un droit
acquis, car on voit sur la table des horaires que la première heure a été
grattée et remplacée par 8. Rien à dire dans un pays démocratique à
l’administration efficace, tant pis si les départs se font lorsque le soleil
est déjà haut dans le ciel.
On repart et on remonte vers
Porto Novo. On se dit que si c’est pour partir à 8h ce n’est pas la peine de
venir dormir ici, il suffit de partir à 6h du mat de Pondy.
A Porto Novo on veut aller
voir le cimetière hollandais et ensuite en pense qu’on va pouvoir continuer sur
cette petite route pour remonter jusqu’à Cuddalore sans emprunter la grande
route. C’est ce qu’on fait les FROG lors de leur sortie mi-2011.
On se trompe de chemin et on
se retrouve sous le pont au lieu de se retrouver dessus. On fait demi tour et
on parvient à passer dessus.
En ville on demande où se
trouve le cimetière hollandais. Personne ne semble très informé. Au bout d’un
moment on nous envoie vers un autre pont celui par lequel nous sommes arrivés
de la grande route ce matin.
C’est à gauche avant le
pont.
On s’arrête et on demande et
comme on fait la forme de la croix pour expliquer cimetière on nous envoie vers
une église.
On fait demi-tour, on est
toujours dans le même secteur. Ceux qui nous ont renseignés sont toujours là et
il y a quelqu’un qui parle bien anglais mais qui ne comprend pas le mot
« cemetery » et « Dutch ». C’est un peu gênant, mais ils
finissent par comprendre qu’on recherche des morts. L’un pense connaître ce
qu’on cherche avec des morts anglais. Il faut les suivre. On traverse la route
qui donne accès au pont et on va de l’autre côté. On suit les motos qui
s’arrête dans un endroit qui ressemble un peu à un coupe gorge, quelques
maisons et beaucoup de végétation. Véro me dit qu’ils sont cinq. C’est sûr que
ça fait beaucoup à mon âge.
On pose les motos devant une
maison et ils commencent à enlever des épineux coupés qui font comme une
barrière autour de la maison.
Un vieil homme sort et
confirme que c’est là.
Un peu plus loin ils
enlèvent d’autres épineux coupés qui font pour le coup une énorme barrière
comme pour empêcher de pénétrer dans la jungle qui se trouve derrière.
Une fois le passage fait on
se faufile et on suit dans une sorte de maquis formé d’épineux, un forme de
sente. Véro inquiète à cause des
épines met le pied dans une belle bouse bien molle sous la croûte.
On se faufile encore sous
cette végétation et là le premier homme tire quelques branches et découvre une
première tombe. On aperçoit en se relevant, de loin en loin dépassant de la
végétation comme des îlots, des tombaux.
Les Indiens sont plus
fascinés que nous et à part un qui
en avait entendu parler, les autres ne savaient même pas que ça existait. Ils
essayent de lire la première plaque. Ils pensent que c’est un cimetière d’officiers
et de leur famille.
Je me rends compte pendant
qu’ils digèrent leur étonnement et pendant que Véro nettoie sa chaussure, qu’on
peut monter sur un tombeau pour
avoir une vision en hauteur du cimetière. Je monte dessus et je vois le
périmètre et le haut des tombeaux. Un monument semble marquer le milieu du
cimetière. Tous me rejoignent sur le tombeau. Il y a une figure gravée dans la
pierre, les Indiens sont fascinés par la beauté de ce qu’il voit sous nos
pieds. Ils sont scandalisés que l’on puisse laisser un cimetière dans un état
pareil, c’est pour eux comme un manque de respect aux morts.
Celui qui parle mieux
anglais dit je suis né ici et je n’en avais jamais entendu parler. Il veut que
Véro fasse des photos et les envoie aux ambassades pour qu’elles fassent pression
sur le gouvernement du Tamil Nadu pour qu’il fasse le nécessaire pour donner
une dignité à ces tombes.
Au retour il note sur un
papier tous ceux qu’il faut alerter, fait promettre à Véro qu’elle le fera,
donne son n° de téléphone pour qu’on l’appelle et il expliquera.
On a l’impression d’avoir
découvert la tombe de Tout Ankhamon, tellement c’est le scandale dans leur tête
qu’on puisse laisser ce cimetière dans un état pareil.
On les laisse. Ils nous
accompagnent jusqu’à la petite route qui suit la côte et on entreprend notre
remontée, en s’arrêtant en fonction des suggestions de la route.
Un temple disney land avec
un tank d’eau en forme de fleur de lotus, une superbe petite plage sur laquelle
une vieille indienne nous montre qu’elle ramasse des moules. Un petit port avec des abris de palmes
sous lesquels les pêcheurs ravaudent leurs filets.
Tout ça dans un paysage de
dunes qui envahissent parfois la route.
Puis nous revenons vers la
grande route et là tout change, on passe du jaune au vert des champs de riz et
c’est autre chose complètement différent, deux mondes qui n’on rien à voir l’un
avec l’autre.
La grande route, Cuddalore,
et Pondy.
Il est 17h, on se fait un
goûter au Daily Bread, on rencontre des FROG, on discute puis on revient à
l’appart, on rencontre C la Belge dans Mission Street.
On se pose un peu et on
repart à pied chez l’encadreur récupérer les deux aquarelles à encadrer. On
achète des bananes. On revient, Véro prépare le repas et ensuite on se met au
blog. Il est 22h30 et je termine.
Un petit mot pour dire qu’on
pense à vous dans le froid et qu’on est embêté d’avoir si chaud, mais en tant
qu’ancien grenoblois on réalise bien ce que c’est.
J’espère que ce récit vous
réchauffera un peu le cœur. On vous avait bien dit de venir nous voir.
impressionnant... captivant... dépaysant... un vrai régal votre blog, merci. Bizzzzzzz
RépondreSupprimerMamanlotus-AC
Bonjour les GoJojO,
RépondreSupprimeret merci pour ces découvertes !!!
Biz LouLou