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| Les gendarmes sur la promenade |
En ouvrant la porte fenêtre du
balcon je me rends compte qu’hier soir je n’ai pas rentré la moto. Elle est là
dans la rue où je l’avais laissée hier en revenant de déjeuner.
Ensuite on n’est pas ressortis et
hier soir on a regardé un film pour gens intelligents « Copie
conforme », l’effort pour comprendre nous a vidé le cerveau d’où l’oubli de la moto. Je pense que le
réalisateur Abbas Kiarostami n’avait pas mesuré les conséquences que pouvait
avoir son film.
Dans la rue Candappa, il n’y a
pas le scoot d’Antoine ça me paraît curieux, car c’est inhabituel.
Rue Mission les mêmes acteurs
sont en place prêts à lever le camp car il est plus tard que d’habitude.
Pour le marchand de lait et son
copain, la vente est finie mais ils sont toujours là assis sur le bord du
trottoir à l’angle de la rue Montorsier et ils ne se parlent pas. Ils
attendent.
La femme au sacs range elle aussi
ses sacs pour la journée. Je ne sais où elle va partir, certainement à la
cueillette d’autres sacs.
Rue Petit Canal un homme est
assis sur le lit et semble attendre que le sommeil l’ait quitté complètement.
De l’autre côté du canal deux femmes assise et un corps allongé.
Les scolaires des écoles
indiennes en tenue sont déjà nombreux à se diriger vers leur école, à pied ou à
vélo et même à scoot.
Les mendiants on quitté les
marches de la cathédrale, c’est fini pour ce matin, ils sont partis chercher
une autre place rentable pour la journée.
La femme qui vend des noix de
coco est seule, elle tient un quart de thé à la main, son enfant a dû partir à
l’école.
Ce matin c’est le camion Fresh
Garden Banana qui a livré les bananes aux marchands ambulants qui quittent la
rue Ranga Pillai.
Je traverse Mission street et je
croise le mendiant au déambulateur qui lui va dans l’autre sens.
La rue Ranga Pillai est sèche, il
y a moins de bouses ces jours-ci, par contre il y en a rue Mission.
Je me dis que les buffles, compte
tenu des travaux sur le quai on peut-être quitté cette partie de la ville, en
effet il y a beaucoup moins de décharges depuis que la tranchée sépare le quai
du canal.
Deux hommes, les mêmes qu’hier
ont pris position à la place du mendiant. Ils sont assis et discutent.
Au Hot Bread 3 occidentaux déjeunent, 2 femmes et 1 homme
chacun à une table séparée.
Je repars, un employé du Bon Bake
sort des barrières pancartes qui marquent l’entrée.
Beaucoup de circulation sur le
quai d’Ambour, c’est l’heure du boulot et des écoles.
Des auto-rickshaws débordant
d’enfants, des tempos qui se vident devant l’hôpital, des cars argentés ou
colorés qui passent musique à fond.
Des hordes de deux roues qui
affluent et se faufilent dans ces circulations insolites.
Une cohorte d’élèves à pied ou de
parents et enfants en scooty barre le quai pour se rendre au lycée français. La
circulation est paralysée un moment puis reprend de plus belle.
Je croise P qui conduit sa fille
au lycée, puis notre voisin qui passe sans vouloir me voir, fier d’être prof
Franco-Pondichérien au lycée français et marié à une Française, il conduit un
de ses enfants et l’autre suit à vélo.
Depuis notre arrivée et bien
qu’on se soit croisé souvent il ne nous a jamais vus ni lui ni sa femme et
c’est comme ça depuis 4 ans. Il y a des phénomènes.
Le scoot d’Antoine n’est toujours
pas dans la rue.
Petit dèj
On prépare le petit lit, la
moustiquaire et le matelas.
L’homme envoyé par E arrive il regarde le lit et se dit qu’il ne peut pas
le mettre dans son auto-rickshaw. On le descend et il va chercher un vélo avec
plateau à l’arrière pour poser le lit.
On explique à Antoine le proprio
et sa femme qu’on va récupérer le lit dans 15 jours et si on est parti, c’est à
lui qu’on le rapportera.
Notre charmante voisine blonde
maïs descend et passe devant nous en disant « Bonjour M. Soucé ».
Nous, nous n’existons pas. Un auto-rickshaw bleu marqué « Private »
l’attend.
Deux minutes plus tard c’est
l’autre voisine qui descend. « Bonjour M. Soucé » et sort.
Elles sont parties A. se lâche.
Elles vont recevoir des amis mais
le fameux lit deux places qu’elles n’ont pas voulu nous passer n’a pas de
matelas parce que l’une d’elle a mis deux matelas dans son lit et donc elles
lui demandent un matelas pour leurs amis. Alors Antoine leur a dit qu’il
n’avait pas d’autre matelas, (en fait il y en a deux à notre étage qui ne
servent à rien), et qu’elles devaient se débrouiller pour leurs amis.
Il n’a toujours pas digéré
qu’elles aient refusé de nous passer le lit qui n’a servi à personne quand on
en avait besoin.
Ensuite A nous dit qu’elles lui
ont demandé pour revenir l’année prochaine mais elles veulent qu’il mette une
clim dans la petite chambre au Sud qui donne sur la rue. A. ne veut pas mettre
de clim parce qu’il ne veut pas défigurer la façade de sa maison avec
d’horribles appareils à clim.
Il leur a annoncé aussi une
augmentation. Il est en train d’essayer de les décourager de revenir.
D’autant qu’il n’apprécie pas
trop leur façon de vivre. La poivre et sel est revenu l’autre jour sur la moto
d’un employé d’un restau. Elle a dit à A. qu’il allait revenir parce qu’il avait
mal au dos du fait de son travail et elle allait lui faire des massages…
Heureusement il n’est pas revenu.
Je crois qu’il en a marre de ce
va et vient de mecs.
On attaque notre matinée.
Conséquence de la nuit dehors, la
moto est pleine de merde de corneilles.
Je remonte chercher une brosse et
un seau pour nettoyer tout ça.
Pendant ce temps Véro va chez le
couturier de la rue Ellaiaman Kovil et chez le repasseur.
Un homme occidental est assis sur
le trottoir devant Sita. Il me regarde faire puis entre chez Sita
Véro revient, le couturier n’a
pas fait ce qu’il devait faire pour hier soir et ce ne sera prêt que demain
soir. Pour le repasseur les soldats ont à nouveau interdit le passage même à
pied et elle n’a donc pas pu y aller.
On part par la rue Mission, puis
rue Montorsier pour le repasseur, et rue Laporte pour faire imprimer la
commande de Véro concernant les passe partout. Il est juste 10h, c’est encore
fermé.
On va boire un thé toujours au
même endroit. Le caissier a changé depuis quelque temps, chaque jour c’est
comme si il ne nous connaissait pas et il nous regarde comme si nous étions mal
venus, alors que le précédent était plutôt accueillant.
Lorsqu’on reprend la moto il y a
côté une camionnette fourrière pour chiens avec une vingtaine de chiens dedans
derrières les grilles, ça pue. Sur la cabine de la camionnette il y a les
initiales mystérieuses SPCA.
On retourne rue Laporte chez
French Internet, c’est ouvert. Je m’aperçois qu’il va déménager le 1er
mars au 4 rue Mullah. C’est de l’autre côté de Bussy dans le quartier Musulman
et pour nous depuis la fermeture de la rue Ellaiaman Kovil, ce sera aussi
simple.
Rue Laporte à nouveau et puis rue
Barathi. Véro donne sa commande à l’encadreur
ce sera prêt dans une quinzaine de jours.
Comme la moto est bien garée on
fait un saut au marché Goubert en entrant par le côté Ouest. Visite à Aroul
pour acheter du tissu.
Beaucoup de Français compte tenu
des vacances.
Achat d’aubergines pour ce soir.
On va chez le mercier préféré de
Véro toujours rue Thiyadu Mudali, puis on passe rue Ranga Pillai pour voir si
le marchand de poulets rôtis est ouvert. On l’a découvert cette année.
Non c’est fermé, il ne doit
ouvrir que le soir, on reviendra ce soir.
Retour sur MG road et direction
la clinique Nallarmepersonne car Véro sent depuis hier que son rhume s’est
aggravé et qu’elle a vraisemblablement besoin d’antibio.
La voiture du Dr est là. Véro
entre et je gare la moto ce qui n’est jamais facile ici car les clients sont
nombreux.
Je rejoins Véro assise dans des
fauteuils d’aéroport. Il y a un monde raisonnable à attendre et en principe on
n’attend pas, dès que la place est libre, on passe en priorité, encore faut-il
que le patient introduit ressorte.
Au bout d’un temps assez long
quand même, une équipe de brancardiers en vert entrent dans le bureau de
consultation, puis ressortent. Connaissant la pièce j’imagine mal un brancard
ou un lit de malade. Ils reviennent après un certain temps. En fait ils sortent
une femme assez jeune assise dans un fauteuil roulant. Elle n’a pas l’air en
très bon état et on l’emmène à la radio qui est au bout du couloir juste à côté
du laboratoire. Elle est accompagnée d’un occidental qui a des cheveux longs et
qui n’a pas l’air affolé malgré le sérieux de son visage.
On pense que ça va bientôt être
notre tour puisqu’il n’y a plus personne dans le cabinet de consultation,
erreur au bout d’un moment on voit sortir un homme assez grand.
On attend toujours, des
d’infirmières ou des médecins stagiaires occidentaux font leur entrée dans le
bureau à côté, la dernière nous dit bonjour.
Branle-bas dans le couloir
d’entrée, arrive un brancard d’ambulancier qui peut à peine passer compte tenu
de l’étroitesse du passage. Il tourne avec difficulté à angle droit juste
devant nous qui sommes assis là, sans qu’on nous laisse le temps de nous lever
pour libérer au mieux le passage.
On se retrouve, à hauteur de
notre nez, avec une moribonde vaguement emballée dans un sari qui découvre des
parties de son corps, un ventre énorme avec cicatrice, une tête à la peau
cireuse.
J’ai vu des morts et il me semble
qu’elle ne doit pas en être loin. Elle a comme une personne désespérée et
affolée pour affronter le passage, le geste de tendre sa main, les doigts
tendus, vers une infirmière au sari vert, celle que j’appelle « fee »
car c’est elle qui réclame l’argent à la sortie.
Comme on est là, ils essayent de
lui remettre comme ils peuvent son sari.
On se dégage de ce piège entre la
moribonde et les sièges et l’on va dans le couloir qui mène à l’entrée ou à la
sortie.
Le maître sort de son bureau. Il
s’avance très droit et daigne s’approcher de la tête de la femme suspendue à la
vie. Il ne la regarde presque pas et elle ne doit même pas le voir.
Il s’adresse à un homme qui
l’accompagne et demi-tour, le brancard d’ambulancier roule à nouveau vers la
sortie et vers l’ambulance, donc vers nous qui nous sommes réfugiés là, encore
un petit tour de moribonde et puis elle s’en va.
Comme on est là, le maître de la
vie nous lance : « elle est en phase terminale et ils l’amènent au dernier
moment ».
Il l’envoie mourir chez elle. On
ne peut pas lui reprocher une sage décision même si c’est dur pour ses proches.
Nouvelle attente.
Une Indienne qui était là avant
nous et qui ne doit pas être n’importe qui passe avant nous, ce qui nous paraît
normal, mais en fait ne l’est pas. On ne fait pas attendre les bons payeurs.
La femme en fauteuil roulant est
ressortie de la radio et passe devant nous, elle a un sourire, elle semble
complètement stoned. L’occidental suit.
Un homme arrive avec deux femmes
qui semblent être des Sud Coréennes. Puis un autre occidental.
C’est notre tour.
Véro explique son problème. Le
maître qui est un docteur regardant est toujours armé d’une lampe torche qu’il
pointe vers le mal. Il avait déjà fait ça pour le zona et là il le fait pour la
gorge. Véro se demande si c’est la même lampe torche pour les hémorroïdes.
Stéthoscope, aujourd’hui l’examen
est vraiment complet, en principe on s’arrête à la lampe.
Diagnostic une petite bronchite.
Véro dit qu’elle pense avoir de la sinusite. C’est peut-être pas incompatible.
Le maître est prêt à pousser ses examens mais Véro qui n’y est pas prête dit
que pour les sinus elle a déjà tout eu en France et même une opération. Il
renonce et établit sa prescription.
Première chose des inhalations
avec des gélules qu’il ne faut pas
manger mais mettre dans l’eau chaude trois fois par jour.
Un produit pour le nez à mettre
dans chaque narine.
Des comprimés pour le mal de
tête.
Un antibio : Augmentin.
Pendant qu’ll rédige, je regarde
derrière lui une petit image d’un tableau très XVIIIème siècle avec une femme
allongée sur un lit, enfouie dans des coussins et dont on ne sait si elle est
en extase ou en convalescence, des petits angelots complètes le tableau. Je
n’arrive pas vraiment à trouver un sens à la présence de cette œuvre ici.
On le remercie beaucoup et l’on
sort. « Fee, fee, fee » crie l’infirmière habillée en vert. C’est
trois cent roupies.
On passe à la pharmacie. On règle
le montant à la caisse. Lorsque tout est prêt le pharmacien comme d’habitude
vient m’expliquer en français comment Véro doit prendre ses médicaments.
L’inhalation avec les comprimés
qu’il nous montre et qui lui échappent et qui tombent par terre et qu’il ne
faut surtout pas manger répète-t-il. Maintenant qu’ils sont allés au sol Véro
ne va pas les manger. Les plonger dans l’eau chaude et se mettre une serviette
sur la tête. Véro ne dit rien, bien sûr je lui expliquerai.
Puis les autres médicaments sur
lesquels il a noté ce qu’il me montre, matin et soir ou matin midi et soir pour
d’autres.
Enfin il me donne le tout et je
prends Véro par la main pour lui faire traverser la rue et rejoindre la moto.
On revient à l’appart. On ne
monte pas on pose nos courses au pied de l’escalier avec le petit seau et la
brosse de ce matin.
On file au café des amis pour
déjeuner. Sur le pont de la rue Surcouf je cale dans les embouteillages dus à
la sortie du lycée français et au sol retourné du fait des travaux sur le quai.
P passe avec sa fille et me conseille d’acheter un scoot.
La préparation est toujours un
peu longue mais ce qu’on mange est très bon. En déjeunant on voit passer V et E
chacune sur leur scoot.
On revient à l’appart. Café,
repos.
Vers 16h on décide d’aller voir
le Botanical Garden. L’autre jour en revenant de chercher les cartes chez Vijay
Véro a vu qu’il y avait une nouvelle magnifique entrée pour le Botanical Garden
donnant sur la rue qui passe devant le bus stand.
Je passe quand même par l’entrée
sur Subraya Salai, qu’on connaît car là je suis sûr de pouvoir mette la moto.
On se rend tout de suite compte
que le jardin est en train d’être remis en état. Il est beaucoup plus propre
que l’an dernier. En marchant, on va en direction de ce qu’on pense une
nouvelle entrée.
On croise la voie ferrée du petit
train.
La nouvelle entrée est fermée, on
a bien fait de ne pas essayer d’y entrer.
En revenant on passe vers la gare
où il y a un petit train d’arrêté. Il y a quelques personnes assises dans le
train. On demande si on peut le prendre, il n’y a pas de problème, c’est 10
roupies par personne. Le train part tout de suite.
On fait le tour du jardin. Au
retour, je m’assieds sur mes lunettes de soleil que j’avais posées sur la
banquette pour mieux voir dans l’écran du caméscope. Toutes tordues,
heureusement ce sont de bonnes montures et j’arrive à les remettre dans un état
mettable.
On ressort parce que le ciel est
bouché et qu’il n’y a plus de lumière.
On décide d’aller sur la
promenade Goubert.
Je gare la moto rue de Bussy au
niveau de la promenade.
On attaque notre promenade avec
toujours autant de naïf enchantement. Un air frais souffle de la mer, et petit
à petit le temps se dégage.
Beaucoup d’occidentaux.
Un mariage à la mairie avec une
mariée qui a l’air triste.
Après la statue de Gandhi il y a
toujours le masque de diable qui a été installé dimanche dernier par une
association qui défend la propreté du bord de mer et de l’océan, le diable est
l’équivalent de ceux qui protègent les maisons et là il protège de la pollution
le bord de mer.
Trois gendarmes en képi sur la
promenade
On revient en passant rue Ranga
Pillai en face du Nilgiris voir le marchand de poulets rôtis. Il est ouvert, on
lui retient un poulet pour 19h.
À 19h je retourne rue Ranga
Pillai, il fait nuit et malgré tout il y a toujours tellement de choses et de
gens pas éclairés que c’est toujours une épreuve.
Je commande mon poulet rôti. Il
faut aller le régler à l’étage. C’est l’entrée du marchand d’alcool qu’on
connaît pour y être venu acheter de la bière et du vin. Je monte des escaliers
et là je découvre un restaurant. Je paie mon poulet, j’ai ma note avec le
tampon bon pour un poulet.
Je redescend, le poulet est tout
découpé, emballé dans du papier alu puis dans un sac plastique et en plus des
oignons soigneusement pimentés.
Je reviens je rentre la moto.
Lorsque je suis en train de la mettre sur sa béquille, la voisine aux cheveux
de paille entre et n’assumant pas son attitude du matin me dit « Bonsoir
Monsieur ». Je ne réponds pas. Trêve d’hypocrisie. Son bonsoir n’avait
rien de respectueux c’était simplement un manque de courage de sa part.
Je ferme le portail.
Le repas est prêt poulet rôti,
riz et aubergine, oignons pimentés, bananes.
Ce soir une petite pensée pour Ma
qui doit se dire qu’un bon byriani lui
ferait sans doute du bien.

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