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| Jacques le passionné. |
Véro et moi nous nous réveillons
vers 6h45.
On va ensemble au pain.
Il fait frais et la lumière est
comme Véro la souhaite.
On prend la rue Mission et ses
acteurs habituels.
A la place des décorations de
Noël la petite boutique ouvre pour vendre des fleurs. Cette activité existait
déjà dans la rue l’an dernier.
Rue Petit Canal endormie sauf la femme
en loques toujours en hyper activité auprès de sacs contenant certainement des
trésors.
Rue Sainte Thérèse la famille
dort. Un petit enfant essaye de s’allonger à nouveau entre deux adultes.
Devant la cathédrale quelques
mendiantes et surtout la petite marchande de lait discute avec un conducteur
d’auto-rickshaw, tous les deux sont assis sur les marches à côté de la pile de caissettes
contenant les sachets de lait.
De l’autre côté de Mission, en
face de Church Gate une femme dort encore.
La marchande de noix de cocos
n’est pas là. Ashok Landry ouvre.
Les chariots des quatre saisons
chargés de bananes se mettent en route.
A l’angle de la rue Mission et
Ranga Pillai une femme est assise sur le trottoir, je crois reconnaître celle
qui dort sur le trottoir à côté du Hot Breads, mais ce n’est pas elle et ce qui
est curieux c’est que je déjà fait cette confusion l’an dernier.
Exception pas de bouses ce matin
dans Ranga Pillai sauf à l’arrivée sur le quai.
Près du Hot Breads il y a bien la
femme sur le trottoir. Ce qui me trompe c’est que ces deux femmes ont un visage
rond ce qui n’est pas très courant.
Au Hot Breads, c’est le
responsable qui est à la caisse, la petite caissière arrive un peu après nous.
Elle est vêtue de rose et me fait un sourire dès qu’elle me reconnaît attendant
que mon pain soit tranché.
On revient par le quai. La Renault
Kwid dont j’oublie de parler tous les matins est toujours garée devant le
Cottage Industrie. Elle a une ressemblance avec la Clio, de toute façon chez
Renault elle ne peut ressembler à aucune autre voiture
Une femme dort toujours sur le
trottoir avant la station service.
Je regarde la nouvelle
installation pour gonfler les pneus. L’appareil de mesure est au niveau des
pompes, le tuyau a été enterré sur environ deux mètres afin de laisser passer
les voitures qui veulent prendre de l’essence. Le tuyau sans manomètre ressort de terre et est accroché à
une potence, il faudra avoir de bons yeux pour voir l’aiguille de la pression
près des pompes et faire des allers retours pour ajuster la pression. Je me
demande combien de temps ça va durer.
On croise des livreurs de
bonbonnes de gaz, forçant comme des bêtes sur les pédales de leur vélo.
Ce matin c’est par la rue Surcouf
que sont passés les buffalos, les bouses s’étalent jusqu’à la rue Capitaine
Marius Xavier.
Devant la belle maison ils ont
refait un kolam et encadré le portail de troncs bananiers avec leurs régimes de
bananes comme si une fête se préparait.
On prend notre petit déjeuner en
attendant que W&D se lèvent.
A 9h le taxi nous attend pour
nous emmener visiter le Dental Center d’Auroville. Hier Véro a pu obtenir un
rendez-vous avec le responsable qui nous attend pour 10h
Comme on a prévu large on est sur
place à 9h30. On attend un peu et on est rapidement reçu. Véro et moi avons
déjà visité le centre.
On est reçu par Jacques le
fondateur qui au début essaye de jauger un peu ces deux personnes qu’on a amenées
avec nous.
On parle assis sur des banquettes
installées à la réception. Petit à petit le courant passe.
Des clientes arrivent, elles ont pris
rendez-vous pour des soins.
Il s’établit lentement mais sûrement une
relation qui nous laisse espérer de la part de notre guide qu’il va nous
montrer toute son œuvre, mais ce n’est pas gagné.
On se déplace pour voir les
pièces de travail et notamment les installations. Dans les années 1970 notre
guide fondateur de cette Dental Clinic prodiguait les soins sur des fauteuils
de jardin. Il nous explique que c’était d’abord pour les gens qui étaient venus
à Auroville bâtir cette utopie où la terre n’appartient à personne.
C’est la souffrance physique que
lui procurait cette activité qui l’a fait réfléchir et remettre tout à plat. Le
point zéro comme il dit.
Du Japon il a pris ce que l’on a
sous les yeux, une installation ultra sophistiquée et simple pour le bien être
du chirurgien dentiste.
Comme Véro et moi on connaît la
suite on trouve qu’il prend son temps et c’est aussi je pense pour observer les
réactions de ses nouveaux venus.
Dans cette installation ergonomique
Beach, le patient est allongé totalement à l’horizontal et le dentiste travaille
dans des conditions optimales pour éviter tous problèmes de douleurs au dos, aux
épaules, dues à de mauvaises positions.
Il nous explique aussi qu’avec
cette méthode il a un nombre d’outils réduit.
Dans une des salles la patiente de tout à l’heure est allongée et
l’on voit le dentiste assis à sa tête et l’assistante assise elle aussi.
On passe dans la troisième salle
même installation. En face de ces trois salle de travail il y a de petits
bureaux avec une banquette pour les
patients et un siège en face pour le dentiste, une table les sépare. Il nous
explique qu’avant tous soins les patients sont reçus dans cette pièce afin de
leur donner une explication précise sur ce qui va lui être fait et afin de
répondre à leurs interrogations. Le but est que pendant les soins le patient
soit en confiance et sache précisément ce qu’on est en train de lui faire.
Tant pis nous dit-il s’il faut
passer du temps pour ces explications car ce temps est regagné pendant la phase
de soins.
On est Inde, à Auroville bien sûr,
mais ça fait quand même penser à des situations que tout le monde à connu, dans
le fauteuil la bouche ouverte le dentiste vous dit : on va faire ça, c’est
pas pris en charge par la sécu, et vous ne
pouvez que répondre : hein, hein ! ce qui pourrait être une interrogation mais
qui pour le dentiste veut dire « oui » et quand vous pouvez à
nouveau parler c’est fait.
Prise en charge de la personne,
notre guide commence à amorcer ce qui fait que nous l’aimons et aimons cet
endroit.
Les personnes c’est tout le
monde, les Indiens, les Aurovilliens,
les occidentaux, les Tamouls et les populations des villages qui s’élèvent
à environ 25000 personnes.
On quitte le côté clinique pour
entrer dans une salle où le matériel sophistiqué des cabinets est remplacé par
des tables ordinaires équipées d’un minimum de chose, un repose tête fait d’une
simple plaque qui prolonge la table dans son horizontalité et une sorte de
récipient légèrement creux pour poser des instruments.
Parce que c’est là le génie de ce
type et ce qui nous avait conquis c’est qu’il a découvert qu’on pouvait donner
des soins de base aux gens des villages, sans le sacro saint fauteuil
dentaire, mais une simple table sur
laquelle le patient s’allonge et un minimum de technologie.
Pas pour tous les soins
évidemment, mais pour tout ce qui concerne la prévention en particulier, en
formant des femmes des villages pour essayer de limiter les interventions
graves qui elles se traitent à la Dental Clinic.
C’est pour lui et pour nous une
révolution qui lui permet d’avoir des équipes opérationnelles dans chaque
village.
Comme c’est un vrai utopiste
depuis au moins 45 ans ce qu’il veut c’est zéro soins dentaires, il ne veut
plus rien faire. On va avoir du mal à vendre ça aux médecins occidentaux.
En Occident on peut se poser la
question de savoir pourquoi avec toute notre technologie on n’est pas capable
de faire faire de la prévention par de simples gens formés.
Bien sûr maintenant qu’il est en
confiance on ne l’arrête plus, il nous présente son équipe, des femmes
compétentes et impliquées qui sont prêtes à faire passer le message à qui le
veut.
On discute encore longuement de ces
réalisations enthousiasmantes et aussi des différentes pratiques de soins utilisées
à Auroville
Le temps passe. On y va.
Je crois que tout le monde est
content le responsable ou l’inventeur de ce type de soins qui tend vers le
moins possible de technologie et le maximum d’efficacité en faisant confiance
aux individus et nous qui sommes comme d’habitude épatés par cette simplicité
qui s’adresse à tout le monde.
On va déjeuner à Serenity Beach,
puis on revient rue Candappa, boire le café et nous reposer et digérer toutes
ces informations.
Véro et moi on part marcher sur
la promenade.
De très jeunes enfants vendent des moulinet à
bulles au pied de la statue de Gandhi alors que tout commerce est interdit. Les
parents pensent peut-être qu’on ne dira rien à ces enfants. Un adulte indien
essaye de négocier le prix pour deux moulins, la petite fille n’est pas
d’accord et essaye de lui en reprendre un, mais rien n’y fait, et le policier
arrive avec son képi rouge et demande aux enfants de partir. Il leur fait signe
de retourner dans l’espace derrière le Promenade où ont été cantonnés les
vendeurs.
Un ado marche sur la plage avec quatre
ou cinq sachets roses de barbe à papa sans doute pour les vendre sans se faire
voir.
L’interdiction de tout commerce
est un véritable crève cœur pour des gens qui gagnaient leur vie ici sur cette
promenade et ne peuvent plus le faire. Sans doute une idée impitoyable d’un
énarque indien qui aura vendu le projet d’une promenade propre, tant pis pour
ceux qui en vivaient.
On revient à 18h pour la masseuse.
On a remis le matelas à ressorts
mais au lieu de le mettre directement sur la planche qui sert de sommier on l’a
mis sur le matelas indien pour que les mouvements de l’un et de l’autre soient
amortis et non pas amplifié par le bois.
Essai cette nuit, Véro espère
mieux dormir.
On va ensemble dîner à l’Aristo
pour profiter de la terrasse et de l’air qui souffle et qui nous rafraîchit.
On revient et dodo.

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