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| L'arrivée des dieux sur la plage |
19h,
je m'y mets.
Massi
Magam c'était bien aujourd'hui, cette fois ci on ne s'est pas levés à 6h pour
rien.
Massi,
c'est le mois de février-mars. Les mois
se chevauchent par rapport à notre calendrier. C'est en fait le jour de la
pleine lune qui tombe en février ou en mars.
Dès
7h on est à pied d'oeuvre.
La
route d'accès qui est dans le prolongement de la promenade Goubert, est coupée.
Impossible de passer. Je prends la rue d'Aurodhan qui est parallèle mais plus à l'intérieur et je
repique après le passage de la rivière en direction de la côte.
Là
aussi il est interdit de pénétrer mais on a gagné quelques centaines de mètres.
On
est au niveau du premier manège sorte de grand bateau de Viking qui va se
balancer avec ses passagers.
Un
peu plus loin une grande roue et un autre
bateau viking et d'autres manèges pas encore installés.
On
passe le deuxième pont et on arrive vers le bord qui surplombe l'océan.
Dans
l'océan indien il y a déjà des centaines de personnes et sur le bord peu de
chars sont arrivés.
Il
en est attendus une bonne centaine si l'on compte les espaces qui leur sont
réservés. En principe toutes les divinités de la ville et de la région sont
amenées en procession et sont plongées dans l'océan indien.
A
cette heure matinale il fait une chaleur incroyable, pas un souffle d'air et on
est comme dans un four.
C'est
peu de dire qu'on transpire, on est noyé dans notre sueur.
Les
derniers petits commerces s'installent encore. La police veille à ce que chacun
ait bien une autorisation sinon ils les font dégager. La police est
omniprésente. Ils sont sympas avec nous, et pour les Indiens ils sont là.
On
assiste à l'arrivée des chars, certains tirés par des hommes, d'autres par des
boeufs. Au dernier moment dans le sable c'est tout un travail de titan qu'il
faut faire pour les mettre en place dans leur espace réservé.
Ensuite
un prêtre prend le dieu contre sa poitrine. Des flutes et des tambours lui
ouvrent la route, d'autres prêtre l'accompagnent, ils dégringolent sur la plage
par un passage réservé, parmi une foule extrêmement dense, et avec ses aides le
prêtre fonce dans l'eau, dans les vagues, il est soutenu parce qu'il ne peut
pas lâcher la statue du dieu. Il plonge sous l'eau avec son précieux fardeau et
il ressort soutenu par les autres, comme si il ne savait plus où il était. Il
remonte la côte et réinstalle le dieu dans son chariot et là commence les
rituels. Les dévots viennent se faire marquer le front de cendre blanche et
laissent quelques billets en échange.
Sur
la plage des prêtres ou des sorciers, ou des astrologues se sont installés et
il y a tout autour d'eux comme une épicerie d'offrandes, bananes, noix de coco,
fleurs variées, et autres poudres de perlin pinpim.
Les
gens qui les consultent ou qui viennent chercher une bénédiction doivent
d'abord passer par l'océan pour se purifier je suppose.
Ils
s'asseyent en face du guérisseur d'âme qui procède à différents rites. Un bout
de banane à manger ou autre graines ou aliments, peintuluration du front, et
conseils en abondance ce qui dure de nombreuses minutes et enfin, dégage, au
suivant.
Pendant
la procédure, d'autres personnes peuvent
intervenir pour demander quelque chose de moins important sûrement, un petit
billet et l'action de grâce est accordé et on reprend avec celui qui en veut
plus.
Le
matin c'est la partie religieuse de Massi Magam.
On
en a assez vu, surtout on a assez mouillé T-shirts et pantalons. C'est
incroyable cette chaleur et cette transpiration qu'on a eue.
De
retour à l'appart douche obligatoire on n'a pas le choix, nos affaires sont
trempées, comme mouillées. Véro les met direct à la machine.
Une
fois propres et rafraichis si l'on peut dire, on va chez Pichaya pour le
saluer. Ce matin il ne dort pas, mais hier personne ne lui avait dit qu'on
était passé. Il avait trouvé la pile de journaux qu'on avait apportés mais sans
savoir qui les avait apportés.
Des
guests partent pour Mahabalipuram. Pichaya leur dit qu'ici c'est Massi Magam
mais ça ne semble pas les intéresser. Il leur dit qu'ici à Pondy, c'est plus
religieux alors qu'à Mahabalipuram c'est plus la fête sur la plage. Ils vont à
Mahabalipuram, pourquoi ne pas aller chercher ailleurs ce qu'on a près de chez
soi…
Pichaya
nous dit qu'il va venir en France et qu'il devrait sérieusement venir à
Toulouse, fin avril début mai, c'est vague mais en fait il n'y a qu'une semaine
qui fait fin avril début mai du 26 avril au 3 mai.
Il
nous invite à venir déjeuner avant notre départ et on fixe mardi prochain le 10
mars.
On
achète du poulet au Volontariat juste en face, comme dit Véro c'est propre. Ils
ne vendent que du poulet sous toutes ses formes, et pour entrer il est marqué
sur la porte "Pull". Je sais ça ne fait rire que moi mais j'essaye
quand même pour le cas où il y aurait quelqu'un d'autre avec de l'humour
débile.
On
revient poser le poulet à l'appart et on va acheter du gros scotch pour cet après-midi
pour coller le bulle autour des cadres.
On passe
au Café des Arts pour voir si nos T-shirt sont là. Ils y sont, ce sont deux
noirs alors qu'on avait commandé un noir et un d'une autre couleur. On le dit à
la vendeuse qui nous dit que ce n'est pas vrai. Bon on ferme notre gueule. En
sortant un homme nous dit qu'il a fait les T-shirts ce matin, c'est le patron
et nous demande si nous sommes contents. On lui dit non. On trouve un
arrangement pour avoir un T-shirt d'une autre couleur. On lui raconte l'aventure
qu'on est déjà venu vendredi dernier, qu'on nous a dit de revenir mercredi hier
et qu'hier on pouvait revenir le soir ce serait prêt et on a dit on revient
demain et lui nous dit qu'il les a fait ce matin. On lui explique que c'est
pénible d'être ainsi baladés.
On
passa au Pazamudhir de la rue Ranga Pillai prendre des champignons. Comme on a
que ça un homme du magasin nous dit de passer à un caisse qui est libre et qui
est devant le magasin. La caissière refuse d'encaisser et tourne la tête pour
ne pas nous dire non en face. On retourne dans le magasin passer aux caisses de
tout le monde.
On
déjeune au Suguru de la rue Mission pour ne pas perdre de temps. Aujourd'hui on
ne sait pourquoi personne ne vient prendre notre commande. Un Franco-Pondichérien qui parle parfaitement le
français et je pense le tamoul intervient pour que quelqu'un vienne prendre
notre commande, c'est dire le temps que ça a duré pour que le gars de la table
d'à côté s'en rende compte.
Repos
à l'appart, café.
On
prend ce qu'il nous faut pour aller décrocher au Promenade.
Ils
sont en dessous de tout comme depuis le début, ils ont perdu le livre d'or, ils
ont perdu le document sur Véro, ils ont perdu la liste des oeuvres, ils s'en
foutent royalement on peut décrocher ce qu'on veut et emmener ce qu'on veut.
En
une heure tout est bouclé.
Un
auto-rickshaw ramène Véro et la cargaison.
On
monte tout dans l'appart. On boit un coup et retourne pour voir Massi Magam en
fin d'après midi.
C'est
la fête foraine, les manèges qui fonctionnent soit avec un moteur et des
courroies qui permettent un fonctionnement mécanique, soit un générateur qui
permet de fonctionner avec de l'électricité, soit avec la force humaine.
Les
moteurs crachent leur fumée noire, les générateurs assourdissent tous les
participants.
Assis
le long du mur près de l'église, une douzaine de policier en tenue mangent des
chocolats glacés et nous conseillent d'en prendre et ils nous donnent même le
prix, 10Rs l'un.
On
retourne vers la plage, des statuettes de dieux ont été descendues tout au bord
de l'eau. Il y en a une vingtaine de petites sur deux rangées, toutes de même
taille et fleuries de fleurs jaunes comme en rang d'oignons.
Il y
en a de plus grandes avec autour une armée de prêtres qui blanchissent le front
de fidèles qui viennent s'incliner devant la statue.
Les
premiers chars commencent à repartir. Tout autour les gens se pressent toujours
pour la même chose, recevoir ce que j'appelle une bénédiction mais je ne sais
si c'est le bon terme. Certains se font recouvrir la tête avec un récipient en
forme d'entonnoir, le prêtre leur pose sur la tête et passe au suivant. Certain
se font blanchir le front, d'autre prennent avec leur deux mains comme une poignée
de feu, comme s'ils prenaient une poignée d'eau, mais dans l'autre sens parce
que l'eau descend et la flamme monte.
Malgré
la foule de demandeurs le char s'ébranle pour rentrer. Il n'est pas arrivé si
tout au long de sa route autant de gens réclament son aide.
C'est
l'heure où la fête bat son plein, tous les manèges fonctionnent et les gens se
précipitent dedans dès qu'il s'arrête. Personne ne semble mesurer le danger que
représentent ces engins mobiles comme une grande roue. Une roue plus modeste
pour les enfants, mais on l'a vue monter ce matin, elle ne tient que par des
piliers plantés dans le sol à l'aide d'une barre à mine.
Ce
qui est sûr c'est que tout le monde s'amuse, la foule est si dense qu'on peut à
peine respirer et à peine avancer, ça ne gêne pas les Indiens qui nous poussent
comme si on était les seuls à les gêner.
Sur
le trajet le loin en loin on sent une chaleur plus forte encore que celle du
jour, ce sont les grands baquets d'huile bouillante qui servent à cuire les
beignets aux légumes.
Lorsqu'on
repart, la nuit arrive, pour l'instant pas de mort, pas d'ébouillanté, pas de
personne éjectée d'un manège parce que bien sûr il n'y a aucune sécurité.
Ce
soir on sait que les chars illuminés vont défiler dans MG road et Mission
Street mais c'est bon on n'a pas le courage d'y retourner d'autant que la
circulation elle n'est pas interrompue. C'est un bordel terrible.
Soupe
de noodles, fromage, papaye, babanes.

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