Le thème du jour étant un peu : "je suis assis devant chez moi et je ne fais rien"
Je me lève
vers 7h, un vent violent a soufflé en tempête toute la nuit, faisant vibrer bruyamment les protections
en plastique des puits de lumière.
La rue Mission est presque vide, une voiture arrive vers
moi en klaxonnant parce qu'un cycliste s'apprête
à me
doubler.
Le marchand de lait et son copain clochard sont déjà installés sur
le trottoir et me regardent passer. Une douzaine de corbeaux bataillent dans la
poubelle en rond de ciment de la rue Montorsier.
Ibrahim Store est ouvert.
Au croisement de la
rue Laporte c'est une femme vêtue
d'un sari orange qui fouille dans la
poubelle en rond de ciment. Près
d'elle passe une femme longiligne, grande légèrement penchée sur le côté pour
donner la main à un
enfant. Elle a beaucoup d'élégance dans son sari sombre.
Des porteurs de journaux en vélo
ou en mob déposent la presse du
jour devant certaines maisons.
Rue Petit Canal les bâches
protectrices ont tenu sous les rafales. Je pensais que c’était un progrès cette installation, mais Véro
m'a fait remarquer que
c'était certainement à cause
de la pluie qui n'était pas terminée. Ils vont me servir de météo. Dès que les bâches vont disparaître
c'est que le beau temps sera arrivé.
Le beau temps ici, ça
veut dire l'hiver. Le matin apporte un peu de fraîcheur
vivifiante, mais les autochtones se couvrent la tête
d'un fichu en laine de forme rectangulaire, noué sous le cou par un petit lacet.
Très chic ici.
Pas de mendiants, ni homme ni femme, devant la cathédrale. La petite marchande de lait est là.
Devant la libraire Focus une femme range ses affaires de
nuit.
Malgré le
troupeau de buffles que nous avons croisé hier soir, la rue Ranga Pillai
est propre.
Devant l'hôtel
"Sun Park" un chauffeur dort dans sa voiture, le dossier du siège complètement
basculé et
ses pieds dépassant par la fenêtre.
Le gardien arbore son petit fichu de laine.
Au Cool Cat je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de
consommateurs.
A côté du
Hot Bread une femme et son enfant s'apprêtent
à quitter
le trottoir sur lequel ils ont passé la nuit.
Un homme avec deux enfants prend son petit déjeuner. Les enfants jouent entre eux dans la salle.
Derrière le comptoir on
peut voir les pâtissiers préparer les gâteaux.
Dans la vitrine devant moi il y a un gâteau
d'anniversaire sur lequel je lis : "Happy Birthday second Anniversary
Zurielle" La phrase me semble mystérieuse.
Une petite Murielle sans doute qui a deux ans …
Un employé tranche mon pain que je règle
40 roupies.
Je reviens par le quai. Devant le Cottage est déjà garé un
tracteur benne qui nettoie la ville et un autre arrive avec son chargement de
femmes nettoyeuses et leurs bassines métalliques.
Un gendarme en Képi
rouge est devant la station service de l'Ashram.
Je tourne rue St Ange et prend à ce
niveau la rue Capitaine Marius Xavier, pour repasser, par curiosité, devant le bidonville caché par un mur entre cette rue et
le quai.
Je jette un coup d'oeil, des femmes s'activent autour de
petits feux de bois, des hommes se lavent près
d'un réservoir en hauteur.
En face du fabricant de cercueils, je croise la femme
longiligne et son enfant, ils entrent tous les deux dans une sorte de chiottes publiques,
pieds nus. Je réalise qu'ils ont
fait tout ce trajet pour aller aux toilettes et je ne sais pas d'où ils
venaient.
Sur le côté de
la bâtisse le long de la
rue, près de petites fontaines
d'autres hommes et femmes se brossent les dents, c'est l'heure de la toilette
du matin.
A l'intersection avec la rue Candappa un tracteur benne est
arrêté, les femmes s'activent au nettoiement de la rue tandis
que le conducteur les regarde faire.
Assis au bord du trottoir, trois hommes lisent la presse
matinale.
Les voisines ne sont toujours pas sur leur balcon.
Véro est levée et je prépare
le petit déjeuner.
A 10h on part pour aller chez Lakhmé, l'entreprise d'épilation.
Dans la rue Candappa au pied de l'immeuble, on rencontre C
qui conduit une superbe Nano. Elle se gare près de chez elle et on discute un
moment.
On la laisse parce qu'on est déjà en
retard. On passe devant la charrette du repasseur pour voir s'il est toujours là. Il est là et nous reconnaît. Il est content de nous voir.
Par la rue Laporte on rejoint la rue Mission et je pose Véro devant le Nilgiris rue Ranga Pillai.
Je reviens à l'appart pour l'attendre et je
commence d'écrire le blog. 3/4
d'heure plus tard Véro m'appelle c'est
fini et elle m'attend devant Nilgiris.
Je gare la moto. Véro
achète des fruits et
des légumes qu'on laisse
dans la sacoche. Puis on va au vieux magasin Hidesign.
En marchant dans la rue
Mission il me vient tout à coup à l'esprit
que la douleur que je ressens au côté gauche
depuis hier et qui est une douleur
bizarre, ni profonde, ni superficielle, au bout des côtes, est la douleur que je ressentais l'an dernier lorsque j'avais un zona.
Cette douleur m'avait quitté relativement rapidement. J'en
parle à Véro serait-il possible qu'elle ressorte un an après ?
Chez Hidesign je ne trouve pas ce que je veux.
On va rue canteen parce que Véro
y a vu un magasin où elle
pense qu'elle va pouvoir acheter des culottes. Elle trouve ce qu'elle cherche.
Dans ce magasin, il y a l'image de la "mère"
bien sur mais assez
invisible. Par contre en toute visibilité deux affiches dans des lieux
différents qui
s'intitulent chacune : "Ce qu'une
femme veut" et il y a tout une liste de revendications féministes ou normales. J'aime bien parce que c'est plutôt rare en Inde.
On va dire bonjour au patron du magasin Fior d'India. Il
est content de nous voir et demande immédiatement
à Véro si cette année
elle expose.
Tout est en solde dans le magasin, ça n'a pas l'air d'aller très
fort.
On continue la rue Canteen en direction du collège Calvet parce que Véro
a vu depuis notre arrivée en passant à moto
un magasin qui s'appelle "Couleur du Radjasthan". On entre juste pour
voir. Et Véro trouve
exactement la tunique qui va bien aller avec le pantalon qu'elle a acheté l'an dernier dans un magasin qui porte le même nom et qui se situe sur le boulevard Nord près de chez Max.
Véro cherche ce haut
depuis l'an dernier, on ne peut pas laisser
passer, elle prend la tunique.
Il est midi, on revient rue Nehru pour aller déjeuner à "l'Indian Coffee". Il n'y a que des Indiens
hommes dans cet établissement et
nous.
Le byrianni végétarien est à 40 roupies. On déjeune, moi je suis tourné vers la salle, Véro en face de moi regarde la rue et des mendiants lui font
signe pour dire qu'ils ont faim eux aussi. Ce qui nous rassure quand même c'est qu'ils ne s'adressent pas aux Indiens, la faim
vient avec le touriste.
On revient à l'appart, on se repose un peu.
On en a moins besoin, on commence à prendre le rythme.
Il ne fait pas très
beau. C'est à dire
pas de lumière pour une
photographe.
On décide quand même d'aller nous balader au Nord de Pondy au village de Pêcheurs.
En passant par la promenade Goubert, on est recouverts par
les embruns tellement le vent qui vient de l'océan
est fort.
Je gare la moto près
d'une petite église.
Compte tenu du temps qui empêche
les pêcheurs de sortir,
c'est l'ennui dans les ruelle.
Les gens sont assis sur le pas de leur porte. Des femmes
assises à même le sol dans la rue jouent au sokatan, jeu de chance et
de stratégie dont les dés sont des prismes rectangulaires.
Les hommes eux jouent soit au cartes soit aux billes,
quelques uns réparent des filets.
Ce qui est agréable
c'est que tous se passe dans la rue.
Des enfants jouent avec une tablette, une femme auprès d'eux nous fait signe qu'elle a faim.
L'atmosphère
laiteuse, humide d'embruns n'empêche
pas Véro de prendre une
bonne centaine de photos.
On revient en passant par Pothys pour acheter quelques
produits qui nous manquent et une pochette pour mettre les papiers nous
concernant et ceux de la moto pour qu'ils ne soit pas en vrac dans mon sac et
pour qu'ils s'abiment
le moins possible même si ce ne sont
que des photocopies de passeport, permis international, visa.
Un coup de fil d'une amie nous informe que demain c'est
Bandh à Pondy
autrement dit grève générale.
Ici la grève
ce n'est pas une catégorie de personnes,
c'est toute la population, et si un commerce ouvre il risque d'être saccagé par la population. On ne rigole
pas avec un Bandh.
Il faut faire le nécessaire
pour être autonome et ne
pas trop se montrer.
Du coup on prend du pain parce que demain le Hot Bread sera
fermé.
Ce bandh est dirigé contre l'Ashram Sri Aurobindo
et l'affaire a l'air
grave.
La population a déjà caillassé l'Ashram,
la station service de l'Ashram et un magasin dépendant
de lui.
Il est prudent de ne pas aller comme nous l'avons fait hier
nous balader de ce côté. En fait hier la police, les rues barrées c'était déjà ça et on ne le savait pas.
Des personnes indiennes dépendantes
de l'Ashram, on été expulsées et on fait des tentatives de suicide, trois sont mortes,
une mère et ses filles en
se jetant dans l'océan, un père et une fille ont été sauvés par des pêcheurs,
une autre femme menaçait de se jeter
d'un toit.
Il y aurait derrière
tout ça une suspicion de
prostitution forcée. L'Ashram mettant
à disposition
des femmes indiennes.
Cette hypothèse
est soutenue à la
fois par les rumeurs et aussi un
jugement qui aurait exonéré l'Ashram
de ces soupçons.
Le résultat quand même ce sont des femmes qui se suicident et toute une ville
en émoi.
Si on est normal on sait bien qu'avec un gourou, du yoga on
peut faire faire n'importe quoi aux gens
sous prétexte de liberté, d'ouverture des shakras, de détachement.
Je ne vous fais pas le couplet sur les boudhistes, mais
c'est le même.
Les articles dans The Times of India apportent peu d'éclairage sur cette affaire, mais confirment les faits.
Ce qui est sûr
ce sont les suicides, la colère
des Pondichériens qui en ont
ras le bol de cet Ashram qui petit à petit achète toute leur ville.
Du fric, des femmes, une attitude sectaire et on ne peut
plus croire en l'innocence de ces gens.
Nouvelle affaire après
celle du Lycée Français d'hier, ce séjour
à Pondy
s'annonce sous des augures négatifs
ou positifs dans la mesure où les choses se disent.
Du coup je remets de l'essence dans la Bullet, le réservoir étant
bientôt à sec.
Demain on va essayer de quitter la ville par l'Ouest, pas besoin de prendre des
risques.
Ce soir Salade tomates concombres, fromage, salade de
fruits.
Le thème du jour étant un peu : "je suis assis devant chez moi et je ne fais rien"

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