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jeudi 5 mars 2015

La fête des dieux et des manèges

L'arrivée des dieux sur la plage



19h, je m'y mets.
Massi Magam c'était bien aujourd'hui, cette fois ci on ne s'est pas levés à 6h pour rien.

Massi, c'est le mois de février-mars. Les  mois se chevauchent par rapport à notre calendrier. C'est en fait le jour de la pleine lune qui tombe en février ou en mars.

Dès 7h on est à pied d'oeuvre.
La route d'accès qui est dans le prolongement de la promenade Goubert, est coupée. Impossible de passer. Je prends la rue d'Aurodhan qui  est parallèle mais plus à l'intérieur et je repique après le passage de la rivière en direction de la côte.
Là aussi il est interdit de pénétrer mais on a gagné quelques centaines de mètres.
On est au niveau du premier manège sorte de grand bateau de Viking qui va se balancer  avec ses passagers.
Un peu plus loin une grande roue et un autre  bateau viking et d'autres manèges pas encore installés.
On passe le deuxième pont et on arrive vers le bord qui surplombe l'océan.
Dans l'océan indien il y a déjà des centaines de personnes et sur le bord peu de chars sont arrivés.
Il en est attendus une bonne centaine si l'on compte les espaces qui leur sont réservés. En principe toutes les divinités de la ville et de la région sont amenées en procession et sont plongées dans l'océan indien.
A cette heure matinale il fait une chaleur incroyable, pas un souffle d'air et on est comme dans un four.
C'est peu de dire qu'on transpire, on est noyé dans notre sueur.
Les derniers petits commerces s'installent encore. La police veille à ce que chacun ait bien une autorisation sinon ils les font dégager. La police est omniprésente. Ils sont sympas avec nous, et pour les Indiens ils sont là.

On assiste à l'arrivée des chars, certains tirés par des hommes, d'autres par des boeufs. Au dernier moment dans le sable c'est tout un travail de titan qu'il faut faire pour les mettre en place dans leur espace réservé.
Ensuite un prêtre prend le dieu contre sa poitrine. Des flutes et des tambours lui ouvrent la route, d'autres prêtre l'accompagnent, ils dégringolent sur la plage par un passage réservé, parmi une foule extrêmement dense, et avec ses aides le prêtre fonce dans l'eau, dans les vagues, il est soutenu parce qu'il ne peut pas lâcher la statue du dieu. Il plonge sous l'eau avec son précieux fardeau et il ressort soutenu par les autres, comme si il ne savait plus où il était. Il remonte la côte et réinstalle le dieu dans son chariot et là commence les rituels. Les dévots viennent se faire marquer le front de cendre blanche et laissent quelques billets en échange.

Sur la plage des prêtres ou des sorciers, ou des astrologues se sont installés et il y a tout autour d'eux comme une épicerie d'offrandes, bananes, noix de coco, fleurs variées, et autres poudres de perlin pinpim.
Les gens qui les consultent ou qui viennent chercher une bénédiction doivent d'abord passer par l'océan pour se purifier je suppose.
Ils s'asseyent en face du guérisseur d'âme qui procède à différents rites. Un bout de banane à manger ou autre graines ou aliments, peintuluration du front, et conseils en abondance ce qui dure de nombreuses minutes et enfin, dégage, au suivant.
Pendant la procédure, d'autres  personnes peuvent intervenir pour demander quelque chose de moins important sûrement, un petit billet et l'action de grâce est accordé et on reprend avec celui qui en veut plus.
Le matin c'est la partie religieuse de Massi Magam.
On en a assez vu, surtout on a assez mouillé T-shirts et pantalons. C'est incroyable cette chaleur et cette transpiration qu'on a eue.

De retour à l'appart douche obligatoire on n'a pas le choix, nos affaires sont trempées, comme mouillées. Véro les met direct à la machine.
Une fois propres et rafraichis si l'on peut dire, on va chez Pichaya pour le saluer. Ce matin il ne dort pas, mais hier personne ne lui avait dit qu'on était passé. Il avait trouvé la pile de journaux qu'on avait apportés mais sans savoir qui les avait apportés.

Des guests partent pour Mahabalipuram. Pichaya leur dit qu'ici c'est Massi Magam mais ça ne semble pas les intéresser. Il leur dit qu'ici à Pondy, c'est plus religieux alors qu'à Mahabalipuram c'est plus la fête sur la plage. Ils vont à Mahabalipuram, pourquoi ne pas aller chercher ailleurs ce qu'on a près de chez soi…

Pichaya nous dit qu'il va venir en France et qu'il devrait sérieusement venir à Toulouse, fin avril début mai, c'est vague mais en fait il n'y a qu'une semaine qui fait fin avril début mai du 26 avril au 3 mai.

Il nous invite à venir déjeuner avant notre départ et on fixe mardi prochain le 10 mars.

On achète du poulet au Volontariat juste en face, comme dit Véro c'est propre. Ils ne vendent que du poulet sous toutes ses formes, et pour entrer il est marqué sur la porte "Pull". Je sais ça ne fait rire que moi mais j'essaye quand même pour le cas où il y aurait quelqu'un d'autre avec de l'humour débile.

On revient poser le poulet à l'appart et on va acheter du gros scotch pour cet après-midi pour coller le bulle autour des cadres.
On passe au Café des Arts pour voir si nos T-shirt sont là. Ils y sont, ce sont deux noirs alors qu'on avait commandé un noir et un d'une autre couleur. On le dit à la vendeuse qui nous dit que ce n'est pas vrai. Bon on ferme notre gueule. En sortant un homme nous dit qu'il a fait les T-shirts ce matin, c'est le patron et nous demande si nous sommes contents. On lui dit non. On trouve un arrangement pour avoir un T-shirt d'une autre couleur. On lui raconte l'aventure qu'on est déjà venu vendredi dernier, qu'on nous a dit de revenir mercredi hier et qu'hier on pouvait revenir le soir ce serait prêt et on a dit on revient demain et lui nous dit qu'il les a fait ce matin. On lui explique que c'est pénible d'être ainsi baladés.

On passa au Pazamudhir de la rue Ranga Pillai prendre des champignons. Comme on a que ça un homme du magasin nous dit de passer à un caisse qui est libre et qui est devant le magasin. La caissière refuse d'encaisser et tourne la tête pour ne pas nous dire non en face. On retourne dans le magasin passer aux caisses de tout le monde.

On déjeune au Suguru de la rue Mission pour ne pas perdre de temps. Aujourd'hui on ne sait pourquoi personne ne vient prendre notre commande. Un  Franco-Pondichérien qui parle parfaitement le français et je pense le tamoul intervient pour que quelqu'un vienne prendre notre commande, c'est dire le temps que ça a duré pour que le gars de la table d'à côté s'en rende compte.

Repos à l'appart, café.

On prend ce qu'il nous faut pour aller décrocher au Promenade.

Ils sont en dessous de tout comme depuis le début, ils ont perdu le livre d'or, ils ont perdu le document sur Véro, ils ont perdu la liste des oeuvres, ils s'en foutent royalement on peut décrocher ce qu'on veut et emmener ce qu'on veut.

En une heure tout est bouclé.
Un auto-rickshaw ramène Véro et la cargaison.

On monte tout dans l'appart. On boit un coup et retourne pour voir Massi Magam en fin d'après midi.
C'est la fête foraine, les manèges qui fonctionnent soit avec un moteur et des courroies qui permettent un fonctionnement mécanique, soit un générateur qui permet de fonctionner avec de l'électricité, soit avec la force humaine.
Les moteurs crachent leur fumée noire, les générateurs assourdissent tous les participants.

Assis le long du mur près de l'église, une douzaine de policier en tenue mangent des chocolats glacés et nous conseillent d'en prendre et ils nous donnent même le prix, 10Rs l'un.

On retourne vers la plage, des statuettes de dieux ont été descendues tout au bord de l'eau. Il y en a une vingtaine de petites sur deux rangées, toutes de même taille et fleuries de fleurs jaunes comme en rang d'oignons.
Il y en a de plus grandes avec autour une armée de prêtres qui blanchissent le front de fidèles qui viennent s'incliner devant la statue.

Les premiers chars commencent à repartir. Tout autour les gens se pressent toujours pour la même chose, recevoir ce que j'appelle une bénédiction mais je ne sais si c'est le bon terme. Certains se font recouvrir la tête avec un récipient en forme d'entonnoir, le prêtre leur pose sur la tête et passe au suivant. Certain se font blanchir le front, d'autre prennent avec leur deux mains comme une poignée de feu, comme s'ils prenaient une poignée d'eau, mais dans l'autre sens parce que l'eau descend et la flamme monte.
Malgré la foule de demandeurs le char s'ébranle pour rentrer. Il n'est pas arrivé si tout au long de sa route autant de gens réclament son aide.

C'est l'heure où la fête bat son plein, tous les manèges fonctionnent et les gens se précipitent dedans dès qu'il s'arrête. Personne ne semble mesurer le danger que représentent ces engins mobiles comme une grande roue. Une roue plus modeste pour les enfants, mais on l'a vue monter ce matin, elle ne tient que par des piliers plantés dans le sol à l'aide d'une barre à mine.

Ce qui est sûr c'est que tout le monde s'amuse, la foule est si dense qu'on peut à peine respirer et à peine avancer, ça ne gêne pas les Indiens qui nous poussent comme si on était les seuls à les gêner.
Sur le trajet le loin en loin on sent une chaleur plus forte encore que celle du jour, ce sont les grands baquets d'huile bouillante qui servent à cuire les beignets aux légumes.

Lorsqu'on repart, la nuit arrive, pour l'instant pas de mort, pas d'ébouillanté, pas de personne éjectée d'un manège parce que bien sûr il n'y a aucune sécurité.

Ce soir on sait que les chars illuminés vont défiler dans MG road et Mission Street mais c'est bon on n'a pas le courage d'y retourner d'autant que la circulation elle n'est pas interrompue. C'est un bordel terrible.


Soupe de noodles, fromage, papaye, babanes.

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