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jeudi 9 février 2012

Encore des trésors


Lever 6h, départ 7h.

La route de Cuddalore toute pourrie et avec le soleil levant de face qui empêche de voir la plupart des nids de poule et donc on se les prend.

A Cuddalore on fait un arrêt à l’hôtel Devi pour boire un thé et satisfaire des besoins naturels.

On nous dit que c’est fermé ça n’ouvre en fait qu’à 12h30. Curieux pour un hôtel. Comme on sait que les commodités sont à l’extérieur, on arrête la moto devant le portail et Véro y va sous le regard méchant et les paroles désagréables du gardien et de l’homme de la sécurité. Ils savent bien qu’ils ne peuvent pas nous arrêter compte tenu de la couleur de notre peau mais ils peuvent toujours nous insulter en tamoul ce qu’ils ne se privent pas de faire.

Véro de retour j’y vais aussi. En ressortant je vois un Indien qui franchit le portail extérieur sarong et serviette sur l’épaule il vient sans que les autres ne lui disent rien se servir des sanitaires.

En sortant je leur donne 20R  pour le cas où nous aurions besoin de revenir une autre fois.

On va jusqu’à Old Town où l’on sait qu’il y un faiseur de thé installé au bord de la route. Ça nous permet en plus de larguer un camion qui nous colle et nous fait chier.

On boit le thé et on repart.

La route est meilleure c’est la route de Chidambaram que nous avons faite l’autre jour  avec l’autre moto et où nous sommes tombés en panne.

Un accident provoque un bouchon d’au moins un km. Mais rien n’arrête jamais une moto en Inde. Tous les motards roulent à côté de la route sur le bas côté. Ça n’a pas l’air très grave, mais la voiture accidentée ne semble pas vouloir libérer la chaussée.

Je surveille le compteur kilométrique parce que nous avons cru comprendre qu’à 55km de Pondy on pouvait prendre une route à gauche pour rejoindre la petite ville de Porto Novo. Ville occupée au départ par les Portugais, puis donnée aux Français et enfin prise par les Anglais. Ce sont toujours ces villes qui font partie de l’histoire de Pondy.

Ce qui est bien c’est qu’on quitte la grande route et qu’on avance par des petites routes vers l’océan.

On y arrive sans problème. Notre objectif c’est la visite du musée océanographique.

On s’arrête en ville à un premier carrefour en forme de fourche. Ça tombe bien il y a un marchand de thé. On boit donc à  nouveau un thé. Des enfants, des gens nous regardent avec étonnement. Pour boire notre thé nous nous sommes assis sur le trottoir au bord du débit de thé. Un petit mur nous met en retrait de la rue. Dès que les gens arrivent, passent le mur, ils nous découvrent et font tous des têtes qui marquent la surprise.

Deux petites filles qui habitent la maison à côté ne nous quittent pas. Elle sont vêtues de leur costume d’écolière, la plus petite a des chaussures montantes avec des chaussettes. Véro veut la prendre en photo, elle est d’accord, elle est contente mais baisse la tête et refuse de faire le moindre sourire.

Le marchand de thé nous indique la direction du musée océanographique.

On roule suffisamment pour sortir de la ville jusqu’à des bâtiments qui sont ceux de l’Université de recherche des sciences marines.

Un grand portail coloré avec des dauphins qui jouent avec des balles, nous fait penser à Disney Land mais marquent effectivement l’entrée de l’Université et du musée océanographique.

Je franchis le portail avec la moto. Aussitôt on m’arrête et on me dit de laisser la moto dehors le long du mur extérieur.

Je ressors, je gare la moto, la verrouille. On verrouille  les casques.

Ceux qui nous ont dit de ressortir nous font signe maintenant, il faut entrer la moto dans l’enceinte de l’Université. Je reprends la moto et je la rentre. A peine suis je arrêté qu’une femme en sari vert arrive par la route de l’autre côté du mur. Ceux qui m’on dit d’entrer semble embêtés en la voyant. Ils lui expliquent, je pense qu’ils m’ont autorisé à entrer la moto. Ils attendent sa réponse, elle semble hésiter et pendant un instant je pense que je vais devoir ressortir la moto. Non, elle leur confirme que je peux laisser la moto là.

C’est bon, on entre dans les locaux. C’est un bâtiment sur un étage qui entoure un jardin.

Au rez-de-chaussée sur le pourtour des portes sur lesquelles sont marqués les noms des professeurs. Les portes sont toutes verrouillées par un cadenas.

La femme au sari vert nous fait signe de la suivre. Ce doit être un professeur. Elle monte à l’étage et nous fait entrer dans une salle, qui est la salle du musée océanographique.

Ce qu’on voit nous surprend un peu et je me heurte à des vertèbres de baleines ; trois énormes vertèbres empilées que je manque de faire tomber, je les rattrape de justesse. Personne ne semble s’en inquiéter.

La pièce est toute en longueur. Les vertèbres sont à un bout. Sur le côté juste au niveau des fenêtres il y une étagère en ciment qui fait le tour de la pièce. Au milieu des armoires en bois aux portes, aux côtés aux dos vitrés. Je pense et Véro aussi à ce petit musée perdu dans les sables du désert du Sahara à Beni Abbes. Le mobilier est de la même époque complètement désuet.

Sur l’étagère qui fait le tour de la salle sont posés des bocaux de différentes formes qui contiennent chacun un spécimen de la faune marine du coin baigné dans du formol. C’est à la fois horrible et déconcertant, ça me fait penser à des fœtus décolorés, blanc translucide.

Pour des spécialistes, c’est certainement très intéressant, pour des novices c’est déconcertant.

Dans les armoires, rangés avec soins sur des support de bois, des coquillages avec leur identification précise.

Un dauphin et un fourmilier naturalisés, des mâchoires de requins, des nez énormes de poisson-scie.

Des gens de l’université sont là et nous laissent aller de surprise en surprise en découvrant tous ces spécimens marins.

Nous redescendons sans que personne ne se soit plus occupé de nous et nous allons à la moto qui est garée près d’un empilement d’immenses baignoires en plastique noir qui doivent servir lorsque est ramené un spécimen vivant.

On décide d’aller au bout de la route en direction du phare rouge qu’on aperçoit au loin.

On arrive sur un petit port au retour de la pêche. Il y a une activité de fourmilière. Les grandes barques ont été tirées sur le sol. Les marins sortent les filets et retirent de petits poissons argent qui sont pris dans les mails.

La pêche s’empile et des femmes ramassent ce précieux butin et le mette dans des bacs métalliques et les recouvrent de glace brisée.

Un homme en bordure de la plage, casse à grands coups de massue des pains de glace et il vend par seau cette glace brisée aux femmes qui viennent en chercher. Certains au milieu de la plage retirent la peau d’espèces d’anguilles qui passent de la couleur noire au blanc. Les peaux  sont mises dans un sac, les anguilles mises dans un bac à côté.

Il y a plein de vie sur cette plage port, des femmes, des hommes, chacun s’affaire connaissant parfaitement son rôle. Des camions un peu en retrait attendent pour prendre livraison du poisson préparé pour être emporté.

On n’en partirait pas, tellement on a l’impression d’être dans un monde disparu. Comme dans un rêve, la chance de se trouver là comme si tout à coup on avait réellement remonté le temps.

On ne dérange pas. On ne détourne pas vraiment leur attention de l’ouvrage qui n’attend pas.

C’est à regret qu’on reprend la moto et la route pour le sud.

On repasse devant le musée océanographique. Au loin on aperçoit un pont. Dans le village une rue part sur la gauche et va en direction du pont. On l’emprunte. On passe le pont. De l’autre côté, la route se sépare en deux directions, l’océan, la terre.

On choisit l’océan. Une route étroite, un car fonce sur nous et je ralenti au maximum mais je cale, on est tout au bord de la route et on voit la tôle du car qui nous frôle, sans que le chauffeur se préoccupe outre mesure de nous.

C’est un cul de sac avec un rond point au bout pour que nous fassions demi-tour. En fait on est arrivé au port des bateaux qui ressemblent à des petits chalutiers et la route et le pont ont été faits pour les camions qui viennent chercher le poisson.

 Au retour à nouveau le car, mais cette fois-ci je gère mieux le croisement et tout se passe bien.

On prend donc la direction de la terre. La route se dégrade rapidement, le goudron disparaît puis revient au bout de quelques km.

On sait que notre prochaine destination est Killai. On est sûr d’être dans la bonne direction, mais on ne sait pas si c’est la bonne route.

On arrive dans un village où il y a un panneau indicateur indiquant Pichavaram 2,6km, c’est le but du voyage pour aujourd’hui. Sur la carte il y a bien 10km entre Killai et Pichavaram, on a donc loupé Killai, tant pis on verra au retour.

A 1 km à la sortie du village une corde est tendue en travers de la route nous incitant manifestement à nous arrêter. On s’arrête juste devant, une femme sort d’une guérite en palmes et nous demande 5 roupies pour passer. En échange elle nous donne un ticket. On lui demande la direction pour Killai elle nous dit que Killai c’est à 500m
On pense qu’elle n’a rien compris. La route suit un canal où sont amarrées des barques comme celles des pêcheurs de Porto Novo. On s’arrête pour les regarder, puis on continue jusqu’au bout de la route qui se termine à Pichavaram, une sorte de parc avec quelques constructions, un embarcadère, un restaurant, un hôtel.

Il est 11h du matin. On va voir l’embarcadère des barques emmènent les touristes occidentaux ou indiens visiter les mangroves qui se tiennent à l’embouchure de la rivière.

Ça ne nous dit rien d’aller faire du bateau sous cette chaleur et nous allons au restaurant voir ce qu’ils ont.

Au départ, ils n’ont rien que du thé. On prend du thé. Puis en les questionnant ils ont des meals, c’est à dire des thalis qu’ils n’osent pas proposer à des occidentaux. Comme notre petit déjeuner de 6h du matin est loin on dit qu’on prendrait bien un thali. C’est OK mais au bout d’un moment, ce n’est pas possible tout de suite, il faut attendre une demi-heure.

On va faire un tour. On revient sur nos pas avec la moto et on prend la première route sur notre droite qui va vers l’océan. On arrive à un ponton sur lequel on va marcher. Véro n’est pas très fière parce qu’il manque pas mal de planches. On regarde les barques qui sont ancrées là.

On revient au restaurant. Il est plein d’Indiens qui mangent leur thali. On commande. Lorsque notre thali arrive, la salle s’est vidée, il n’y a plus que nous.

On projette de revenir et de faire la mangrove dès 6h du matin au lever du soleil. On demande les tarifs de l’hôtel pour venir y coucher la veille. Ils nous disent que les embarcations fonctionnent de 6h à 18h. ça nous convient bien, on va même visiter une chambre qui n’est pas mal. Ça se veut un hôtel qui se tient, il y a des terrains de tennis.

Avant de repartir on va voir les horaires de départ des embarcations et on voit que c’est de 8h à 17h. On est déçu, on insiste pour savoir si on pourrait partir plus tôt. Non.

C’est certainement un droit acquis, car on voit sur la table des horaires que la première heure a été grattée et remplacée par 8. Rien à dire dans un pays démocratique à l’administration efficace, tant pis si les départs se font lorsque le soleil est déjà haut dans le ciel.

On repart et on remonte vers Porto Novo. On se dit que si c’est pour partir à 8h ce n’est pas la peine de venir dormir ici, il suffit de partir à 6h du mat de Pondy.

A Porto Novo on veut aller voir le cimetière hollandais et ensuite en pense qu’on va pouvoir continuer sur cette petite route pour remonter jusqu’à Cuddalore sans emprunter la grande route. C’est ce qu’on fait les FROG lors de leur sortie mi-2011.

On se trompe de chemin et on se retrouve sous le pont au lieu de se retrouver dessus. On fait demi tour et on parvient à passer dessus.

En ville on demande où se trouve le cimetière hollandais. Personne ne semble très informé. Au bout d’un moment on nous envoie vers un autre pont celui par lequel nous sommes arrivés de la grande route ce matin.

C’est à gauche avant le pont.

On s’arrête et on demande et comme on fait la forme de la croix pour expliquer cimetière on nous envoie vers une église.

On fait demi-tour, on est toujours dans le même secteur. Ceux qui nous ont renseignés sont toujours là et il y a quelqu’un qui parle bien anglais mais qui ne comprend pas le mot « cemetery » et « Dutch ». C’est un peu gênant, mais ils finissent par comprendre qu’on recherche des morts. L’un pense connaître ce qu’on cherche avec des morts anglais. Il faut les suivre. On traverse la route qui donne accès au pont et on va de l’autre côté. On suit les motos qui s’arrête dans un endroit qui ressemble un peu à un coupe gorge, quelques maisons et beaucoup de végétation. Véro me dit qu’ils sont cinq. C’est sûr que ça fait beaucoup à mon âge.

On pose les motos devant une maison et ils commencent à enlever des épineux coupés qui font comme une barrière autour de la maison.

Un vieil homme sort et confirme que c’est là.

Un peu plus loin ils enlèvent d’autres épineux coupés qui font pour le coup une énorme barrière comme pour empêcher de pénétrer dans la jungle qui se trouve derrière.

Une fois le passage fait on se faufile et on suit dans une sorte de maquis formé d’épineux, un forme de sente. Véro  inquiète à cause des épines met le pied dans une belle bouse bien  molle sous la croûte.

On se faufile encore sous cette végétation et là le premier homme tire quelques branches et découvre une première tombe. On aperçoit en se relevant, de loin en loin dépassant de la végétation comme des îlots, des tombaux.

Les Indiens sont plus fascinés que nous  et à part un qui en avait entendu parler, les autres ne savaient même pas que ça existait. Ils essayent de lire la première plaque. Ils pensent que c’est un cimetière d’officiers et de leur famille.

Je me rends compte pendant qu’ils digèrent leur étonnement et pendant que Véro nettoie sa chaussure, qu’on peut monter sur un tombeau  pour avoir une vision en hauteur du cimetière. Je monte dessus et je vois le périmètre et le haut des tombeaux. Un monument semble marquer le milieu du cimetière. Tous me rejoignent sur le tombeau. Il y a une figure gravée dans la pierre, les Indiens sont fascinés par la beauté de ce qu’il voit sous nos pieds. Ils sont scandalisés que l’on puisse laisser un cimetière dans un état pareil, c’est pour eux comme un manque de respect aux morts.

Celui qui parle mieux anglais dit je suis né ici et je n’en avais jamais entendu parler. Il veut que Véro fasse des photos et les envoie aux ambassades pour qu’elles fassent pression sur le gouvernement du Tamil Nadu pour qu’il fasse le nécessaire pour donner une dignité à ces tombes.

Au retour il note sur un papier tous ceux qu’il faut alerter, fait promettre à Véro qu’elle le fera, donne son n° de téléphone pour qu’on l’appelle et il expliquera.

On a l’impression d’avoir découvert la tombe de Tout Ankhamon, tellement c’est le scandale dans leur tête qu’on puisse laisser ce cimetière dans un état pareil.

On les laisse. Ils nous accompagnent jusqu’à la petite route qui suit la côte et on entreprend notre remontée, en s’arrêtant en fonction des suggestions de la route.


Un temple disney land avec un tank d’eau en forme de fleur de lotus, une superbe petite plage sur laquelle une vieille indienne nous montre qu’elle ramasse des moules. Un  petit port avec des abris de palmes sous lesquels les pêcheurs ravaudent leurs filets.

Tout ça dans un paysage de dunes qui envahissent parfois la route.

Puis nous revenons vers la grande route et là tout change, on passe du jaune au vert des champs de riz et c’est autre chose complètement différent, deux mondes qui n’on rien à voir l’un avec l’autre.
La grande route, Cuddalore, et Pondy.

Il est 17h, on se fait un goûter au Daily Bread, on rencontre des FROG, on discute puis on revient à l’appart, on rencontre C la Belge dans Mission Street.


On se pose un peu et on repart à pied chez l’encadreur récupérer les deux aquarelles à encadrer. On achète des bananes. On revient, Véro prépare le repas et ensuite on se met au blog. Il est 22h30 et je termine.


Un petit mot pour dire qu’on pense à vous dans le froid et qu’on est embêté d’avoir si chaud, mais en tant qu’ancien grenoblois on réalise bien ce que c’est.

J’espère que ce récit vous réchauffera un peu le cœur. On vous avait bien dit de venir nous voir.

 Toutes les photos sont là et y'en a !

2 commentaires:

  1. impressionnant... captivant... dépaysant... un vrai régal votre blog, merci. Bizzzzzzz

    Mamanlotus-AC

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  2. Bonjour les GoJojO,

    et merci pour ces découvertes !!!

    Biz LouLou

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