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| Quai de Gingee |
Dès que je me suis couché je me
suis endormi assez facilement.
Vers 4h du matin ce n’est pas la
douche d’Antoine qui me réveille mais Véro qui part s’installer dans la chambre
à côté. Je lui demande ce qui se passe et elle me dit que je ne fais que faire
des bonds en dormant. C’est vrai que sur notre matelas ressort tout neuf,
lorsque je bouge Véro à côté fait du trampoline et elle n’aime pas.
Je me rendors et elle aussi
chacun dans sa chambre.
Réveil vers 8h. Véro dort
toujours dans la pièce à côté, je vais chercher le pain.
Il fait très beau, le ciel est
d’un bleu profond ce qui nous annonce une belle journée. Je ne prête pas trop
attention à la vie de la rue. C’est plutôt calme à cette heure encore matinale
et les écoles semblent avoir mis les scolaires en vacances.
Trois mendiantes devant la
cathédrale, comme elles ont dû se remémorer que je fais partie du décor elles
ne me demandent rien.
La marchande de noix coco n’est
pas là et son tas a bien diminué.
Ashok Landry sort son matériel,
le camion de Bananas World arrive seulement pour sa livraison quotidienne.
Je retrouve rue Ranga Pillai
l’odeur de la bouse de buffalos. Cette odeur acide me saute aux narines, la rue
est recouverte de merde de loin en loin, jusqu’au carrefour avec le quai.
Un bus d’autocar service commence
à se remplir de passagers excursionnistes.
Au Hot Bread ils ont encore
diminué la salle pour les clients, afin de mettre un maximum de produits de
Noël.
Toujours la jeune caissière vêtue
d’un sari rouge et d’un châle blanc pour lui cacher ou donner à imaginer des
seins qu’elle n’a pas.
Un homme prend ma boule de pain
pour la trancher.
Je règle mes 40R à la caissière
qui prend mon argent sans me voir.
Je reviens par le quai d’Ambour.
Je marche vite car Gopi doit passer à 9h.
Véro s’est levée et a démarré la
machine à laver pour les draps.
On petit déjeune. Véro me dit
qu’il ne lui est plus possible de dormir sur ce matelas trampoline. Comme le
vieux est encore là dans l’appartement on va le remettre.
Gopi arrive, Véro lui a préparé
un panneau pour récupérer W&D mercredi matin à Chennai. Il a bien compris
et nous dit dans la conversation qu’il a subi les inondations de début
décembre, qu’il a dû quitter sa maison, tout son électro-ménager est foutu et
notamment sa machine à laver et son frigo.
Dès qu’il est parti on commence
l’opération évacuation du matelas à ressorts. L’ancien matelas, sorte de futon
indien en fait il y en a deux, est roulé dans le plastique du matelas à ressorts.
On sort les deux futons, on remet
le neuf dans son emballage d’origine et on le stocke dans la petite chambre.
On pose les deux futons l’un sur
l’autre sur la planche qui sert de sommier. S’il y en a encore qui pense que
c’est bon pour le dos grand bien leur fasse, à l’expérience je peux vous dire
que ce n’est pas toujours le cas.
On fait un essai. Chacun de nous
est bloqué dans une forme de creux de hamac, mais si je bouge Véro ne sent
rien.
Après le café pour ne pas se
laisser abattre on décide de retourner chatouiller Airtel pour leur demander où
en est notre connexion internet.
On monte sur la terrasse pour la
première fois pour étendre les draps. Rien n’a changé. Sous les fils des
empilements de maçonnerie, sable, ciment, gênent et l’on sait que tout ça va rester là pendant
les 3 mois
L. appelle et nous dit qu’on se
retrouve chez Airtel.
L. leur passe un savon et ils se mettent en
colère mais finissent par dire qu’ils passeront à 100% aujourd’hui. Le responsable laisse son n° de portable à
Véro. On espère et on repart.
Il est midi et on décide d’aller
déjeuner au bar des amis rue Victor Simonel. C’est fermé. On se rabat sur le
Surguru Spot rue Nehru.
Ils veulent à tout prix nous
refiler leur camelote de thali ou dosaÏ comme si on n’était pas des habitués.
L’an dernier on venait ici pour manger des pâtes. C’est ce qu’on commande. Le
préposé n’est pas très accueillant. Il nous propose des sauces red ou white et
décide que ce sera white.
La cuisson demandant du temps on
regarde les clients qui sont servis rapidement. Un jeune couple d’Indien juste
sur notre droite nous tourne le dos. Ils veulent se prendre en Selfie, Véro approche sa tête derrière eux et elle
est sur la photo. Ça les fait rire. Ils ont l’air heureux et se comportent
comme des amoureux occidentaux.
Par contre devant nous un jeune
couple d’occidentaux, le petite trentaine, n’ont rien à se dire et se comporte
comme s’ils avaient 40 ans de vie commune à leur actif. Ils mangent leur dosaï comme ils peuvent en s’aidant d’une
cuillère pour couper la crêpe, puis se commande un café. Les habitudes sont
déjà prises.
À gauche un trio d’Indien dévore Thali
et Poory.
Lorsque tout ce beau monde a fini
de déjeuner nos pâtes arrivent. Ce n’est pas terrible, rien à voir avec ce
qu’on mangeait l’an dernier, avec la sauce blanche ça ressemble à des pâtes à
l’eau sans sel. Si on revient ce n’est plus ce qu’on prendra.
Comme on est dans le secteur on
va chez Grinde rue Saint Louis, Véro voudrait trouver un solvant pour la colle
des étiquettes. Ce matin on a acheté une casserole avec un manche parce que
celle que nous avions acheté précédemment est devenue sans manche cette année.
Dans la casserole les étiquettes de prix sont collés. Le papier part assez
facilement, mais la colle s’accroche au fond.
Le magasin est fermé.
On revient par la rue Ranga
Pillai pour s’arrêter au magasin de fruits et légumes Pazirmudhy. Véro reprend
des fruits pour refaire une salade de fruit pour l’arriver de son cousin.
Les ananas ne sont pas mûrs, on
va à l’autre magasin de fruits et légumes un peu plus haut dans la même rue
après le Nilgiris. Véro trouve son ananas puis va au Nilgiris pour trouver un
solvant mais c’est quelques chose d’inconnu pour les Indiens et elle revient
avec du dissolvant pour vernis à ongle.
Retour à l’appartement café.
Parmi tout ce qu’on avait à faire on réalise qu’on n’a pas récupéré les aquarelles
chez l’encadreur. Je propose d’y aller ce soir à 18h Véro doit se faire masser,
mais elle a peur qu’Airtel ne vienne justement à ce moment là. On ira demain
matin.
On se repose.
Vers 16h on récupère le linge sur
la terrasse et l’on part marcher sur la promenade. On prend la précaution de
coller sur le bouton de sonnerie au rez-de-chaussée le n° de téléphone de Véro.
La promenade Goubert est devenue
désespérante. Ils en on fait quelque chose de magnifique avec une vue
époustouflante sur l’océan jusqu’à l’infini du monde. Mais il n’y a plus de
vie, tous les petits marchands ambulants ont disparu et avec eux tous les
badauds qui venait s’acheter un petit quelque chose à manger. Le charme est
rompu.
On passe justement voir les
petits marchands qu’on a caché derrière l’hôtel Promenade. C’est d’une
tristesse infinie les marchands attendent le client qui a déserté les lieux.
On revient sur la Promenade face
à la statue de Gandhi et l’on va rue de la Caserne voir un magasin qui a ouvert
l’an dernier. Véro n’a pas de coup de cœur. On entre dans le magasin d’à côté
spécialisé dans les tissus en lin. La moindre chemise coûte 45€. On ressort.
On s’arrête au Dupleix bel hôtel
restaurant dans une maison du XVIIIème siècle pour voir ce qu’il propose pour
jeudi soir 24 décembre. Le menu est à 45€ par individu. Ça nous semble
scandaleux de payer une somme pareille ici en Inde.
On rentre et on passe à l’agence
Easyway que nous a recommandé L. On demande un devis pour aller à Varanasi
début février.
Véro se rend compte qu’elle n’a
fait que quatre photos. Je lui propose de remonter le quai de Cingy en
direction du Sud, il y a un endroit où la lumière à cette heure ci vient
frapper contre un mur et éclairer tout ce qui passe devant. C’est à l’angle de
la rue du Bazar Saint Laurent.
Véro s’installe.
A l’entrée du pont tout près de
nous un étrange équipage de mendiant que je n’avais vus nous regarde en silence
et tout en faisant des signes pour que nous leur donnions quelques chose.
Véro tout à sa photo, je regarde
ces deux personnages qui pourrait être les deux personnages de la pièce de
Becket « En attendant Godo » Aucun metteur en scène n’a eu cette
idée de représentation.
L’un crâne rasé homme ou femme je
ne sais est assis sur une planche de vois assez courte à tel point que je me
suis demandé s’il n’était pas cul de jatte mais non. La planche repose sur deux
roues métallique d’une vingtaine de centimètres de diamètre à l’arrière,
ce qui fait que notre homme ou femme est très très près du sol. Ses hardes d’un
autre âge ont dû résister à maintes intempéries, son regard est direct, dur,
sans apitoiement et sa main est tendue vers moi avec force.
L’autre c’est une femme c’est sûr.
Petite bonne femme en sari sans couleur n’est guère plus haute que l’homme
assis. Elle tient dans ses mains une corde qui est attachée à la planche de
bois ce qui lui permet de la soulever et de la tirer. Elle regarde l’homme,
après avoir fait son boulot elle aussi de me demander l’aumône, elle s’arrête
comme si elle n’était pas réellement concernée par cette action.
Cette demande est toute
concentrée dans le regard de l’homme.
Je n’ai pas de doute, ce sont des
personnes, au delà de la détresse, au delà des civilisations, ils ne vivent
plus que dans un monde qui est le leur. Je trouve cela à la fois désespérant et
magnifique, ils ne sont qu’eux. Leur corps a encore la faiblesse de vouloir
manger, mais pour combien de temps. Leur esprit est déjà dans un monde inaccessible
aux pauvres terriens que nous sommes.
Je m’approche d’eux pour leur
montrer que leur condition ne me fait pas peur et qu’eux ne me font pas peur.
Je tends à l’homme assis un billet de 10 roupies. Je ne vois rien dans ces
yeux, ce que je fais est normal et je le comprends. Il range consciencieusement
le billet dans un sac qu’il extrait dès chiffons qui l’habillent.
Je ne les intéresse plus. Ils
essayent d’attirer l’attention d’autres patients.
Je retourne vers Véro qui voit la
lumière s’éloigner vers le haut du mur au fur et à mesure que le soleil baisse.
C’est à ce moment que notre
couple Pozzo et Estragon décide de
passer devant l’objectif, la femme tirant lentement le chariot au milieu des
véhicules. Puis ils s’arrêtent pour une halte de récupération de l’autre côté
de la rue et s’installent dans cette folle circulation qui les ignore.
On revient vers la maison en
traversant le canal et en remontant le quai jusqu’à la rue de Bussy.
Dans le hall d’entrée il y a Antoine
qui décore le sapin de Noël et commence la crèche.
On s’arrête pour discuter.
Il a besoin de parler de nous
dire tout ce qui va et tout ce qui ne va pas dans sa vie de proprio loueur de
meublés. De ce qui se passe ailleurs, dans la ville et dans les autres maisons.
Il finit par nous demander si
l’on est content du nouveau matelas et on est obligé de lui dire qu’on l’a
enlevé et remplacé par l’ancien, il est un peu déçu parce qu’il avait changé
pour nous faire plaisir.
On remonte à l’appart.
La masseuse arrive. J’attends
pour internet qui n’arrive toujours pas.
Avant de dîner Véro appelle le
responsable qui ne répond pas.
On passe à table : matefaim,
salade de tomates, fruits de la passion et banane.
Le responsable internet rappelle,
il dit qu’il bosse pour nous et que demain 10h il nous dira précisément où ils
en sont.
C’est sympa de nous tenir au
courant et l’on pense que cette fois ci on tient le bon bout.
Véro a terminé l’exploitation de
ses photos il est presque 22h, l’heure de s’allonger pour bouquiner avant de
dormir.


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