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mercredi 19 février 2014

Une journée comme les autres, une journée qui déborde et un passage inoubliable à la clinique Namallepartout.

Les gendarmes sur la promenade


En ouvrant la porte fenêtre du balcon je me rends compte qu’hier soir je n’ai pas rentré la moto. Elle est là dans la rue où je l’avais laissée hier en revenant de déjeuner.
Ensuite on n’est pas ressortis et hier soir on a regardé un film pour gens intelligents « Copie conforme », l’effort pour comprendre nous a vidé le cerveau d’où  l’oubli de la moto. Je pense que le réalisateur Abbas Kiarostami n’avait pas mesuré les conséquences que pouvait avoir son film.

Dans la rue Candappa, il n’y a pas le scoot d’Antoine ça me paraît curieux, car c’est inhabituel.

Rue Mission les mêmes acteurs sont en place prêts à lever le camp car il est plus tard que d’habitude.
Pour le marchand de lait et son copain, la vente est finie mais ils sont toujours là assis sur le bord du trottoir à l’angle de la rue Montorsier et ils ne se parlent pas. Ils attendent.

La femme au sacs range elle aussi ses sacs pour la journée. Je ne sais où elle va partir, certainement à la cueillette d’autres sacs.

Rue Petit Canal un homme est assis sur le lit et semble attendre que le sommeil l’ait quitté complètement. De l’autre côté du canal deux femmes assise et un corps allongé.

Les scolaires des écoles indiennes en tenue sont déjà nombreux à se diriger vers leur école, à pied ou à vélo et même à scoot.

Les mendiants on quitté les marches de la cathédrale, c’est fini pour ce matin, ils sont partis chercher une autre place rentable pour la journée.

La femme qui vend des noix de coco est seule, elle tient un quart de thé à la main, son enfant a dû partir à l’école.

Ce matin c’est le camion Fresh Garden Banana qui a livré les bananes aux marchands ambulants qui quittent la rue Ranga Pillai.

Je traverse Mission street et je croise le mendiant au déambulateur qui lui va dans l’autre sens.

La rue Ranga Pillai est sèche, il y a moins de bouses ces jours-ci, par contre il y en a rue Mission.
Je me dis que les buffles, compte tenu des travaux sur le quai on peut-être quitté cette partie de la ville, en effet il y a beaucoup moins de décharges depuis que la tranchée sépare le quai du canal.

Deux hommes, les mêmes qu’hier ont pris position à la place du mendiant. Ils sont assis et discutent.

Au Hot Bread  3 occidentaux déjeunent, 2 femmes et 1 homme chacun à une table séparée.

Je repars, un employé du Bon Bake sort des barrières pancartes qui marquent l’entrée.

Beaucoup de circulation sur le quai d’Ambour, c’est l’heure du boulot et des écoles.

Des auto-rickshaws débordant d’enfants, des tempos qui se vident devant l’hôpital, des cars argentés ou colorés qui passent musique à fond.
Des hordes de deux roues qui affluent et se faufilent dans ces circulations insolites.

Une cohorte d’élèves à pied ou de parents et enfants en scooty barre le quai pour se rendre au lycée français. La circulation est paralysée un moment puis reprend de plus belle.
Je croise P qui conduit sa fille au lycée, puis notre voisin qui passe sans vouloir me voir, fier d’être prof Franco-Pondichérien au lycée français et marié à une Française, il conduit un de ses enfants et l’autre suit à vélo.
Depuis notre arrivée et bien qu’on se soit croisé souvent il ne nous a jamais vus ni lui ni sa femme et c’est comme ça depuis 4 ans. Il y a des phénomènes.

Le scoot d’Antoine n’est toujours pas dans la rue.

Petit dèj

On prépare le petit lit, la moustiquaire et le matelas.

L’homme envoyé par E arrive  il regarde le lit et se dit qu’il ne peut pas le mettre dans son auto-rickshaw. On le descend et il va chercher un vélo avec plateau à l’arrière pour poser le lit.

On explique à Antoine le proprio et sa femme qu’on va récupérer le lit dans 15 jours et si on est parti, c’est à lui qu’on le rapportera.

Notre charmante voisine blonde maïs descend et passe devant nous en disant « Bonjour M. Soucé ». Nous, nous n’existons pas. Un auto-rickshaw bleu marqué « Private » l’attend.

Deux minutes plus tard c’est l’autre voisine qui descend. « Bonjour M. Soucé » et sort.

Elles sont parties A. se lâche.

Elles vont recevoir des amis mais le fameux lit deux places qu’elles n’ont pas voulu nous passer n’a pas de matelas parce que l’une d’elle a mis deux matelas dans son lit et donc elles lui demandent un matelas pour leurs amis. Alors Antoine leur a dit qu’il n’avait pas d’autre matelas, (en fait il y en a deux à notre étage qui ne servent à rien), et qu’elles devaient se débrouiller pour leurs amis.
Il n’a toujours pas digéré qu’elles aient refusé de nous passer le lit qui n’a servi à personne quand on en avait besoin.

Ensuite A nous dit qu’elles lui ont demandé pour revenir l’année prochaine mais elles veulent qu’il mette une clim dans la petite chambre au Sud qui donne sur la rue. A. ne veut pas mettre de clim parce qu’il ne veut pas défigurer la façade de sa maison avec d’horribles appareils à clim.
Il leur a annoncé aussi une augmentation. Il est en train d’essayer de les décourager de revenir.
D’autant qu’il n’apprécie pas trop leur façon de vivre. La poivre et sel est revenu l’autre jour sur la moto d’un employé d’un restau. Elle a dit à A. qu’il allait revenir parce qu’il avait mal au dos du fait de son travail et elle allait lui faire des massages…
Heureusement il n’est pas revenu.
Je crois qu’il en a marre de ce va et vient de mecs.

On attaque notre matinée.
Conséquence de la nuit dehors, la moto est pleine de merde de corneilles.
Je remonte chercher une brosse et un seau pour nettoyer tout ça.
Pendant ce temps Véro va chez le couturier de la rue Ellaiaman Kovil et chez le repasseur.
Un homme occidental est assis sur le trottoir devant Sita. Il me regarde faire puis entre chez Sita
Véro revient, le couturier n’a pas fait ce qu’il devait faire pour hier soir et ce ne sera prêt que demain soir. Pour le repasseur les soldats ont à nouveau interdit le passage même à pied et elle n’a donc pas pu y aller.
On part par la rue Mission, puis rue Montorsier pour le repasseur, et rue Laporte pour faire imprimer la commande de Véro concernant les passe partout. Il est juste 10h, c’est encore fermé.
On va boire un thé toujours au même endroit. Le caissier a changé depuis quelque temps, chaque jour c’est comme si il ne nous connaissait pas et il nous regarde comme si nous étions mal venus, alors que le précédent était plutôt accueillant.
Lorsqu’on reprend la moto il y a côté une camionnette fourrière pour chiens avec une vingtaine de chiens dedans derrières les grilles, ça pue. Sur la cabine de la camionnette il y a les initiales mystérieuses SPCA.

On retourne rue Laporte chez French Internet, c’est ouvert. Je m’aperçois qu’il va déménager le 1er mars au 4 rue Mullah. C’est de l’autre côté de Bussy dans le quartier Musulman et pour nous depuis la fermeture de la rue Ellaiaman Kovil, ce sera aussi simple.

Rue Laporte à nouveau et puis rue Barathi. Véro donne sa commande à l’encadreur  ce sera prêt dans une quinzaine de jours.
Comme la moto est bien garée on fait un saut au marché Goubert en entrant par le côté Ouest. Visite à Aroul pour acheter du tissu.
Beaucoup de Français compte tenu des vacances.
Achat d’aubergines pour ce soir.

On va chez le mercier préféré de Véro toujours rue Thiyadu Mudali, puis on passe rue Ranga Pillai pour voir si le marchand de poulets rôtis est ouvert. On l’a découvert cette année.
Non c’est fermé, il ne doit ouvrir que le soir, on reviendra ce soir.

Retour sur MG road et direction la clinique Nallarmepersonne car Véro sent depuis hier que son rhume s’est aggravé et qu’elle a vraisemblablement besoin d’antibio.
La voiture du Dr est là. Véro entre et je gare la moto ce qui n’est jamais facile ici car les clients sont nombreux.

Je rejoins Véro assise dans des fauteuils d’aéroport. Il y a un monde raisonnable à attendre et en principe on n’attend pas, dès que la place est libre, on passe en priorité, encore faut-il que le patient introduit ressorte.
Au bout d’un temps assez long quand même, une équipe de brancardiers en vert entrent dans le bureau de consultation, puis ressortent. Connaissant la pièce j’imagine mal un brancard ou un lit de malade. Ils reviennent après un certain temps. En fait ils sortent une femme assez jeune assise dans un fauteuil roulant. Elle n’a pas l’air en très bon état et on l’emmène à la radio qui est au bout du couloir juste à côté du laboratoire. Elle est accompagnée d’un occidental qui a des cheveux longs et qui n’a pas l’air affolé malgré le sérieux de son visage.
On pense que ça va bientôt être notre tour puisqu’il n’y a plus personne dans le cabinet de consultation, erreur au bout d’un moment on voit sortir un homme assez grand.
On attend toujours, des d’infirmières ou des médecins stagiaires occidentaux font leur entrée dans le bureau à côté, la dernière nous dit bonjour.
Branle-bas dans le couloir d’entrée, arrive un brancard d’ambulancier qui peut à peine passer compte tenu de l’étroitesse du passage. Il tourne avec difficulté à angle droit juste devant nous qui sommes assis là, sans qu’on nous laisse le temps de nous lever pour libérer au mieux le passage.
On se retrouve, à hauteur de notre nez, avec une moribonde vaguement emballée dans un sari qui découvre des parties de son corps, un ventre énorme avec cicatrice, une tête à la peau cireuse.
J’ai vu des morts et il me semble qu’elle ne doit pas en être loin. Elle a comme une personne désespérée et affolée pour affronter le passage, le geste de tendre sa main, les doigts tendus, vers une infirmière au sari vert, celle que j’appelle « fee » car c’est elle qui réclame l’argent à la sortie.
Comme on est là, ils essayent de lui remettre comme ils peuvent son sari.
On se dégage de ce piège entre la moribonde et les sièges et l’on va dans le couloir qui mène à l’entrée ou à la sortie.
Le maître sort de son bureau. Il s’avance très droit et daigne s’approcher de la tête de la femme suspendue à la vie. Il ne la regarde presque pas et elle ne doit même pas le voir.
Il s’adresse à un homme qui l’accompagne et demi-tour, le brancard d’ambulancier roule à nouveau vers la sortie et vers l’ambulance, donc vers nous qui nous sommes réfugiés là, encore un petit tour de moribonde et puis elle s’en va.
Comme on est là, le maître de la vie nous lance : « elle est en phase terminale et ils l’amènent au dernier moment ».
Il l’envoie mourir chez elle. On ne peut pas lui reprocher une sage décision même si c’est dur pour ses proches.

Nouvelle attente.
Une Indienne qui était là avant nous et qui ne doit pas être n’importe qui passe avant nous, ce qui nous paraît normal, mais en fait ne l’est pas. On ne fait pas attendre les bons payeurs.
La femme en fauteuil roulant est ressortie de la radio et passe devant nous, elle a un sourire, elle semble complètement stoned. L’occidental suit.

Un homme arrive avec deux femmes qui semblent être des Sud Coréennes. Puis un autre occidental.
C’est notre tour.

Véro explique son problème. Le maître qui est un docteur regardant est toujours armé d’une lampe torche qu’il pointe vers le mal. Il avait déjà fait ça pour le zona et là il le fait pour la gorge. Véro se demande si c’est la même lampe torche pour les hémorroïdes.
Stéthoscope, aujourd’hui l’examen est vraiment complet, en principe on s’arrête à la lampe.
Diagnostic une petite bronchite. Véro dit qu’elle pense avoir de la sinusite. C’est peut-être pas incompatible. Le maître est prêt à pousser ses examens mais Véro qui n’y est pas prête dit que pour les sinus elle a déjà tout eu en France et même une opération. Il renonce et établit sa prescription.
Première chose des inhalations avec des gélules qu’il  ne faut pas manger mais mettre dans l’eau chaude trois fois par jour.
Un produit pour le nez à mettre dans chaque narine.
Des comprimés pour le mal de tête.
Un antibio : Augmentin.

Pendant qu’ll rédige, je regarde derrière lui une petit image d’un tableau très XVIIIème siècle avec une femme allongée sur un lit, enfouie dans des coussins et dont on ne sait si elle est en extase ou en convalescence, des petits angelots complètes le tableau. Je n’arrive pas vraiment à trouver un sens à la présence de cette œuvre ici.

On le remercie beaucoup et l’on sort. « Fee, fee, fee » crie l’infirmière habillée en vert. C’est trois cent roupies.

On passe à la pharmacie. On règle le montant à la caisse. Lorsque tout est prêt le pharmacien comme d’habitude vient m’expliquer en français comment Véro doit prendre ses médicaments.
L’inhalation avec les comprimés qu’il nous montre et qui lui échappent et qui tombent par terre et qu’il ne faut surtout pas manger répète-t-il. Maintenant qu’ils sont allés au sol Véro ne va pas les manger. Les plonger dans l’eau chaude et se mettre une serviette sur la tête. Véro ne dit rien, bien sûr je lui expliquerai.
Puis les autres médicaments sur lesquels il a noté ce qu’il me montre, matin et soir ou matin midi et soir pour d’autres.
Enfin il me donne le tout et je prends Véro par la main pour lui faire traverser la rue et rejoindre la moto.

On revient à l’appart. On ne monte pas on pose nos courses au pied de l’escalier avec le petit seau et la brosse de ce matin.

On file au café des amis pour déjeuner. Sur le pont de la rue Surcouf je cale dans les embouteillages dus à la sortie du lycée français et au sol retourné du fait des travaux sur le quai. P passe avec sa fille et me conseille d’acheter un scoot.
La préparation est toujours un peu longue mais ce qu’on mange est très bon. En déjeunant on voit passer V et E chacune sur leur scoot.

On revient à l’appart. Café, repos.

Vers 16h on décide d’aller voir le Botanical Garden. L’autre jour en revenant de chercher les cartes chez Vijay Véro a vu qu’il y avait une nouvelle magnifique entrée pour le Botanical Garden donnant sur la rue qui passe devant le bus stand.

Je passe quand même par l’entrée sur Subraya Salai, qu’on connaît car là je suis sûr de pouvoir mette la moto.

On se rend tout de suite compte que le jardin est en train d’être remis en état. Il est beaucoup plus propre que l’an dernier. En marchant, on va en direction de ce qu’on pense une nouvelle entrée.

On croise la voie ferrée du petit train.

La nouvelle entrée est fermée, on a bien fait de ne pas essayer d’y entrer.

En revenant on passe vers la gare où il y a un petit train d’arrêté. Il y a quelques personnes assises dans le train. On demande si on peut le prendre, il n’y a pas de problème, c’est 10 roupies par personne. Le train part tout de suite.
On fait le tour du jardin. Au retour, je m’assieds sur mes lunettes de soleil que j’avais posées sur la banquette pour mieux voir dans l’écran du caméscope. Toutes tordues, heureusement ce sont de bonnes montures et j’arrive à les remettre dans un état mettable.

On ressort parce que le ciel est bouché et qu’il n’y a plus de lumière.

On décide d’aller sur la promenade Goubert.
Je gare la moto rue de Bussy au niveau de la promenade.

On attaque notre promenade avec toujours autant de naïf enchantement. Un air frais souffle de la mer, et petit à petit le temps se dégage.

Beaucoup d’occidentaux.
Un mariage à la mairie avec une mariée qui a l’air triste.

Après la statue de Gandhi il y a toujours le masque de diable qui a été installé dimanche dernier par une association qui défend la propreté du bord de mer et de l’océan, le diable est l’équivalent de ceux qui protègent les maisons et là il protège de la pollution le bord de mer.

Trois gendarmes en képi sur la promenade

On revient en passant rue Ranga Pillai en face du Nilgiris voir le marchand de poulets rôtis. Il est ouvert, on lui retient un poulet pour 19h.

À 19h je retourne rue Ranga Pillai, il fait nuit et malgré tout il y a toujours tellement de choses et de gens pas éclairés que c’est toujours une épreuve.

Je commande mon poulet rôti. Il faut aller le régler à l’étage. C’est l’entrée du marchand d’alcool qu’on connaît pour y être venu acheter de la bière et du vin. Je monte des escaliers et là je découvre un restaurant. Je paie mon poulet, j’ai ma note avec le tampon bon pour  un poulet.

Je redescend, le poulet est tout découpé, emballé dans du papier alu puis dans un sac plastique et en plus des oignons soigneusement pimentés.

Je reviens je rentre la moto. Lorsque je suis en train de la mettre sur sa béquille, la voisine aux cheveux de paille entre et n’assumant pas son attitude du matin me dit « Bonsoir Monsieur ». Je ne réponds pas. Trêve d’hypocrisie. Son bonsoir n’avait rien de respectueux c’était simplement un manque de courage de sa part.

Je ferme le portail.

Le repas est prêt poulet rôti, riz et aubergine, oignons pimentés, bananes.

Ce soir une petite pensée pour Ma qui doit se dire qu’un bon byriani lui  ferait sans doute du bien.

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