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vendredi 19 décembre 2014

Ciel blanc




Le thème du jour étant un peu : "je suis assis devant chez moi et je ne fais rien"


Je me lève vers 7h, un vent violent a soufflé en tempête toute la nuit, faisant vibrer bruyamment les protections en plastique des puits de lumière.

La rue Mission est presque vide, une voiture arrive vers moi en klaxonnant parce qu'un cycliste s'apprête à me doubler.

Le marchand de lait et son copain clochard sont déjà installés sur le trottoir et me regardent passer. Une douzaine de corbeaux bataillent dans la poubelle en rond de ciment de la rue Montorsier.
Ibrahim Store est ouvert.
 Au croisement de la rue Laporte c'est une femme vêtue d'un sari  orange qui fouille dans la poubelle en rond de ciment. Près d'elle passe une femme longiligne, grande légèrement penchée sur le côté pour donner la main à un enfant. Elle a beaucoup d'élégance dans son sari sombre.

Des porteurs de journaux en vélo ou en mob déposent la presse du jour devant certaines maisons.

Rue Petit Canal les bâches protectrices ont tenu sous les rafales. Je pensais que cétait un progrès cette installation, mais Véro m'a fait remarquer que c'était certainement à cause de la pluie qui n'était pas terminée. Ils vont me servir de météo. Dès que les bâches vont disparaître c'est que le beau temps sera arrivé.

Le beau temps ici, ça veut dire l'hiver. Le matin apporte un peu de fraîcheur vivifiante, mais les autochtones se couvrent la tête d'un fichu en laine de forme rectangulaire, noué sous le cou par un petit lacet. Très chic ici.

Pas de mendiants, ni homme ni femme, devant la cathédrale. La petite marchande de lait est là.

Devant la libraire Focus une femme range ses affaires de nuit.

Malgré le troupeau de buffles que nous avons croisé hier soir, la rue Ranga Pillai est propre.
Devant l'hôtel "Sun Park" un chauffeur dort dans sa voiture, le dossier du siège complètement basculé et ses pieds dépassant par la fenêtre.
Le gardien arbore son petit fichu de laine.

Au Cool Cat je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de consommateurs.

A côté du Hot Bread une femme et son enfant s'apprêtent à quitter le trottoir sur lequel ils ont passé la nuit.

Un homme avec deux enfants prend son petit déjeuner. Les enfants jouent entre eux dans la salle.

Derrière le comptoir on peut voir les pâtissiers préparer les gâteaux. Dans la vitrine devant moi il y a un gâteau d'anniversaire sur lequel je lis : "Happy Birthday second Anniversary Zurielle" La phrase me semble mystérieuse. Une petite Murielle sans doute qui a deux ans

Un employé tranche mon pain que  je règle 40 roupies.

Je reviens par le quai. Devant le Cottage est déjà garé un tracteur benne qui nettoie la ville et un autre arrive avec son chargement de femmes nettoyeuses et leurs bassines métalliques.

Un gendarme en Képi rouge est devant la station service de l'Ashram.

Je tourne rue St Ange et prend à ce niveau la rue Capitaine Marius Xavier, pour repasser, par curiosité, devant le bidonville caché par un mur entre cette rue et le quai.
Je jette un coup d'oeil, des femmes s'activent autour de petits feux de bois, des hommes se lavent près d'un réservoir en hauteur.

En face du fabricant de cercueils, je croise la femme longiligne et son enfant, ils entrent tous les deux dans une sorte de chiottes publiques, pieds nus. Je réalise qu'ils ont fait tout ce trajet pour aller aux toilettes et je ne sais pas d'où ils venaient.
Sur le côté de la bâtisse le long de la rue, près de petites fontaines d'autres hommes et femmes se brossent les dents, c'est l'heure de la toilette du matin.

A l'intersection avec la rue Candappa un tracteur benne est arrêté, les femmes s'activent au nettoiement de la rue tandis que le conducteur les regarde faire.

Assis au bord du trottoir, trois hommes lisent la presse matinale.

Les voisines ne sont toujours pas sur leur balcon.

Véro est levée et je prépare le petit déjeuner.


A 10h on part pour aller chez Lakhmé, l'entreprise d'épilation.

Dans la rue Candappa au pied de l'immeuble, on rencontre C qui conduit une superbe Nano. Elle se gare près de chez elle et on discute un moment.

On la laisse parce qu'on est déjà en retard. On passe devant la charrette du repasseur pour voir s'il est toujours là. Il est là et nous reconnaît. Il est content de nous voir.
Par la rue Laporte on rejoint la rue Mission et je pose Véro devant le Nilgiris rue Ranga Pillai.

Je reviens à l'appart pour l'attendre et je commence d'écrire le blog. 3/4 d'heure plus tard Véro m'appelle c'est fini et elle m'attend devant Nilgiris.

Je gare la moto. Véro achète des fruits et des légumes qu'on laisse dans la sacoche. Puis on va au vieux magasin Hidesign.

En marchant dans la rue  Mission il me vient tout à coup à l'esprit que la douleur que je ressens au côté gauche depuis hier  et qui est une douleur bizarre, ni profonde, ni superficielle, au bout des côtes, est la douleur que je ressentais  l'an dernier lorsque j'avais un zona.
Cette douleur m'avait quitté relativement rapidement. J'en parle à Véro serait-il possible qu'elle ressorte un an après ?

Chez Hidesign je ne trouve pas ce que je veux.
On va rue canteen parce que Véro y a vu un magasin où elle pense qu'elle va pouvoir acheter des culottes. Elle trouve ce qu'elle cherche. Dans ce magasin, il y a l'image de la "mère" bien sur mais assez invisible. Par contre en toute visibilité deux affiches dans des lieux différents qui s'intitulent chacune :  "Ce qu'une femme veut" et il y a tout une liste de revendications féministes ou normales. J'aime bien parce que c'est plutôt rare en Inde.

On va dire bonjour au patron du magasin Fior d'India. Il est content de nous voir et demande immédiatement à Véro si cette année elle expose.
Tout est en solde dans le magasin, ça n'a pas l'air d'aller très fort.

On continue la rue Canteen en direction du collège Calvet parce que Véro a vu depuis notre arrivée en passant à moto un magasin qui s'appelle "Couleur du Radjasthan". On entre juste pour voir. Et Véro trouve exactement la tunique qui va bien aller avec le pantalon qu'elle a acheté l'an dernier dans un magasin qui porte le même nom et qui se situe sur le boulevard Nord près de chez Max.
Véro cherche ce haut depuis l'an dernier, on ne peut pas laisser  passer, elle prend la tunique.

Il est midi, on revient rue Nehru pour aller déjeuner  à "l'Indian Coffee". Il n'y a que des Indiens hommes dans cet établissement et nous.
Le byrianni végétarien est à 40 roupies. On déjeune, moi je suis tourné vers la salle, Véro en face de moi regarde la rue et des mendiants lui font signe pour dire qu'ils ont faim eux aussi. Ce qui nous rassure quand même c'est qu'ils ne s'adressent pas aux Indiens, la faim vient avec le touriste.

On revient à l'appart, on se repose un peu. On en a moins besoin, on commence à prendre le rythme.

Il ne fait pas très beau. C'est à dire pas de lumière pour une photographe.

On décide quand même d'aller nous balader au Nord de Pondy au village de Pêcheurs.

En passant par la promenade Goubert, on est recouverts par les embruns tellement le vent qui vient de l'océan est fort.

Je gare la moto près d'une petite église.

Compte tenu du temps qui empêche les pêcheurs de sortir, c'est l'ennui dans les ruelle.

Les gens sont assis sur le pas de leur porte. Des femmes assises à même le sol dans la rue jouent au sokatan, jeu de chance et de stratégie dont les dés sont des prismes rectangulaires.
Les hommes eux jouent soit au cartes soit aux billes, quelques uns réparent des filets.
Ce qui est agréable c'est que tous se passe dans la rue.

Des enfants jouent avec une tablette, une femme auprès d'eux nous fait signe qu'elle a faim.

L'atmosphère laiteuse, humide d'embruns n'empêche pas Véro de prendre une bonne centaine de photos.

On revient en passant par Pothys pour acheter quelques produits qui nous manquent et une pochette pour mettre les papiers nous concernant et ceux de la moto pour qu'ils ne soit pas en vrac dans mon sac et pour qu'ils s'abiment le moins possible même si ce ne sont que des photocopies de passeport, permis international, visa.

Un coup de fil d'une amie nous informe que demain c'est Bandh à Pondy autrement dit grève générale.
Ici la grève ce n'est pas une catégorie de personnes, c'est toute la population, et si un commerce ouvre il risque d'être saccagé par la population. On ne rigole pas avec un Bandh.
Il faut faire le nécessaire pour être autonome et ne pas trop se montrer.
Du coup on prend du pain parce que demain le Hot Bread sera fermé.

Ce bandh est dirigé contre l'Ashram Sri Aurobindo et l'affaire a l'air grave.
La population a déjà caillassé l'Ashram, la station service de l'Ashram et un magasin dépendant de lui.

Il est prudent de ne pas aller comme nous l'avons fait hier nous balader de ce côté. En fait hier la police, les rues barrées c'était déjà ça et on ne le savait pas.

Des personnes indiennes dépendantes de l'Ashram, on été expulsées et on fait des tentatives de suicide, trois sont mortes, une mère et ses filles en se jetant dans l'océan, un père et une fille ont été sauvés par des pêcheurs, une autre femme menaçait de se jeter d'un toit.

Il y aurait derrière tout ça une suspicion de prostitution forcée. L'Ashram mettant à disposition des femmes indiennes.
Cette hypothèse est soutenue à la fois par les rumeurs  et aussi un jugement qui aurait exonéré l'Ashram de ces soupçons.

Le résultat quand même ce sont des femmes qui se suicident et toute une ville en émoi.

Si on est normal on sait bien qu'avec un gourou, du yoga on peut faire faire  n'importe quoi aux gens sous prétexte de liberté, d'ouverture des shakras, de détachement.
Je ne vous fais pas le couplet sur les boudhistes, mais c'est le même.

Les articles dans The Times of India apportent peu d'éclairage sur cette affaire, mais confirment les faits.
Ce qui est sûr ce sont les suicides, la colère des Pondichériens qui en ont ras le bol de cet Ashram qui petit à petit achète toute leur ville.
Du fric, des femmes, une attitude sectaire et on ne peut plus croire en l'innocence de ces gens.

Nouvelle affaire après celle du Lycée Français d'hier, ce séjour à Pondy s'annonce sous des augures négatifs ou positifs dans la mesure où les choses se disent.

Du coup je remets de l'essence dans la Bullet, le réservoir étant bientôt à sec. Demain on va essayer de quitter la ville par l'Ouest, pas besoin de prendre des risques.


Ce soir Salade tomates concombres, fromage, salade de fruits.

Le thème du jour étant un peu : "je suis assis devant chez moi et je ne fais rien"

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