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lundi 21 décembre 2015

En attendant Godot et Internet

Quai de Gingee

Dès que je me suis couché je me suis endormi assez facilement.

Vers 4h du matin ce n’est pas la douche d’Antoine qui me réveille mais Véro qui part s’installer dans la chambre à côté. Je lui demande ce qui se passe et elle me dit que je ne fais que faire des bonds en dormant. C’est vrai que sur notre matelas ressort tout neuf, lorsque je bouge Véro à côté fait du trampoline et elle n’aime pas.

Je me rendors et elle aussi chacun dans sa chambre.

Réveil vers 8h. Véro dort toujours dans la pièce à côté, je vais chercher le pain.

Il fait très beau, le ciel est d’un bleu profond ce qui nous annonce une belle journée. Je ne prête pas trop attention à la vie de la rue. C’est plutôt calme à cette heure encore matinale et les écoles semblent avoir mis les scolaires en vacances.

Trois mendiantes devant la cathédrale, comme elles ont dû se remémorer que je fais partie du décor elles ne me demandent rien.

La marchande de noix coco n’est pas là et son tas a bien diminué.

Ashok Landry sort son matériel, le camion de Bananas World arrive seulement pour sa livraison quotidienne.

Je retrouve rue Ranga Pillai l’odeur de la bouse de buffalos. Cette odeur acide me saute aux narines, la rue est recouverte de merde de loin en loin, jusqu’au carrefour avec le quai.

Un bus d’autocar service commence à se remplir de passagers excursionnistes.

Au Hot Bread ils ont encore diminué la salle pour les clients, afin de mettre un maximum de produits de Noël.
Toujours la jeune caissière vêtue d’un sari rouge et d’un châle blanc pour lui cacher ou donner à imaginer des seins qu’elle n’a pas.

Un homme prend ma boule de pain pour la trancher.

Je règle mes 40R à la caissière qui prend mon argent sans me voir.

Je reviens par le quai d’Ambour. Je marche vite car Gopi doit passer à 9h.

Véro s’est levée et a démarré la machine à laver pour les draps.

On petit déjeune. Véro me dit qu’il ne lui est plus possible de dormir sur ce matelas trampoline. Comme le vieux est encore là dans l’appartement on va le remettre.

Gopi arrive, Véro lui a préparé un panneau pour récupérer W&D mercredi matin à Chennai. Il a bien compris et nous dit dans la conversation qu’il a subi les inondations de début décembre, qu’il a dû quitter sa maison, tout son électro-ménager est foutu et notamment sa machine à laver et son frigo.

Dès qu’il est parti on commence l’opération évacuation du matelas à ressorts. L’ancien matelas, sorte de futon indien en fait il y en a deux, est roulé dans le plastique du matelas à ressorts.

On sort les deux futons, on remet le neuf dans son emballage d’origine et on le stocke dans la petite chambre.

On pose les deux futons l’un sur l’autre sur la planche qui sert de sommier. S’il y en a encore qui pense que c’est bon pour le dos grand bien leur fasse, à l’expérience je peux vous dire que ce n’est pas toujours le cas.

On fait un essai. Chacun de nous est bloqué dans une forme de creux de hamac, mais si je bouge Véro ne sent rien.

Après le café pour ne pas se laisser abattre on décide de retourner chatouiller Airtel pour leur demander où en est notre connexion internet.
On monte sur la terrasse pour la première fois pour étendre les draps. Rien n’a changé. Sous les fils des empilements de maçonnerie, sable, ciment,  gênent  et l’on sait que tout ça va rester là pendant les 3 mois

L. appelle et nous dit qu’on se retrouve chez Airtel.

L.  leur passe un savon et ils se mettent en colère mais finissent par dire qu’ils passeront à 100% aujourd’hui.  Le responsable laisse son n° de portable à Véro. On espère et on repart.

Il est midi et on décide d’aller déjeuner au bar des amis rue Victor Simonel. C’est fermé. On se rabat sur le Surguru Spot rue Nehru.

Ils veulent à tout prix nous refiler leur camelote de thali ou dosaÏ comme si on n’était pas des habitués. L’an dernier on venait ici pour manger des pâtes. C’est ce qu’on commande. Le préposé n’est pas très accueillant. Il nous propose des sauces red ou white et décide que ce sera white.

La cuisson demandant du temps on regarde les clients qui sont servis rapidement. Un jeune couple d’Indien juste sur notre droite nous tourne le dos. Ils veulent se prendre en Selfie,  Véro approche sa tête derrière eux et elle est sur la photo. Ça les fait rire. Ils ont l’air heureux et se comportent comme des amoureux occidentaux.

Par contre devant nous un jeune couple d’occidentaux, le petite trentaine, n’ont rien à se dire et se comporte comme s’ils avaient 40 ans de vie commune à leur actif. Ils mangent  leur dosaï comme ils peuvent en s’aidant d’une cuillère pour couper la crêpe, puis se commande un café. Les habitudes sont déjà prises.

À gauche un trio d’Indien dévore Thali et Poory.

Lorsque tout ce beau monde a fini de déjeuner nos pâtes arrivent. Ce n’est pas terrible, rien à voir avec ce qu’on mangeait l’an dernier, avec la sauce blanche ça ressemble à des pâtes à l’eau sans sel. Si on revient ce n’est plus ce qu’on prendra.

Comme on est dans le secteur on va chez Grinde rue Saint Louis, Véro voudrait trouver un solvant pour la colle des étiquettes. Ce matin on a acheté une casserole avec un manche parce que celle que nous avions acheté précédemment est devenue sans manche cette année. Dans la casserole les étiquettes de prix sont collés. Le papier part assez facilement, mais la colle s’accroche au fond.

Le magasin est fermé.

On revient par la rue Ranga Pillai pour s’arrêter au magasin de fruits et légumes Pazirmudhy. Véro reprend des fruits pour refaire une salade de fruit pour l’arriver de son cousin.
Les ananas ne sont pas mûrs, on va à l’autre magasin de fruits et légumes un peu plus haut dans la même rue après le Nilgiris. Véro trouve son ananas puis va au Nilgiris pour trouver un solvant mais c’est quelques chose d’inconnu pour les Indiens et elle revient avec du dissolvant pour vernis à ongle.

Retour à l’appartement café. Parmi tout ce qu’on avait à faire on réalise qu’on n’a pas récupéré les aquarelles chez l’encadreur. Je propose d’y aller ce soir à 18h Véro doit se faire masser, mais elle a peur qu’Airtel ne vienne justement à ce moment là. On ira demain matin.

On se repose.

Vers 16h on récupère le linge sur la terrasse et l’on part marcher sur la promenade. On prend la précaution de coller sur le bouton de sonnerie au rez-de-chaussée le n° de téléphone de Véro.

La promenade Goubert est devenue désespérante. Ils en on fait quelque chose de magnifique avec une vue époustouflante sur l’océan jusqu’à l’infini du monde. Mais il n’y a plus de vie, tous les petits marchands ambulants ont disparu et avec eux tous les badauds qui venait s’acheter un petit quelque chose à manger. Le charme est rompu.

On passe justement voir les petits marchands qu’on a caché derrière l’hôtel Promenade. C’est d’une tristesse infinie les marchands attendent le client qui a déserté les lieux.

On revient sur la Promenade face à la statue de Gandhi et l’on va rue de la Caserne voir un magasin qui a ouvert l’an dernier. Véro n’a pas de coup de cœur. On entre dans le magasin d’à côté spécialisé dans les tissus en lin. La moindre chemise coûte 45€. On ressort.

On s’arrête au Dupleix bel hôtel restaurant dans une maison du XVIIIème siècle pour voir ce qu’il propose pour jeudi soir 24 décembre. Le menu est à 45€ par individu. Ça nous semble scandaleux de payer une somme pareille ici en Inde.
On rentre et on passe à l’agence Easyway que nous a recommandé L. On demande un devis pour aller à Varanasi début février.

Véro se rend compte qu’elle n’a fait que quatre photos. Je lui propose de remonter le quai de Cingy en direction du Sud, il y a un endroit où la lumière à cette heure ci vient frapper contre un mur et éclairer tout ce qui passe devant. C’est à l’angle de la rue du Bazar Saint Laurent.
Véro s’installe.
A l’entrée du pont tout près de nous un étrange équipage de mendiant que je n’avais vus nous regarde en silence et tout en faisant des signes pour que nous leur donnions quelques chose.
Véro tout à sa photo, je regarde ces deux personnages qui pourrait être les deux personnages de la pièce de Becket « En attendant Godo » Aucun metteur en scène n’a eu cette idée de représentation.
L’un crâne rasé homme ou femme je ne sais est assis sur une planche de vois assez courte à tel point que je me suis demandé s’il n’était pas cul de jatte mais non. La planche repose sur deux roues métallique d’une vingtaine de centimètres de diamètre à l’arrière, ce qui fait que notre homme ou femme est très très près du sol. Ses hardes d’un autre âge ont dû résister à maintes intempéries, son regard est direct, dur, sans apitoiement et sa main est tendue vers moi avec force.
L’autre c’est une femme c’est sûr. Petite bonne femme en sari sans couleur n’est guère plus haute que l’homme assis. Elle tient dans ses mains une corde qui est attachée à la planche de bois ce qui lui permet de la soulever et de la tirer. Elle regarde l’homme, après avoir fait son boulot elle aussi de me demander l’aumône, elle s’arrête comme si elle n’était pas réellement concernée par cette action.
Cette demande est toute concentrée dans le regard de l’homme.

Je n’ai pas de doute, ce sont des personnes, au delà de la détresse, au delà des civilisations, ils ne vivent plus que dans un monde qui est le leur. Je trouve cela à la fois désespérant et magnifique, ils ne sont qu’eux. Leur corps a encore la faiblesse de vouloir manger, mais pour combien de temps. Leur esprit est déjà dans un monde inaccessible aux pauvres terriens que nous sommes.

Je m’approche d’eux pour leur montrer que leur condition ne me fait pas peur et qu’eux ne me font pas peur. Je tends à l’homme assis un billet de 10 roupies. Je ne vois rien dans ces yeux, ce que je fais est normal et je le comprends. Il range consciencieusement le billet dans un sac qu’il extrait dès chiffons qui l’habillent.

Je ne les intéresse plus. Ils essayent d’attirer l’attention d’autres patients.

Je retourne vers Véro qui voit la lumière s’éloigner vers le haut du mur au fur et à mesure que le soleil baisse.

C’est à ce moment que notre couple Pozzo et  Estragon décide de passer devant l’objectif, la femme tirant lentement le chariot au milieu des véhicules. Puis ils s’arrêtent pour une halte de récupération de l’autre côté de la rue et s’installent dans cette folle circulation qui les ignore.



On revient vers la maison en traversant le canal et en remontant le quai jusqu’à la rue de Bussy.

Dans le hall d’entrée il y a Antoine qui décore le sapin de Noël et commence la crèche.
On s’arrête pour discuter.
Il a besoin de parler de nous dire tout ce qui va et tout ce qui ne va pas dans sa vie de proprio loueur de meublés. De ce qui se passe ailleurs, dans la ville et dans les autres maisons.

Il finit par nous demander si l’on est content du nouveau matelas et on est obligé de lui dire qu’on l’a enlevé et remplacé par l’ancien, il est un peu déçu parce qu’il avait changé pour nous faire plaisir.

On remonte à l’appart.

La masseuse arrive. J’attends pour internet qui n’arrive toujours pas.

Avant de dîner Véro appelle le responsable qui ne répond pas.

On passe à table : matefaim, salade de tomates, fruits de la passion et banane.

Le responsable internet rappelle, il dit qu’il bosse pour nous et que demain 10h il nous dira précisément où ils en sont.

C’est sympa de nous tenir au courant et l’on pense que cette fois ci on tient le bon bout.

Véro a terminé l’exploitation de ses photos il est presque 22h, l’heure de s’allonger pour bouquiner avant de dormir.


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